Raif Badawi, le blogueur condamné à 1000 coups de fouet, s'est exprimé "librement, à sa manière"

L'épouse du blogueur saoudien a demandé sa libération à Bruxelles.

Vincent Braun
Bruxelles - Siege Amnesty International: Ensaf Haidar, épouse de Raïf Badawi (blogueur saoudien condamné à 10 prison et 1000 coups de fouet)
Bruxelles - Siege Amnesty International: Ensaf Haidar, épouse de Raïf Badawi (blogueur saoudien condamné à 10 prison et 1000 coups de fouet) ©JC Guillaume

"Mon mari écrivait des choses pour lesquelles il ne pensait pas devoir craindre quoi que ce soit. Il s'est exprimé différemment", explique Ensaf Haidar. L'épouse de Raif Badawi, cet activiste saoudien condamné l'an dernier à dix ans de prison et mille coups de fouet, tente d'obtenir la libération de son mari. Elle effectue en ce moment une tournée européenne, qui passait mercredi à Bruxelles, après Berlin et avant Paris.

Ensaf Haidar et ses trois enfants vivent aujourd'hui à Sherbrooke au Québec, après avoir obtenu l'asile canadien en 2013. Devant les pressions et les premières condamnations de son mari, ils avaient d'abord obtenu l'asile en Egypte début 2012, puis au Liban.

Cette femme de 35 ans, habillée à l'occidentale, n'a plus vu son mari depuis plus de trois ans. Elle dit être en contact avec lui par téléphone, "deux fois par semaine lors d'appels très courts" .

Le cas de Raif Badawi, défendu par Amnesty International, a été largement médiatisé depuis qu'il a enduré, le 9 janvier dernier à Djedda, la première des vingt séances de cinquante coups de fouet qui lui ont été "prescrites". Le châtiment est suspendu depuis, Riyad ayant invoqué les deux premières fois des raisons médicales - les plaies n'étaient pas cicatrisées.

Le blog qu'il avait créé en 2006 sous le nom "Libérez les libéraux saoudiens" avait provoqué l'irritation, puis l'ire, des autorités. Il y publiait des textes d'opinion sur son pays, écrits par lui et d'autres contributeurs.

Rigoriste et rétrograde

Raif Badawi a été condamné pour "insulte à la religion". Une illustration de la prééminence de cette dernière dans l'énorme royaume wahhabite, qui applique une conception rigoriste et rétrograde de la charia islamique. "Il n'a pas parlé directement de la religion. Il a parlé d'une institution, la police religieuse, en commentant son action, son attitude. Il s'est juste exprimé librement. A sa manière" , dit son épouse.

Ensaf Haidar s'est aussi exprimée devant la commission des Relations extérieures du Parlement fédéral. "C'est une jeune femme très moderne et autonome qui assume ses positions politiques" , dit d'elle le député CDH George Dallemagne, vice-président de cette commission, qui regrette qu'elle n'ait pas été reçue "au niveau ministériel" . Celui-ci entend déposer une résolution invitant le gouvernement belge à condamner la détention de Raif Badawi et entamer des démarches pour obtenir sa libération. "La Belgique entretient d'excellentes relations diplomatiques avec l'Arabie Saoudite, un pays auquel elle vend des armes mais qui foule au pied de manière grave les droits de l'homme. Il est grand temps que nous ayons une réflexion sur ce pays, sur la manière dont il traite sa population et finance le terrorisme salafiste" , estime-t-il.

Une possible grâce royale

Cette démarche pourrait se conjuguer à d'autres au niveau européen, dans la mesure où une "fenêtre d'opportunité" va bientôt s'ouvrir. Ensaf Haidar l'appelle de ses vœux : "Nous espérons une bonne nouvelle pour Raif pendant le mois de ramadan (du 18 juin au 17 juillet), où traditionnellement le roi accorde sa grâce à certains prisonniers d'opinion."

Le durcissement apparent du régime saoudien n'augure rien de bon. Riyad a battu mardi le record d'exécution de l'an dernier, avec 88 décapitations… En moins de cinq mois. "Nous savons que le rythme des exécutions a commencé à augmenter en août de l'année dernière" , dit May Romanos, spécialiste des questions touchant à l'Arabie Saoudite chez Amnesty. "Il est possible que le roi veuille envoyer un message dur." Sans doute à l'attention des groupes extrémistes qui déstabilisent la région et voudraient faire de même dans le royaume wahhabite.

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