Peut-on vraiment laisser son portefeuille aux mains d'un logiciel ?
Certains fonds sont gérés par des algorithmes. On parle alors de gestion quantitative. Celle-ci est-elle une boîte noire ou un outil efficace ? Analyse.
- Publié le 13-04-2026 à 13h28

Dans certaines sicav, le processus d'investissement se base sur une analyse et un traitement de données (data) à travers des algorithmes. Ces modèles sont souvent développés par les gestionnaires au sein des maisons de gestion.
"La mise en place d'un tel modèle exige une recherche qui s'étale sur plusieurs années avec des tests et des simulations dans des situations de marchés diverses. Ces fonds ont pour but d'atteindre des performances qui sont supérieures à celles des marchés dans la durée", explique Charles Bok, administrateur délégué chez Createra Finance.
Suppression des biais émotionnels
Ces algorithmes, s'ils sont bien élaborés par des hommes et des femmes dans le monde de la gestion, suscitent cependant une certaine crainte chez les investisseurs. Confier son argent à un système mathématique dont on ne comprend pas le fonctionnement peut en effrayer plus d'un.
"Cependant, il ne faut pas oublier que ces algorithmes sont bel et bien conçus par des personnes qui ont une bonne connaissance mathématique et financière. Automatiser certaines décisions permet, par ailleurs, de supprimer les biais émotionnels", précise Charles Bok.
L'approche quantitative permet donc de prendre une certaine distance par rapport aux événements à court terme."
Ces biais peuvent être de trois types. Il y a, d'une part, les biais affectifs lorsque les investisseurs s'attachent trop à une valeur en perdant de vue sa réalité financière. Il y a, d'autre part, les biais géographiques. Souvent, on a tendance à privilégier sa région de base dans ses choix d'investissement. Enfin, certains biais sectoriels peuvent influencer les placements, comme c'est le cas aujourd'hui avec le secteur de la technologie qui connaît un certain succès.
"L'approche quantitative permet donc de prendre une certaine distance par rapport aux événements à court terme. Nous ne préconisons cependant pas de mettre l'entièreté du portefeuille dans ce type de fonds. En effet, il s'agit ici plutôt d'un outil de diversification des modes de gestion qui peut entrer dans la poche actions à concurrence de 25 à 30 %", préconise Charles Bok.
Les équipes de gestion ont défini à l'avance les situations exceptionnelles dans lesquelles une intervention humaine peut intervenir en décidant de ne pas appliquer ce que le modèle mathématique a déterminé.
Les algorithmes génèrent des ordres d'achat ou de vente qui passent par une équipe "humaine". Les équipes de gestion ont défini à l'avance les situations exceptionnelles dans lesquelles une intervention humaine peut prendre la décision de ne pas appliquer ce que le modèle mathématique a déterminé. C'est le cas, par exemple, lorsque l'on sait que la société a fait une fraude.
Lisser les risques
Par ailleurs, ces fonds déterminent le niveau de risque maximal qui peut être pris. Le fonds lisse donc automatiquement les risques selon le niveau de volatilité qui a été fixé au départ par les gestionnaires.
Le but de ces fonds est aussi de minimiser l'effet du hasard.
L'analyse des sociétés se fait selon l'approche bottom up, c'est-à-dire en partant de l'analyse des sociétés et non des fondamentaux macroéconomiques.
Le but de ces fonds est aussi de minimiser l'effet du hasard. "En général, trois types de stratégies sont intégrés dans ce genre de fonds. Il y a le price momentum, c'est-à-dire de détecter les titres qui performeront le mieux dans le futur. Ensuite, le système analyse les résultats des sociétés, c'est l'earnings momentum. Enfin, grâce à l'IA, on obtient une combinaison des deux premières stratégies qui permet de faire un tri rapide entre les valeurs", souligne Charles Bok.
Ces fonds sont certes moins réactifs à court terme mais ont démontré leur capacité à générer de la performance à long terme.
Dans ce type de modèles, certains pratiquent la stratégie value, basée sur la valorisation de la société. D'autres se focalisent plutôt sur la qualité alors que certains combinent plusieurs facteurs (multifactoriels).
Ces fonds sont soumis aux mêmes exigences que les fonds classiques en termes de transparence et de communication. Ils sont certes moins réactifs à court terme mais ont démontré leur capacité à générer de la performance à long terme. Ils s'adressent plutôt à des investisseurs avertis.