L'extradition de Julian Assange fragiliserait le journalisme d'investigation, prévient la Commissaire aux droits de l'homme
Face à l'imminence de la décision concernant l'extradition de Julian Assange, la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe a envoyé un courrier à la ministre de l'Intérieur britannique Priti Patel où elle l'appelle à ne pas y souscrire.
- Publié le 20-05-2022 à 12h15
- Mis à jour le 20-05-2022 à 12h16

Dans cette lettre publiée ce mardi, Dunja Mijatović expose des arguments qu'elle avait déjà développé en février dernier suite à l'officialisation américaine de la demande d'extradition du fondateur de Wikileaks.
Cette extradition aurait pour les droits de l'homme "des conséquences plus larges"qui "n'ont pas encore été examinées dans le cadre de la procédure", déclare la Commissaire dans son courrier à Priti Patel, notamment en ce qui concerne "la protection des personnes qui révèlent dans l'intérêt public des renseignements classés secrets"susceptibles de révéler des violations des droits de l'homme.
A terme, ajoute-t-elle, une telle extradition pourrait limiter l'exercice de la liberté des médias et "finir par dissuader la presse de remplir sa mission consistant, dans une société démocratique, à fournir des informations et à jouer un rôle de sentinelle".
Selon Dunja Mijatović, "la nature large et vague des allégations contre Julian Assange et des infractions énumérée dans l'acte d'accusation est troublante car nombre d'entre elles concernent des activités au cœur du journalisme d'investigation en Europe et au-delà".
La Cour européenne des droits de l'homme pourrait être saisie
Par ailleurs, la Commissaire alerte depuis plusieurs mois sur les risques de "torture ou traitements inhumains et dégradants"encourus par Julian Assange s'il se retrouvait détenu aux États-Unis où il encourt une peine de 175 ans de prison pour avoir diffusé, à partir de 2010, plus de 700 000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, en particulier en Irak et en Afghanistan.
Tant les conditions de détention que la peine susceptible d'être infligée au lanceur d'alerte l'y exposent, a prévenu le rapporteur spécial des Nations-Unies, alors que la Convention européenne des droits de l'homme ratifiée par le Royaume-Uni interdit d'exposer qui que ce soit à ce risque.
Déjà autorisée formellement par la justice britannique le 20 avril, l'extradition de Julian Assange doit encore être approuvée par la ministre de l'Intérieur.
Si Priti Patel signe le décret, Stella Assange, ex-avocate et épouse de Julian Assange a d'ores et déjà annoncé qu'elle porterait l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme.
"Il s'agit d'un problème européen", a-t-elle déclaré."Le cœur des valeurs démocratiques est en jeu, ce qui se décidé aura des répercussions pour tout le monde, pour les journalistes, partout en Europe. Le gouvernement britannique est aujourd'hui dans une position où il condamne les crimes de guerre en Ukraine et va devoir montrer s'il est prêt à extrader un journaliste pour avoir dénoncé des crimes de guerre".