"Nous sommes tous Charlie Kirk". À New York, la droite trumpiste en fait son martyr
Une veillée pour l'influenceur ultraconservateur, assassiné en Utah, a eu lieu à New York vendredi 12 septembre. Ses partisans promettent de poursuivre son combat. De notre correspondant à New York, Alexis Buisson
- Publié le 13-09-2025 à 07h16
- Mis à jour le 14-09-2025 à 18h53

La nuit tombée, les bougies électriques s'illuminent au Madison Square Park, un parc de Manhattan. Une centaine de personnes, vêtues de noir et de casquettes "Make America Great Again" (MAGA) se massent autour d'un portrait de Charlie Kirk. Ils sont venus à l'invitation du Club des Jeunes républicains de la ville rendre hommage à l'influenceur conservateur, abattu d'une balle dans le cou, mercredi dernier, dans une université en Utah.
Donald Trump a annoncé, vendredi, que le tueur présumé, un homme de 22 ans nommé Tyler Robinson, avait été arrêté. "Un lâche ", a lancé Stefano Forte, le président des Jeunes républicains, visiblement ému aux côtés de Curtis Sliwa, le candidat du parti à la mairie de New York, victime lui-même d'une attaque par balles de la mafia new-yorkaise en 1992. "Nous sommes tous Charlie Kirk. Le tireur a échoué. Il nous appartient de reprendre le flambeau… Sa mémoire sera éternelle. Il sera un martyr de notre mouvement ".
Dans la foule, des jeunes et des moins jeunes, inspirés par la démarche de leur champion de se rendre dans les universités, considérées par la droite trumpiste comme des bastions de la gauche, pour débattre de sujets chauds comme le racisme, le "wokisme", l'avortement, les transgenres… Suivi par des millions de personnes via son podcast et sur les réseaux sociaux, l'Américain avait fondé une association, Turning Point USA, destinée à promouvoir les valeurs conservatrices dans les établissements du supérieur. " Il m'a montré que je pouvais exister dans mon école alors que les choses qui me sont chères, comme la famille et Dieu, étaient méprisées", raconte Tymon Bielawa, un lycéen drapé dans la bannière américaine.
Pour lui, le coupable est tout trouvé: "les gauchistes". Un écho à Donald Trump qui, avant même que le tueur ne soit identifié, a mis en cause "la gauche radicale", promettant de s'en prendre aux "organisations qui financent et soutiennent " la violence contre des élus de droite et du monde des affaires, "des juges et des membres des forces de l'ordre". Une formule vague qui a fait craindre à ses détracteurs qu'il cherche à exploiter la tragédie pour amplifier sa campagne contre ses opposants politiques et réprimer toute voix critique du pouvoir.
Vendredi, dans son émission favorite Fox & Friends, sur la chaîne conservatrice Fox News, il a déclaré qu'il "(se) fichait complètement " de rassembler le pays malgré des actes de violence politique contre des élus de tout bord. "Les radicaux de droite refusent la criminalité… Les radicaux de gauche sont le problème – ils sont cruels, horribles et politiquement futés. Ils veulent des hommes dans le sport féminin, la transsexualité pour tous, des frontières ouvertes. La pire chose qui soit arrivée à ce pays".
Élevé dans une famille républicaine, le tueur présumé n'était affilié à aucun parti et n'avait pas voté à la présidentielle de 2024. Mais d'après le gouverneur de l'Utah, Spencer Cox, des proches ont confié aux enquêteurs que Tyler Robinson était "devenu plus politique " ces dernières années et avait manifesté son rejet de Charlie Kirk. Des balles non-utilisées portent les inscriptions "Hey, fasciste ! Attrape !", ainsi que "Bella ciao ", l'hymne italien anti-nazis.
Joseph Briar, un libertarien rencontré à la veillée, y voit la marque du mouvement Antifa, la nébuleuse anti-fasciste que les trumpistes ont érigé en responsable des troubles qui ont émaillé les manifestations anti-racistes de 2020 après la mort de l'Afro-Américain George Floyd. Pour lui, Donald Trump a raison de hausser le ton. "La violence que nous avons vue ces dernières années provient avant tout de militants de gauche ", affirme-t-il, oubliant l'émeute du Capitole en 2021 et l'assassinat d'une élue démocrate au Minnesota en juin.
Malgré les appels à la "guerre " lancés par des influenceurs MAGA et les propos incendiaires du président américain, les intervenants qui se sont exprimés à la veillée ont plaidé pour une riposte pacifique. "Nous devons avancer, sans violence, et nous battre tous les jours pour nos valeurs", a déclaré Stefano Forte, le chef des Jeunes Républicains de New York. Kevin Ham, croisé dans le public, acquiesce. "Ils veulent nous entraîner dans une spirale infernale pour nous déstabiliser, mais nous devons répondre avec une discipline de fer, dit-il. C'est en voyant cela que le centre basculera à droite dans les urnes ". Il se dit favorable à ce que le gouvernement surveille les réseaux sociaux pour identifier les gens qui se félicitent de la mort de Charlie Kirk, comme l'ont annoncé le ministère des Affaires étrangères et le Pentagone. Pour la liberté d'expression si chère au conservateur assassiné, on repassera.
