A Donetsk, la ville prise de panique
La ville a fait l'objet de plusieurs événements et annonces importantes vendredi, laissant craindre une explosion des tensions sur le front
- Publié le 18-02-2022 à 19h16
- Mis à jour le 19-02-2022 à 12h01

La sirène a retenti vers 16h30, heure de Kiev, quelques minutes après une prise de parole inattendue et solennelle de Denis Pouchiline, président de la république autoproclamée de Donetsk dans l'est de l'Ukraine. Sur un ton martial, tout de kaki vêtu, le leader séparatiste a annoncé une évacuation des femmes, enfants, personnes âgées et handicapées vers la Russie. Une première en huit ans de guerre. D'après les déclarations des responsables séparatistes, ce sont les habitants situés dans les zones bombardées ces derniers jours et les proches des militaires qui devaient bénéficier de cette évacuation en priorité, vers Rostov-sur-le Don, en Russie. Vendredi soir, Vladimir Poutine a demandé à son ministère des Situations d'urgence de "créer des conditions d'accueil pour les réfugiés du Donbass" et promis 10 000 roubles aux familles concernées. Il s'est également "inquiété de la rapide dégradation des tensions dans la région". L''évacuation des civils aurait commencé dès vendredi soir, d'après les médias locaux.
Si une vingtaine de localités ont bien été bombardées depuis jeudi, entraînant une mise à l'écart des habitants concernés, le reste du front et l'intérieur de la région ne faisaient vendredi l'objet d'aucune pression militaire particulière. L'annonce du leader séparatiste a créé un léger mouvement de panique à Donetsk vendredi soir : les stations-service de la ville, les distributeurs de monnaie de la banque locale et les supermarchés étaient pris d'assaut par la population quelques heures avant le début du couvre-feu.
Les deux camps s'accusent mutuellement de provocations, le commandant en chef des forces armées ukrainiennes Valéri Zaloujny a appelé au calme, affirmant que "le seul scénario acceptable pour nous afin de désoccuper les territoires est une voie politique et diplomatique".
Séquence inquiétante
Cette déclaration s'inscrit dans une séquence commencée il y a quelques jours avec un propos tenu par Vladimir Poutine, qui avait valeur de signal inquiétant. Le président russe avait une nouvelle fois qualifié la guerre du Donbass de "génocide", faisant craindre l'organisation d'une action de provocation destinée à justifier une intervention russe. Les tirs d'artillerie qui ont frappé une école ukrainienne de la région de Lougansk jeudi, ont été utilisés par la propagande séparatiste comme un moyen d'alerter sur "une offensive ukrainienne à venir". Quelques heures plus tard, une vidéo non sourcée a été mise en ligne, montrant, prétendument, un Ukrainien préparer une attaque chimique… En somme, propagande et tirs d'artillerie utilisés pour justifier une intervention russe laissaient craindre le pire. Dans la soirée, des tirs étaient de nouveau audibles au nord et à l'ouest de Donetsk. Une voiture appartenant à un responsable politique a également explosé en plein centre-ville, à proximité du siège des séparatistes. Le bruit sourd a résonné dans les avenues de la cité. L'acte serait le fait de "terroristes ukrainiens", mais il est surtout probable que les séparatistes aient souhaité augmenter le climat de peur qui régnait en ville.
Cette dégradation des tensions artificielle, possible par la main de Moscou, qui a obtenu dès 2014 un contrôle politique et militaire sur les séparatistes, a certainement un rôle politique. Alors que les négociations sur la sécurité de la région et la résolution du conflit se multiplient, Vladimir Poutine pourrait être tenté de contraindre les Ukrainiens et les Européens à finalement accepter de voter pour une autonomie de la région, au détriment de Kiev. Le vote par le parlement russe en début de semaine d'une motion demandant à Vladimir Poutine de reconnaître l'indépendance des régions de Donetsk et Lougansk représente un autre point de pression. Si le président russe faisait usage de cette prérogative, cela signifierait la mort des accords de Minsk et donc des négociations qui doivent empêcher le retour de la guerre.