L'Inde se prépare à un festival hindou tout en démesure
Au confluent des rivières sacrées indiennes, une ville colossale s'apprête à voir le jour pour une durée de vie de quelques semaines, durant lesquelles elle doit accueillir quelque 400 millions de pélerins hindous pour le plus grand rassemblement religieux de la planète.

- Publié le 27-12-2024 à 21h11

Quelque 150.000 toilettes, 68.000 lampadaires, des cantines pouvant restaurer 50.000 personnes simultanément et des câbles électriques interminables qui viendront se loger dans la tranchée que creuse Babu Chand.
"Tant de fidèles vont venir, j'ai l'impression de contribuer un peu, c'est comme si je m'acquittais d'un acte pieux", estime cet ouvrier au front plein de sueur, sur le chantier de 4.000 hectares dans le nord de l'Inde.
Classé au patrimoine immatériel de l'humanité par l'Unesco en 2017, le Kumbh Mela, qui se déroule du 13 janvier au 26 février dans une vaste plaine de Prayagraj (ancienne Allahabad), s'ancre dans la mythologie hindoue.
Les fidèles croient que se baigner dans le Sangam, à la confluence du Gange, du Yamuna et du Saraswati, les lavera de leurs pêchés et les aidera à atteindre le "moksha", la libération des cycles de réincarnation.
D'après la légende, les dieux et les démons se sont autrefois battus pour une cruche ("kumbh") qui contenait un nectar d'immortalité.
Quatre gouttes sont tombées sur la Terre: une à Prayagraj et les autres dans les trois autres villes qui organisent à tour de rôle le festival.
Mais le rassemblement de Prayagraj, qui se tient tous les 12 ans, est le plus grand de tous. Le dernier s'est tenu en 2019 mais était plus petit: 240 millions de fidèles, d'après les autorités.
"Guidé par la foi"
Outre les travaux de voirie, d'éclairage ou d'assainissement, les préparatifs consistent aussi à l'affichage de portraits, partout dans la ville, du Premier ministre Narendra Modi et du ministre en chef de l'Etat de l'Uttar Pradesh, Yogi Adityanath, tous les deux membres du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), car religion et politique sont fortement imbriquées en Inde.
"De 350 à 400 millions de fidèles vont venir assister au 'mela', vous pouvez imaginer le niveau de préparations", déclare à l'AFP Vivek Chaturvedi, porte-parole du festival. "Nulle part vous ne trouverez un rassemblement de cette taille, pas même un dixième de ça".
En Arabie saoudite, le pélerinage de La Mecque a rassemblé environ 1,8 million de musulmans cette année.
"Ce qui en fait un événement unique c'est son ampleur et le fait qu'il n'y a pas d'invitations", ajoute M. Chaturvedi. "Chacun vient de son propre chef, guidé par la foi".
Certains sont déjà arrivés. Des sadhus, ascètes hindous, ont marché de longues semaines depuis leurs montagnes reculées pour plonger nus dans les eaux sacrées.
"Je suis venu ici pour bénir le public", explique Digambar Ramesh Giri, 90 ans, nu et les dread-lock coiffés en chignon. "Quoique vous vouliez au fond du coeur, vous l'aurez au Kumbh".
