De nouvelles enquêtes jettent le trouble sur l'Église en France
Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "tentative de viol" à l'encontre de Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes.

- Publié le 14-06-2023 à 18h01
- Mis à jour le 14-06-2023 à 18h05

L'initiative est assez rare que pour être soulignée. Trois titres de la presse chrétienne française (La Vie, La Croix et Famille chrétienne) ont uni leurs journalistes pour enquêter sur un témoignage mettant en cause Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes. Nicolas (selon son prénom d'emprunt) a contacté ces rédactions à la fin du mois d'avril pour faire part d'une agression sexuelle dont il aurait été victime de la part de cet évêque. En 2013, alors qu'il séjournait dans les locaux de la maison mère parisienne des Missions étrangères de Paris (MEP), il aurait été abusé, un matin, par le père Georges Colomb qui était alors supérieur général des MEP.
Invité dans son bureau, Nicolas (majeur à l'époque) se serait vu proposer un massage par le prêtre, avant que celui-ci ne cherche à l'abuser. "La position hiérarchique du père Colomb, son statut de prêtre, tout ça était pour moi totalement incompatible avec des intentions malhonnêtes. […] La précipitation ne [m'a pas laissé] le temps de réfléchir à la situation", explique aujourd'hui le jeune homme pour analyser la situation et le fait qu'il ait accepté une proposition de massage avant de s'échapper.
Aujourd'hui dans la presse, Mgr Georges Colomb (âgé de 69 ans et nommé évêque en 2016) nie et conteste vigoureusement les faits. Il a cependant demandé au Pape sa mise en retrait de sa fonction actuelle, alors que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "tentative de viol". Ce fait est d'ailleurs inédit : jamais une telle enquête n'avait concerné un évêque en poste.
Des révélations en cascade
Cette affaire pose d'importantes questions à la fois à l'Église en France et aux Missions étrangères de Paris (très importante société de prêtres missionnaire créée en 1658). Selon ses dires, Nicolas aurait prévenu très tôt des faits Gilles Reithinger, actuel évêque auxiliaire de Strasbourg, ami d'enfance de Nicolas, et supérieur général des MEP de 2016 à 2021. Gilles Reithinger, interrogé par les différents journaux, reconnaît avoir entendu parler d'une proposition de massage, mais nie avoir été mis au courant d'une agression. Il aurait cependant informé la nonciature et les autorités ecclésiales de cette proposition de massage.
Le hic, c'est que Gilles Reithinger lui-même est visé par une autre enquête, canonique celle-là, suite à une dénonciation d'un autre prêtre des MEP, Philippe R. Celui-ci accuse l'actuel évêque auxiliaire de l'avoir initié à une vie sexuelle secrète entre prêtres. Pour compliquer encore l'affaire, Philippe R. lui-même est cité par un laïc, Thimothée B., qui affirme avoir été violé par ce dernier. Tous nient les faits mais, face à ces témoignages en cascade, l'actuel gouvernement des MEP a commandité une large enquête auprès d'un cabinet indépendant britannique, GCPS Consulting. Ces enquêtes devraient faire la lumière sur ces cas, et permettre de comprendre s'ils témoignent ou non d'un système de dissimulation et d'abus au sein des MEP. Sans doute permettront-elles aussi de voir si la nonciature (la diplomatie vaticane) et les institutions du Saint-Siège ont manqué de vigilance dans leurs enquêtes préalables aux nominations épiscopales de Georges Colomb et Gilles Reithinger.