Brexit : Boris Johnson doit réussir là où Theresa May a échoué et faire adopter son accord au Parlement
- Publié le 17-10-2019 à 20h10
- Mis à jour le 18-10-2019 à 13h46

À 10h35 jeudi matin, le Premier ministre britannique Boris Johnson a écrit sur Twitter : "Nous avons un formidable nouvel accord qui nous redonne le contrôle. Maintenant, le parlement doit concrétiser le Brexit samedi pour que l'on puisse travailler à d'autres priorités comme le coût de la vie, le système de santé, les crimes violents et notre environnement."
Au cours de six autres tweets, envoyés sous les étiquettes "Concrétiser le Brexit" et "Reprendre le contrôle", le dirigeant conservateur a ensuite détaillé les avantages de son nouvel accord. Ce travail de communication est capital. Boris Johnson doit en effet faire passer le message auprès des médias et des citoyens que le résultat de ses négociations remplit bien les objectifs fixés par le vote du référendum. Un bon accueil médiatique et populaire lui permettra de "vendre" plus aisément son accord aux députés réticents, afin de le faire adopter lors de la séance exceptionnelle de la Chambre des communes prévue samedi. Il doit en convaincre une trentaine pour réussir dans son entreprise. Dans une situation similaire, le 14 novembre 2018, la Première ministre Theresa May avait omis ces actions de 'com'; son accord fut lacéré par les médias et ses opposants avant même d'être étudié.
"L'ensemble du Royaume-Uni quittera l'union douanière de l'UE" ; "L'antidémocratique filet de sécurité irlandais a été aboli. Le peuple d'Irlande du Nord sera en charge de ses lois et, contrairement au filet de sécurité, il aura le droit de mettre fin à cet arrangement spécial s'il le souhaite." Ces phrases s'adressent au Parti démocratique unioniste (DUP). Le premier parti d'Irlande du Nord est devenu au cours des deux dernières années le garant de l'unité et de l'intégrité du Royaume-Uni. Son soutien est donc crucial.
Lorsqu'en novembre 2018 Theresa May avait accepté un statut différent pour l'Irlande du Nord vis-à-vis du reste du pays, en la maintenant temporairement dans le marché unique européen, les dix députés du DUP avaient affiché leur désaccord. De nombreux députés conservateurs avaient suivi leur avis. Ensemble, ils avaient rejeté son accord, entraînant sa chute.
Le DUP n'en veut pas
Jeudi matin, le même scénario s'est reproduit. Dans un communiqué publié à 6h46, le DUP a expliqué que "dans l'état actuel des choses, nous ne pouvons pas soutenir ce qui est proposé sur les questions des douanes et du consentement. Il existe aussi un manque de clarté sur la TVA". Avant de confirmer quelques heures plus tard qu'il sera "incapable de soutenir" l'accord.
"Nous reprenons le contrôle de nos lois, de nos frontières, de notre argent et de notre commerce sans perturbation" ; "nous pouvons signer des accords commerciaux tout autour du monde" ; "l'accord établit une nouvelle relation avec l'Union européenne basée sur du libre-échange et une coopération amicale". Ces messages sont destinés aux députés eurosceptiques. L'opposition des dix élus du DUP n'est en effet pas rédhibitoire au regard de leur nombre limité. Pour les contourner, Boris Johnson doit néanmoins convaincre les vingt-neuf eurosceptiques qui avaient rejeté l'accord de Theresa May. Rien de mieux pour cela que de leur rappeler leurs priorités.
Cette tactique pourrait fonctionner. Steve Baker, le président du Groupe de recherche européenne, qui rassemble les eurosceptiques les plus radicaux, a indiqué mercredi qu'il était "optimiste" sur la possibilité pour le Premier ministre d'atteindre "un accord tolérable que je pourrai soutenir". Seront-ils ouverts à ce compromis ou pencheront-ils vers l'intransigeance du cofondateur de l'UKIP puis du Brexit Party Nigel Farage ? Ce dernier a rappelé jeudi que "l'engagement à un alignement réglementaire dans cet accord signifie que le nouvel accord n'est pas un Brexit", et que l'obligation des Britanniques d'accorder des quotas de pêche aux pays européens "serait une capitulation".
Un vrai suspens
L'adoption de l'accord de Brexit se jouera à quelques voix. Cinq élus travaillistes avaient voté en faveur de l'accord de Theresa May et un nombre similaire a affirmé son soutien à tout accord entériné par l'UE. Plusieurs des dix-neuf élus conservateurs qui avaient voté pour l'accord de Theresa May et qui ont depuis été expulsés de leur parti par Boris Johnson ou l'ont quitté devraient pourtant cette fois-ci s'y opposer.
Une adoption de l'accord samedi permettrait de passer cette étape fondamentale du Brexit. Son rejet ne changera en revanche pas grand-chose pour Boris Johnson. Il n'en perdra pas pour autant son aura de vainqueur. "J'imagine que Boris Johnson et son équipe pensent qu'ils ont le nombre pour faire adopter l'accord sans le DUP", a expliqué Craig Oliver, responsable de communication du Premier ministre David Cameron entre 2011 et 2016. "Mais s'ils ne l'ont pas, ils mèneront une campagne électorale populiste." Après avoir demandé un report de la date du Brexit à Bruxelles, le chef du parti conservateur se lancera alors dans une élection générale en se présentant comme le sauveur du Brexit. Une élection dont il aura toutes les cartes en main.