La Commission veut favoriser les retours volontaires des migrants
C'est l'agence Frontex, fortement critiquée les derniers mois, qui y travaillera avec les États.

- Publié le 27-04-2021 à 19h54
- Mis à jour le 27-04-2021 à 20h05

Accusé d'avoir fermé les yeux ou même participé à des refoulements illégaux de migrants, taxé de mauvaise gestion de ses finances ou de ses équipes, suspecté de manquer de transparence sur ses rencontres avec des lobbyistes, Frontex, l'agence européenne de gardes-côtes et de gardes-frontières, est sous le feu des critiques depuis des mois. Pourtant, mardi, la Commission a dévoilé une nouvelle stratégie pour le retour volontaire et la réintégration des migrants - dont les demandes d'asile ont été déboutées - dans leur pays d'origine. Une stratégie qui sera assurée, au niveau opérationnel, par Frontex et qui s'inscrit dans l'élargissement du mandat de cette agence.
"Nous n'acceptons pas le bashing de Frontex", a déclaré Margaritis Schinas, vice-président de la Commission en charge de la Protection du mode de vie européen, en réponse aux questions sur les différents scandales visant Frontex. Le Parlement européen prend pourtant ceux-ci au sérieux, ayant mis sur pied une commission d'enquête. Réunis en plénière cette semaine, les eurodéputés devraient aussi valider leur refus d'octroyer la décharge budgétaire à Frontex pour l'exercice de ses missions en 2019.
"Cette agence est très bien placée pour soutenir les États membres en matière de retours", a défendu Ylva Johansson, commissaire aux Affaires intérieures. Dans le cadre de son mandat renforcé, Frontex aide déjà les Vingt-sept à organiser des retours, ceux volontaires représentant 18 % des opérations en 2020. La stratégie présentée charge Frontex - dont les effectifs devraient passer de 1300 à 10 000 personnes en 2027 - de travailler avec les États pour augmenter cette proportion et ainsi, accélérer de manière générale le rapatriement de demandeurs d'asile déboutés .
Accélérer les retours et apaiser le débat
Actuellement, un tiers des personnes n'ayant pas le droit de rester dans l'UE retournent effectivement dans leur pays. À ce titre, la Commission se rend à l'évidence : les retours forcés de migrants posent plus de problèmes qu'ils n'apportent de solutions. Les pays d'origine rechignent à participer à ces opérations, humainement traumatisantes et fort décriées. La Commission note aussi que le retour volontaire est "plus rentable" que celui forcé. Renvoyer de force une personne coûterait 3 414 euros (coûts de détention avant le renvoi, des escortes de retour…). Un retour volontaire est estimé à 560 euros et inclut les frais de voyage, l'assistance financière et le programme d'intégration du migrant.
Cette stratégie s'inscrit dans le Pacte sur l'asile et la migration, proposé par la Commission en septembre et qui se trouve depuis sur la table des Vingt-sept. En mettant l'emphase sur les retours, l'enjeu pour la Commission est aussi de tenter de désensibiliser la question migratoire. Et donc de déblayer le terrain pour relancer enfin une (difficile) discussion sur l'autre aspect du Pacte, à savoir la politique d'asile de l'UE et la gestion interne de la migration.