Le Nevada a fait un peu plus de Bernie Sanders le candidat des Démocrates à la présidentielle
- Publié le 23-02-2020 à 08h19
- Mis à jour le 24-02-2020 à 17h36

En enlevant haut la main, samedi, les caucus du Nevada, Bernie Sanders a consolidé son nouveau statut de favori des Démocrates dans la course à la Maison-Blanche.
En célébrant ce succès très tôt dans la soirée, le sénateur du Vermont a rappelé qu'il avait déjà non seulement gagné les primaires du New Hampshire, mais aussi remporté le vote populaire (à défaut d'une majorité de délégués) dans l'Iowa. Le candidat y voit la montée en puissance d'un mouvement qui " va balayer tout le pays " et, assure-t-il, lui apporter d'abord l'investiture du parti, ensuite la victoire face à Donald Trump.
Si le résultat de Bernie Sanders est tout sauf une surprise, puisque les sondages l'annonçaient depuis deux semaines en créditant le sénateur d'un avantage considérable qui s'est effectivement concrétisé, il faut rappeler qu'il n'allait pourtant pas de soi. C'est à Joe Biden que le Nevada devait logiquement faire un triomphe parce que, de tous les prétendants démocrates, c'est l'ancien vice-président qui a longtemps joui du soutien des minorités, et plus du quart de la population de cet État de l'Ouest américain est hispanophone.
Domination totale
Or, les estimations indiquent que Bernie Sanders a obtenu plus de la moitié du vote latino, soit quatre fois plus que Joe Biden. Le sénateur du Vermont éclipse ses concurrents dans tous les groupes sociaux et démographiques, excepté… celui de sa tranche d'âge : les plus de 65 ans. Cela lui permet d'affirmer qu'il est parvenu à bâtir " une coalition multiraciale et plurigénérationnelle " qui va faire de lui le candidat idéal du Parti démocrate. Il est aidé par la dispersion du vote modéré entre quatre candidats (Joe Biden, Pete Buttigieg, Amy Klobuchar et Michael Bloomberg) et par les difficultés de son unique rivale à gauche, Elizabeth Warren. Cette situation lui ménage un boulevard pour creuser l'écart.

Le "comeback kid"
En finissant deuxième, très loin derrière Bernie Sanders, mais devant ses autres rivaux (selon des résultats encore partiels), Joe Biden a presque salué une victoire, prenant d'ailleurs la parole le premier, samedi soir. Il est vrai que, après ses revers cuisants dans l'Iowa et le New Hampshire, le vice-président revient de loin et peut poser en "comeback kid". Pour reprendre les mots d'un élu démocrate de Caroline du Sud, sa campagne a redonné des signes de vie, après que les médias et les experts l'eurent déclarée moribonde. Cela ne fait pas oublier, cependant, qu'un candidat avec une telle aura n'a encore rien gagné.
Joe Biden a donc impérativement besoin de faire une démonstration de force, samedi prochain, en Caroline du Sud. Les augures sont favorables, non seulement parce que l'électorat noir, prépondérant dans cet État du Sud, paraît lui rester fidèle et ne pas (encore) se reconnaître en Bernie Sanders, mais également parce que les trois autres principaux compétiteurs ont livré au Nevada une prestation peu convaincante, voire franchement médiocre dans le cas d'Amy Klobuchar. Talonnée par l'homme d'affaires Tom Steyer, la sénatrice du Minnesota, qui avait fait sensation en terminant troisième dans le New Hampshire, pouvait au mieux espérer une cinquième place dans le Nevada.
La faiblesse prévisible de Buttigieg
Pete Buttigieg a, certes, réussi à se maintenir dans le trio de tête, mais il n'a pas pu rééditer ses performances sensationnelles de l'Iowa et du New Hampshire. Les doutes sur sa capacité à rallier les minorités s'en trouvent ainsi confirmés. L'ex-maire de South Bend devra donc lui aussi faire forte impression en Caroline du Sud s'il veut rester dans la course.
Quant à Elizabeth Warren, elle a sans doute joué de malchance. La sénatrice du Massachusetts a brillé lors du débat télévisé organisé mercredi dernier à Las Vegas, mais le Parti démocrate du Nevada a introduit cette année le vote anticipé pour accroître la participation à ses caucus et quelque 75 000 électeurs avaient déjà voté avant d'avoir pu écouter Mme Warren.
Une question d'argent finalement
La sénatrice en a tiré malgré tout une consolation : les dons ont afflué depuis mercredi soir et les coffres de sa campagne se sont ainsi gonflés de neuf millions de dollars, a-t-elle annoncé. C'est pour elle une excellente nouvelle car l'argent risque plus que jamais de faire la différence lors d'un Super-Mardi peut-être décisif. Il en faut beaucoup pour faire simultanément campagne dans quatorze États et imposer sa présence sur des marchés médiatiques aussi vastes et coûteux que celui de la Californie. Le défi financier est d'autant plus lourd et menaçant que les prétendants affronteront alors un nouvel adversaire : Michael Bloomberg. L'ancien maire de New York a déjà dépensé plus de 160 millions de dollars en publicités électorales dans les États qui voteront le 3 mars.