L'armée russe reprend l'initiative et annonce un renforcement de ses troupes: "Moscou repasse à l'offensive"
De nouvelles unités russes devraient rejoindre le front d'ici la fin de l'année. En mer, la situation est nettement plus compliquée pour le Kremlin dont la marine vieillissante n'est pas adaptée à une guerre d'attrition.
- Publié le 21-03-2024 à 19h02
- Mis à jour le 22-03-2024 à 10h27

Après le triomphe annoncé de Vladimir Poutine, reconduit à la tête du Kremlin pour un cinquième mandat, dimanche dernier, on attendait de la Russie qu'elle renforce son discours guerrier. Les choses n'ont pas traîné. Mardi, les troupes russes ont revendiqué la prise du petit village d'Orlivka situé à quelques kilomètres d'Avdiivka, dans l'oblast de Donetsk. Le lendemain, Sergueï Choïgou annonçait depuis le ministère de la Défense un renforcement des capacités militaires en Ukraine avec l'ajout de deux formations inter-armes, quatorze divisions et seize brigades d'ici la fin de l'année 2024. Annonce célébrée ce jeudi par la prise d'une autre petite localité, voisine d'Orlivka.
La bataille du front, longtemps enlisée, serait-elle en train de tourner à l'avantage des Russes ? "Tout dépend de l'angle que vous prenez", analyse Thibault Fouillet, directeur scientifique de l'Institut d'études de stratégie et de défense basé à Lyon. "D'un point de vue opérationnel, ces avancées ne sont pas significatives. Quand on parle de la chute d'Avdiivka, on a l'impression de faire face à un raz-de-marée alors que ça a pris plus de cinq mois et demi. Les autres prises, même réelles, sont distantes de quelques kilomètres à peine. En termes de dynamique opérationnelle, en revanche, on sent un réel changement. La Russie a repris l'initiative, elle s'est remise dans une posture offensive après des mois de contre-offensive ukrainienne".
Odessa, cible prioritaire ?
Il se murmure par ailleurs à Moscou que Vladimir Poutine passerait volontiers à la vitesse supérieure en ce qui concerne la précieuse Odessa, en bord de mer Noire. Le vendredi 15 mars, un bombardement russe inhabituellement puissant y a d'ailleurs fait 21 victimes et plus de 73 blessés. "Certains signaux semblent effectivement conforter cette hypothèse", commente Thibault Fouillet. "Une intensification croissante des frappes aériennes est tout à fait possible, mais tout autre type d'opération pose question. Les forces russes sont-elles suffisamment importantes pour mener une attaque depuis la Transnistrie ? Non. Attaquer au sol depuis le front impliquerait de passer durablement le fleuve Dniepr avant de prendre Kherson et Mykolaïv. Et un blocus maritime semble difficilement envisageable puisque la marine russe en mer Noire est sans cesse repoussée par les forces ukrainiennes".
Malgré la nette supériorité de Moscou, Kiev n'a cessé d'enchaîner les succès contre la flotte russe, au point de rouvrir un couloir maritime pour exporter ses céréales, en dépit des menaces de bombardements. En visite sur une base militaire russe week-end dernier, Sergueï Choïgou a donc ordonné aux forces navales d'augmenter leur puissance de feu et d'intensifier leurs entraînements pour contrer plus efficacement les drones ukrainiens. "On est dans une logique totalement asymétrique", analyse le Directeur scientifique de l'Institut d'études de stratégie et de défense. "Un État doté d'une flotte fait face à un État qui n'en a pas du tout, sans parvenir à assurer sa suprématie. Les pertes russes enregistrées depuis deux ans sont beaucoup trop importantes, donc forcément, ils veulent changer les choses pour reprendre le contrôle de la situation".
Vieille flotte inadaptée
Consciente d'entrée de jeu de son infériorité logistique, l'Ukraine a rapidement mis au point une technique de techno guérilla navale qui s'est avérée redoutablement efficace. "Les Ukrainiens ont détourné des moyens en lançant des missiles depuis des batteries côtières, utilisé des drones navals, et mené une guerre d'attrition constante, faisant sans arrêt planer une menace de destruction sur les navires russes". Moscou, qui a démontré sa capacité d'adaptation sur le front, peut-elle retourner la situation ? "Oui et non", estime Thibault Fouillet. "Digne héritière de l'ère soviétique, la marine russe est vraiment restée le parent pauvre de la modernisation. Il suffit de voir l'état de ses porte-avions. Contrairement à la Chine, qui a massivement investi dans sa flotte, la Russie a laissé la sienne tomber en décrépitude pour une raison très simple : jusqu'à la prise de la Crimée, Moscou n'avait pas d'accès garanti aux mers chaudes."
Dans son allocution, le ministre russe de la Défense ne fait d'ailleurs aucune référence à d'éventuels navires supplémentaires, mais bien à une puissance de feu et des entraînements renforcés. "L'état de la marine russe n'est pas le seul élément en jeu", ajoute Thibault Fouillet. "La plupart des navires militaires à travers le monde ont été conçus pour faire de la défense anti-aérienne, pas de la défense anti-drones. L'opération spéciale lancée par Vladimir Poutine exigeait simplement de la marine qu'elle contrôle les mers et menace les villes avec des opérations amphibies. C'est l'échec de cette guerre éclair qui a conduit à un autre type d'affrontement auquel la Russie n'était pas préparée. Jamais des drones aériens, terrestres et navals n'avaient été à ce point utilisés."
