Pourquoi le Roi "regrette" la période coloniale au Congo mais ne présente pas ses excuses
"Les excuses n'ont pas d'existence juridique", soutient Tanguy De Wilde, professeur de relations internationales à l'UCLouvain, ce qui ne conduirait pas directement aux versements d'éventuelles réparations.
- Publié le 08-06-2022 à 23h04
- Mis à jour le 10-06-2022 à 22h20

Sans réelle surprise, le roi Philippe a réaffirmé ses "plus profonds regrets" à propos de la période coloniale belge au Congo. Il a ainsi confirmé la position adoptée dans une lettre adressée au président congolais, Félix Tshisekedi, à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance du Congo, en juin 2020.
À l'époque, une certaine pression politique et populaire réclamait des excuses de l'ancien colonisateur. Certains voyaient dans ce voyage royal l'occasion de poser un geste fort et de présenter des excuses. Ce qui, pour d'autres, risquerait d'ouvrir le débat autour des réparations de l'État belge envers l'ancien pays colonisé.
Un geste plus politique que juridique
"Les excuses officielles représentent trois choses. La première concerne les torts passés. En présentant ses excuses, l'État agresseur reconnaît la souffrance occasionnée. Il faut ensuite qu'il y ait une sincérité morale derrière le propos. Elles ne doivent pas répondre à une tendance sociale. Enfin, elles attestent d'un changement d'attitude de la part de celui qui les présente", décrypte Stipe Odak, chercheur à l'Université de Columbia et à l'UCLouvain sur les questions de mémoire collective. "Mais l'excuse appelle en général le pardon de la personne agressée, sans qu'il soit garanti", précise aussi ce spécialiste de la justice transitionnelle.
"Les excuses n'ont pas d'existence juridique", soutient Tanguy De Wilde, professeur de relations internationales à l'UCLouvain, ce qui ne conduirait pas directement aux versements d'éventuelles réparations.
"Elles pourraient toutefois servir d'arguments de plaidoirie en cas de procédure judiciaire . D'un point de vue plus politique, je remarque que les excuses sont toujours venues du gouvernement belge jusqu'à présent, qu'il s'agisse de la passivité lors du génocide rwandais ou dans le sort des métis", reprend le professeur de l'UCLouvain. Cela repousserait l'échéance au terme de la commission parlementaire spéciale consacrée à la colonisation. Mais il faudrait pour cela que la demande émane de la société congolaise elle-même. "Au niveau officiel, il n'y a pas eu de demandes d'excuses de la part du Congo", observe encore le professeur.