La méthode forte en Égypte : quinze exécutions en quinze jours

- Publié le 01-03-2019 à 14h53
- Mis à jour le 08-03-2019 à 16h12

La Belgique accueille le Congrès contre la peine de mort, le plus important événement abolitionniste au monde. Malgré une tendance à la baisse du nombre d'exécutions, certains pays, comme l'Égypte, connaissent des inflations marquantes.
L'organisation, la semaine dernière à Charm el Cheikh, d'un premier sommet commun entre la Ligue arabe et l'Union européenne en est l'un des signes. Huit ans après la chute du régime Moubarak, l'Égypte du président Abdel Fattah al Sissi récupère peu à peu son rang de puissance régionale, sous l'aile tutélaire de l'Arabie saoudite, principal bailleur de fonds du régime. Mais à quel prix pour les droits de l'homme ?
Car ce retour parmi les États qui comptent au Moyen-Orient se fait - les rapports d'organisations de défense de ces droits l'attestent - sur le compte d'une répression généralisée, de procès expéditifs, d'aveux extorqués sous la torture et d'exécutions en nombre, le tout sous couvert d'une lutte antiterroriste menée tambour battant.
Des exécutions après torture
L'Égypte, un pays qui applique toujours la peine de mort, a exécuté vendredi dernier par pendaison neuf personnes condamnées à mort pour l'assassinat du procureur général Hicham Barakat en 2015. Six autres condamnés à mort ont été pendus auparavant en février : trois pour l'assassinat du général de police Nabile Farrag, trois autres pour le meurtre du fils d'un juge.
Ces quinze pendaisons en une quinzaine de jours ont provoqué l'indignation du Haut-commissariat aux droits de l'homme de l'Onu, qui a (re)demandé à l'Égypte d'arrêter l'application de la peine capitale. L'agence onusienne explique que ces quinze personnes ont révélé durant leur procès avoir subi des actes de torture perpétrés pour obtenir leurs aveux, des déclarations qui n'ont apparemment pas été prises en compte par le tribunal.
Cette brusque recrudescence des exécutions n'est pas inédite. L'an dernier, le même Haut-commissariat onusien avait déploré l'exécution de vingt personnes (dont quinze pour des faits de terrorisme), début janvier. Déjà avec la même préoccupation relative aux procès de civils devant des juridictions militaires.

Des priorités différentes
Depuis 2010, la justice égyptienne a condamné à mort au moins 2 194 personnes et au minimum 156 d'entre elles ont été exécutées (dont 44 en 2016 et 35 en 2017), selon une recension d'Amnesty International. Avec cet autre constat préoccupant que des condamnations à mort collectives sont de plus en plus régulières en Égypte. Le record en la matière reste celui de 2014 lorsque 529 personnes avaient écopé de la peine capitale - en majorité des islamistes impliqués dans les troubles mortels ayant suivi la destitution du président Mohamed Morsi.
L'application de la peine capitale est parfaitement assumée. Dans son intervention lors du récent sommet UE-Ligue arabe, le président al Sissi a pris la peine de souligner la différence de vision entre les pays européens, abolitionnistes, et les États arabes du Moyen-Orient, où la peine capitale est encore largement prononcée et appliquée.
"Nous respectons le fait que vous ayez aboli la peine capitale et nous ne vous demandons pas de la réintroduire mais ne nous imposez pas vos positions", a déclaré le président égyptien, faisant état de "deux cultures différentes". "La priorité en Europe est de réaliser et de maintenir le bien-être de sa population. Notre priorité est de protéger nos pays et de les préserver de l'effondrement, de la destruction et de la ruine, comme on le constate dans de nombreux pays alentour". On ne pourrait être plus clair.