L'ex-Première ministre écossaise Nicola Sturgeon arrêtée

Dans le cadre d'une enquête sur le financement de son parti politique

Nicola Sturgeon speaks during a press conference at Bute House in Edinburgh, Wednesday, Feb. 15 2023. Sturgeon has resigned as first minister of Scotland following months of controversy over a law that makes it simpler for people to change their gender on official documents. Sturgeon led the country's devolved government and the Scottish National Party for eight years. (Jane Barlow/Pool photo via AP)
Nicola Sturgeon (Jane Barlow/Pool photo via AP) ©PA

Nicola Sturgeon, qui a passé plusieurs heures en garde à vue dimanche dans le cadre d'une enquête sur les finances de son parti le SNP, a dirigé avec charisme et énergie l'Ecosse pendant huit ans, incarnant le combat pour l'indépendance jusqu'à sa démission surprise en février.

Depuis l'arrivée au pouvoir de son successeur, Humza Yusaf, en mars, Nicola Sturgeon, qui restait élue au Parlement écossais, se faisait discrète. Elle est revenue soudainement dimanche à la une de l'actualité avec l'annonce de son arrestation.

La garde à vue, durant sept heures, de cette femme de 52 ans survient quatre mois après sa démission en tant que Première ministre de l'Ecosse: elle a fini par jeter l'éponge mi-février, mettant en avant un manque d'énergie.

En huit années à la tête du gouvernement écossais, la dirigeante aux cheveux courts a ancré dans le paysage politique britannique son style et son accent. Femme politique brillante, elle était crainte de ses opposants tant à Londres qu'à Edimbourg.

Mais dans ses derniers mois au pouvoir, Nicola Sturgeon avait essuyé plusieurs revers, notamment après une loi controversée facilitant la transition de genre, permise dès 16 ans et sans avis médical. La loi a été bloquée par Londres, une première depuis la création du Parlement écossais en 1999.

Surtout, la Première ministre était tombée dans une impasse sur la raison d'être de son parti: l'indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni. Le gouvernement britannique, conforté par une décision de la Cour suprême, refuse catégoriquement tout nouveau référendum sur la question.

"Reine d'Ecosse"

Née en 1970 dans la ville industrielle d'Irvine, au sud-ouest de Glasgow, d'un père électricien et d'une mère infirmière, Nicola Sturgeon a rejoint le parti indépendantiste écossais (SNP) à 16 ans, comme coordinatrice adjointe pour la jeunesse.

Elevée dans une famille ouvrière à Dreghorn, sur la côte ouest de l'Écosse, Nicola Sturgeon a forgé sa conscience politique dans le rejet du thatchérisme.

Ambitieuse, déterminée, douée - son prédécesseur Alex Salmond l'a qualifiée de "prodige" - elle a paradoxalement longtemps cultivé une réputation de "Dame de fer".

Députée depuis 1999, elle a pris la tête du SNP et du gouvernement écossais en 2014, après la démission de M. Salmond face au choix des Ecossais de rester au sein du Royaume-Uni lors d'un référendum d'indépendance.

Elle est alors la première femme à ce poste depuis la création du Parlement écossais. Huit ans plus tard, elle a quitté son poste après une longévité record.

Cette ancienne avocate était surnommée "Queen of Scots" ("Reine d'Ecosse", Ndlr) par certains médias. Elle avait un programme politique marqué à gauche et plaidait pour des politiques sociales qui, selon elle, avaient été abandonnées par le parti travailliste de centre-gauche.

Travailleuse acharnée

Au pouvoir, elle a oeuvré au quotidien pour l'indépendance de l'Ecosse. Elle a argué que le Brexit - auquel les Ecossais se sont majoritairement opposés - avait changé la donne et ouvert la voie à une nouvelle consultation.

Pour elle, le rejet de la Cour Suprême l'année dernière d'autoriser un tel référendum a mis à terre le "mythe" selon lequel l'Ecosse pourrait quitter volontairement le Royaume-Uni. Elle a accusé Westminster de faire preuve de "mépris" pour la volonté démocratique de sa nation.

Nicola Sturgeon a été, quand elle était au pouvoir, une travailleuse acharnée. Ce dévouement total a fini par lui peser, a-t-elle reconnu lors de sa démission, en relevant avoir consacré sa vie à sa carrière politique.

Elle est mariée depuis 2010 à Peter Murrell, directeur général du parti SNP jusqu'à sa démission en mars. Le couple, sans enfants, s'est rencontré il y a plus de vingt ans lors d'une réunion des jeunes du SNP dont Nicola Sturgeon est devenue l'une des premières représentantes au Parlement écossais dès sa création.

En 2020, elle avait révélé avoir subi une fausse-couche en 2011. Longtemps secrète sur cette épreuve, elle avait expliqué avoir choisi d'en parler pour "combattre les préjugés sur les femmes qui n'ont pas d'enfants, surtout en politique".

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