Brexit: entre la proximité avec l'Union européenne et le grand large, Londres hésite
Londres se prépare déjà au jour d'après le Brexit. Boris Johnson reçoit la présidente de la Commission von der Leyen. Le même jour, le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab sera à Washington.
- Publié le 08-01-2020 à 07h57
- Mis à jour le 28-01-2020 à 15h27

Londres se prépare déjà au jour d'après le Brexit. Boris Johnson reçoit la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. Le même jour, le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab sera à Washington.
Le Brexit est imminent. Le projet de loi de retrait de l'Union européenne est de nouveau examiné depuis mardi par le Parlement de Westminster, simultanément par la Chambre des Lords et différents comités parlementaires. Tout sera donc prêt pour son adoption avant la fin du mois. Cela ne fait désormais plus de doute : la sortie du Royaume-Uni de l'Union deviendra réalité le 31 janvier à 23 heures GMT (minuit à Bruxelles). Dès lors, Londres se projette déjà dans "l'après". Les intentions du gouvernement sont encore floues. Deux grands axes s'ouvrent à lui : rester globalement aligné sur les réglementations de l'UE, son plus grand marché, ce qui serait garantie de stabilité à court et moyen terme, ou s'en écarter, ce qui le rendrait plus autonome mais aussi plus fragile.
La journée de mercredi est significative de cette double inclinaison. Le Premier ministre britannique Boris Johnson accueillera la présidente de la nouvelle Commission européenne Ursula von der Leyen. Les négociations de l'accord commercial entre les deux voisins ne peuvent débuter tant que le Royaume-Uni est membre de l'Union, ce qui n'empêchera pas les deux responsables de discuter de leurs relations futures.
Dès le lendemain de son retrait de l'UE, le Royaume-Uni et les Vingt-sept entreront dans une période de transition, qui prendra fin le 31 décembre 2020. "Pendant ces onze mois, la relation entre le Royaume-Uni et l'UE ne changera quasiment pas, explique Catherine Barnard, professeur de droit européen à l'université de Cambridge. Si ce n'est, point majeur, que Londres ne participera plus au fonctionnement des institutions européennes et notamment au processus de décision."
Une période de transition très courte. Trop ?
Boris Johnson a déjà affirmé à de multiples reprises qu'il n'étendra pas la durée de cette période de transition - jusqu'au 1er juillet 2020, les deux parties peuvent convenir d'une extension d'un ou deux ans. Sa motivation est éminemment symbolique : il ne veut pas être accusé d'avoir prolongé la "tutelle" européenne sur le pays et préfère apparaître comme celui qui a permis de "commencer un nouveau chapitre de notre histoire", comme il l'a expliqué lors de son allocution de fin d'année diffusée le 31 décembre.
L'occupant du 10 Downing Street aura face à lui une Ursula von der Leyen qui avait déclaré fin décembre : "Je suis très inquiète devant le peu de temps dont nous disposons. Il ne s'agit pas seulement de négocier un accord de libre-échange, mais de nombreux autres sujets […] Il me semble que, des deux côtés, nous devrions nous demander sérieusement si toutes ces négociations sont faisables en si peu de temps." Mi-décembre, le négociateur en chef du Brexit pour l'UE, Michel Barnier, qui sera aussi du voyage, avait déjà prévenu : "Sans extension, nous aurons plusieurs mois pour aboutir à ce que je décrirais comme le minimum nécessaire pour l'économie et la sécurité ou nous préparer à une sortie brutale."
Ainsi que le résume Jonathan Portes, professeur d'économie et de politique publique à l'université King's College London, "l'élection générale n'a donc rien changé : l'incertitude autour du Brexit et le risque d'une sortie sans accord persisteront jusqu'à la prochaine échéance, c'est-à-dire la fin 2020". Surtout, rappelle-t-il, "un accord commercial très limité ne sera pas fondamentalement meilleur d'un point de vue économique qu'une sortie sans accord. Les barrières européennes résident surtout dans les contrôles douaniers et réglementaires plus que dans les droits de douanes. Économiquement, nous nous dirigerions donc vers un Brexit dur. Il faudrait donc au moins une extension partielle de la période de transition pour que les entreprises se préparent au choc à venir".
La carte américaine
Pendant que M. Johnson recevra Mme von der Leyen, le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab s'envolera pour Washington pour y rencontrer jeudi le secrétaire d'État américain Mike Pompeo. Les deux hommes discuteront des suites de l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani par les États-Unis. Il est fort probable que M. Raab, fervent partisan du Brexit, en profitera pour lancer un message aux Européens : à eux de ne pas se montrer trop durs, sans quoi l'avenir du Royaume-Uni s'écrira loin de l'UE.
Comme lui, de nombreux partisans d'une Global Britain veulent pousser le pays à regarder hors de sa zone d'échange habituelle, certains de sa capacité à profiter de la croissance économique mondiale future, prévue principalement en dehors de l'UE. Si Boris Johnson opte pour cette option, comme le laissent penser les premiers signes, les Britanniques auront besoin d'un accord avec les États-Unis pour compenser la perte de leurs échanges avec l'Europe. Boris Johnson entend mener en parallèle les négociations commerciales avec l'UE et celles avec les États-Unis.
Demandeurs, les Britanniques se trouveront pourtant en position de faiblesse vis-à-vis des Américains. D'où les craintes maintes fois formulées d'un alignement de la réglementation sanitaire sur celle des États-Unis ou d'une ouverture du système de santé aux entreprises privées américaines, que Washington a défini comme faisant partie de ses objectifs prioritaires. Une partie de billard à trois bandes se prépare. Et le Royaume-Uni n'est pas, loin de là, le mieux placé.