Quelle majorité au Sénat? Tout se jouera dans deux élections en Géorgie
Avec 50 sièges, les Républicains ont un avantage qu'ils entendent consolider.

- Publié le 11-11-2020 à 17h30

La victoire tenue pour acquise, dimanche, des sénateurs républicains sortants de la Caroline du Nord, Thom Tillis, et de l'Alaska, Dan Sullivan, établit à 50 contre 48 le rapport de force provisoire entre Républicains et Démocrates au Sénat. Il appartiendra, par conséquent, à deux élections spéciales, programmées l'une et l'autre en Géorgie, le 5 janvier, de déterminer qu'elle y sera la majorité pour les deux prochaines années.
Si les Républicains perdent ces deux scrutins et si l'élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis est confirmée, les Démocrates contrôleront le Sénat avec la marge la plus étroite : à 50 contre 50, ils pourront uniquement compter, à défaut de défection dans les rangs républicains, sur la voix prépondérante de la vice-présidente Kamala Harris. En qualité de présidente du Sénat (sans y siéger), celle-ci aura le pouvoir, en effet, de départager les élus en cas d'égalité des voix.
La défaite essuyée en Caroline du Nord est un nouveau coup dur pour les Démocrates, après avoir déjà échoué à évincer la sénatrice Susan Collins dans le Maine. Les sièges de Tillis et Collins étaient ceux qu'ils espéraient conquérir en priorité pour faire la différence, en plus de ceux de Cory Gardner et Martha McSally, qui ont effectivement été délogés au Colorado et en Arizona. Les espoirs démocrates ont également été déçus dans l'Iowa et en Caroline du Sud, où Joni Ernst et Lindsey Graham ont réussi à se maintenir.
Le Démocrate Cal Cunningham paraissait en mesure de vaincre Thom Tillis jusqu'au moment où la révélation d'une liaison extraconjugale est venue compromettre ses chances dans un État resté conservateur en dépit d'une évolution économique et démographique qui a fait de la Caroline du Nord un swing state. On y attend toujours, au demeurant, le résultat de l'élection présidentielle.
Deux "run off", le 5 janvier
Ce sont donc deux scrutins en suspens en Géorgie - un bastion républicain devenu lui aussi un swing state - qui décideront de la physionomie finale du Sénat. On y organisait, cette année, non pas une, mais deux élections sénatoriales, parce qu'il fallait y remplacer le Républicain Johnny Isakson, qui avait démissionné en décembre 2019. Celle qui assurait l'intérim, Kelly Loeffler, affrontait non seulement un Démocrate, Raphael Warnock, mais aussi un rival républicain, le député Douglas Collins. Aucun prétendant n'ayant obtenu plus de 50 % des suffrages, il y aura ce que les Américains appellent un "run off" entre Warnock et Loeffler.
Dans l'autre élection, le sénateur sortant, David Perdue, a raté de peu sa réélection en obtenant 49,7 % des suffrages. Il est donc contraint d'en découdre de nouveau avec Jon Ossoff, dont les Républicains ont raillé la jeunesse et l'inexpérience (il a sept ans de moins que le plus jeune des sénateurs en place).
Mobiliser à tout prix
Les deux camps promettent d'injecter des millions de dollars dans ces deux élections cruciales. Les Démocrates ont peu de chances de les remporter, mais les Républicains ne veulent prendre aucun risque. Il se dit que c'est précisément pour maintenir la mobilisation dans leurs rangs que les ténors du parti se refusent à pousser Donald Trump à reconnaître sa défaite dans l'élection présidentielle. Il s'agit pour eux de maintenir l'élan du 3 novembre, et de préserver le moral des troupes.
Si le Président et ses proches croient toujours pouvoir détrôner Joe Biden, les experts, juristes et politologues, sont de plus en plus nombreux à penser que les recours en justice seront vains. Non seulement l'avance du candidat démocrate est conséquente, mais sa victoire s'appuie aussi sur sa performance dans plusieurs États (on est loin des 537 voix de différence entre George W. Bush et Al Gore dans la seule Floride). C'est peut-être pourquoi Mitch McConnell, reconduit à la tête de la majorité républicaine au Sénat, a assuré samedi que les actions en justice n'entraveraient pas la transition, quel que soit le président qui prêtera serment le 20 janvier.
