Le monde politique français face aux violences sexistes et sexuelles
De récents scandales illustrent la persistance du problème. L'omerta est levée.
- Publié le 11-10-2022 à 13h13
- Mis à jour le 11-10-2022 à 15h57

"Les violences sexistes et sexuelles sont-elles plus nombreuses dans le monde politique ? Difficile à dire. Chaque secteur d'activité produit sa quantité de violences de ce genre" , écrit Esther Benbassa, ex-sénatrice EELV de Paris, dans l'ouvrage Violences sexistes et sexuelles en politique paru aux CNRS Éditions en 2018. Une chose est sûre, selon elle : "La politique est un monde qui produit en quantité des ego enflés et des comportements de prédateurs."
"Une lâcheté connivente"
Visiblement, rien n'a changé en l'espace de cinq ans dans le milieu politique tricolore, secoué ces mois-ci par une succession d'affaires nauséabondes, entre le député insoumis Adrien Quatennens accusé de violences conjugales sur son ex-compagne, le secrétaire national d'EELV Julien Bayou accusé de violences psychologiques par une ex-compagne et, en mai dernier, le ministre issu des Républicains Damien Abad accusé de viol et de violences sexuelles après sa nomination au gouvernement.
Si, une chose a changé depuis la parution de cet ouvrage il y a cinq ans : l'omerta ne règne plus. "Dans notre petite sphère feutrée, lorsqu'il y a des violences sexuelles, on se tait […]. On sait, mais on se tait, comme si tout cela allait de soi et devait continuer" , écrivait la sénatrice.
Depuis, le mouvement #MeToo Politique est passé par là, des collectifs comme #NousToutes ou #Relève féministe dénoncent, à grand renfort de manifestations et de tweets, le "système de protection des agresseurs au sein de la classe politique, les complicités, les comportements identifiés et une lâcheté connivente".
Ainsi les membres de #NousToutes ont condamné notamment la réaction du chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon qui, dans un tweet de soutien à Adrien Quatennens, avait salué le "courage" du député du Nord, après sa mise en retrait du parti.
Une cellule d'enquête dans des partis
Reste que face à ces affaires de violences sexistes et sexuelles qui éclatent désormais au grand jour, les partis ne savent pas toujours comment réagir. Certains se sont dotés ces dernières années de cellules, censées recueillir les signalements de victimes et mener les enquêtes pouvant mener à des mises en retrait ou des exclusions. Obligatoires dans la fonction publique ou dans les universités par exemple, ces instances sont créées au bon vouloir des partis. Pionniers en la matière, tous les mouvements de gauche (LFI, EELV, PS) en ont mis une en place. Renaissance, le nouveau parti présidentiel né le 17 septembre, s'est lui aussi doté d'une "cellule d'écoute et d'alerte" chargée d'examiner les cas de figure qui iraient à l'encontre des principes éthiques du parti. Mais ces instances sont régulièrement critiquées pour leur manque d'efficacité, leur lenteur voire leur opacité.
Encore ont-elles le mérite d'exister ! Car à droite, elles sont tout bonnement jugées inutiles. Ni Les Républicains, ni la formation d'Éric Zemmour Reconquête !, ni le Rassemblement National (RN) ne disposent en leur sein de tels organismes. Seul Bruno Retailleau, candidat à la présidence du parti LR, a assuré ce 22 septembre, être "favorable" à la création d'une cellule, estimant que "chaque parti politique doit faire le ménage". Pas question pour le président par intérim du RN Jordan Bardella, qui "pense que ce n'est pas aux partis politiques de s'autogérer et de se faire justice eux-mêmes" , comme il l'a déclaré sur France Info.
L'exemplarité des politiques
Il y a pourtant urgence à s'emparer du problème, comme l'a rappelé le Haut Conseil à l'égalité, une instance consultative placée auprès du Premier ministre. Dans un communiqué, il a appelé le 23 septembre les institutions et les partis politiques à "l'intransigeance" vis-à-vis des politiques accusés de tels comportements. "Les personnes mises en cause pour violences n'ont pas leur place au sein des institutions représentant la société (gouvernement, parlement, communautés, assemblées locales…) parce qu'il s'agit de violences sexistes et sexuelles qui doivent être systématiquement dénoncées ; parce que les politiques, qui exercent le pouvoir, doivent être particulièrement exemplaires et parce que les violences faites aux femmes en politique les détournent de ce champ où elles devraient avoir toute leur place."
Pour l'heure, les ténors dans le collimateur ont été mis à l'écart de leurs formations politiques, à l'image de Julien Bayou qui vient de démissionner du secrétariat national d'EELV. Pourront-ils un jour à nouveau briguer un poste à responsabilités au sein de leur parti, voire un mandat auprès des électeurs ? Tout dépendra en partie des décisions de justice prises à leur encontre. Encore que l'on ait déjà vu des figures de la politique condamnées… et réélues.