Les Européens anticipent "la plus grande crise humanitaire sur notre continent"
Selon les estimations de l'UE, 7 millions d'Ukrainiens vont être déplacés à cause de l'offensive russe.

- Publié le 27-02-2022 à 21h25
- Mis à jour le 27-02-2022 à 22h01

"Nous parlons souvent d'offrir [aux réfugiés] une protection dans la région [du conflit]. Aujourd'hui, nous sommes la région [du conflit]", a déclaré dimanche Sammy Mahdi, avant une réunion des ministres des Affaires intérieures européens, à Bruxelles. Convaincu d'être face à "un moment historique, où il faut montrer du courage", le secrétaire d'État belge à l'Asile et la Migration a vigoureusement plaidé pour offrir une protection automatique aux Ukrainiens qui fuient la guerre, en activant, pour la première fois dans l'histoire, une directive adoptée en 2001 en réponse au conflit en ex-Yougoslavie. Observant qu'une grande majorité d'États membres y sont favorables, la Commission européenne a annoncé qu'elle mettrait sur la table cette proposition, qui devrait être avalisée par les Vingt-sept cette semaine.
Les Ukrainiens qui possèdent un passeport biométrique - ils seraient environ 20 millions - peuvent actuellement se rendre sans visa dans l'espace Schengen pour un séjour de 90 jours. "Nous devons être prêts pour le 91e jour", a expliqué Ylva Johansson, commissaire aux Affaires intérieures. Autrement dit, l'enjeu est d'éviter une pression sur les systèmes d'asile et de "laisser ces gens dans l'incertitude", glissait une source européenne. La directive du 20 juillet 2001 prévoit ainsi l'octroi d'une protection temporaire "en cas d'afflux massif" de personnes déplacées. Celle-ci est accordée pour une durée d'un an et peut être prolongée jusqu'à trois ans par périodes de six mois. Cette protection n'équivaut pas à un statut de réfugié (durée plus longue, voire illimitée), mais donne néanmoins accès au marché du travail, à des formations, à un hébergement…
Dimanche, le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin faisait état de 300 000 Ukrainiens ayant trouvé refuge dans l'UE. Tous ne restent pas dans les pays limitrophes, comme la Pologne, la Hongrie ou la Roumanie. Par exemple, la moitié des Ukrainiens arrivés dans ce dernier pays l'ont déjà quitté, pour rejoindre de la famille ailleurs dans l'UE. Les destinations privilégiées sont donc les États membres qui accueillent déjà une grande communauté ukrainienne, comme l'Italie, le Portugal, l'Espagne ou l'Allemagne - qui autorise depuis dimanche tous les Ukrainiens en provenance de la Pologne à circuler gratuitement à bord de ses trains, tout comme l'Autriche.
Organiser la solidarité européenne
La Pologne - qui accueille pourtant le plus grand nombre de réfugiés ukrainiens - a dès lors émis quelques réticences quant à la directive de 2001, soulignant que pour l'heure, la situation est sous contrôle. La Hongrie et la Slovaquie sont restées silencieuses. En réalité, ces pays craignent de créer un précédent, eux qui ont longtemps été opposés à tout mécanisme européen de relocalisation de réfugiés. Car la directive de 2001 prévoit également un système de solidarité volontaire entre les Vingt-sept pour organiser l'accueil des exilés.
Reste que des centaines de milliers d'autres Ukrainiens qui n'ont pas nécessairement d'endroit où aller dans l'UE, risquent de fuir la guerre. Il s'agit donc de se préparer à "ce qui pourrait devenir la plus grande crise humanitaire sur notre continent", selon les mots de Janez Lenarcic, commissaire chargé de la Gestion des crises, rappelant que "selon les estimations, 7 millions d'Ukrainiens vont être déplacés" à cause de l'offensive russe. L'activation de la directive de 2001 nécessite l'aval d'une majorité qualifiée des Vingt-sept, mais l'objectif est de symboliser l'unité européenne face à cette crise. Le pari sera donc de consolider l'unanimité d'ici à jeudi, lorsque les ministres des Affaires intérieures se réuniront à nouveau.