"Beaucoup d'entreprises américaines n'ont pas intérêt à sortir de l'univers d'investissement ESG"
Les fonds durables ont traversé une passe difficile ces dernières années. Que va-t-il se passer demain?
- Publié le 03-03-2025 à 09h23
- Mis à jour le 03-03-2025 à 10h59

Les placements ESG (pour environnement, social et gouvernance) sont désormais mieux encadrés par les directives européennes. La présence de labels a également amélioré leur transparence. Cependant, ces dernières années, leur rentabilité a souffert et ils ont souvent été l'objet d'un dénigrement de la part des émetteurs de fonds classiques.
Plusieurs éléments peuvent expliquer les performances décevantes de ces fonds.
Hausse des taux
On constate en effet que les fonds qui répondent à l'article 9 de la réglementation SFDR (Social Finance Disclosure Regulation) ont moins bien performé que les fonds classiques. "Dans ces fonds, on trouve beaucoup de petites et moyennes capitalisations qui sont généralement des entreprises de croissance. On y retrouve plus rarement les grosses entreprises technologiques qui ont enregistré de belles progressions en Bourse, relève Nicolas Crochet co-CEO de Funds for Good. Ces petites et moyennes entreprises sont beaucoup plus sensibles à l'évolution des taux d'intérêt. Elles ont été pénalisées par la hausse de ces taux."
En 2020, le dénigrement des fonds durables a commencé. Combiné à la hausse des taux, ce dénigrement a provoqué la chute des valorisations de ces titres."
Par ailleurs, les émetteurs de fonds avaient beaucoup misé sur la durabilité avant 2020. Il en a résulté une forte concentration d'investissements sur un nombre relativement faible de valeurs. L'univers d'investissement des fonds article 9 a été considérablement réduit et l'on retrouvait pratiquement les mêmes valeurs dans la plupart des fonds durables répondant à cet article.
"Puis, en 2020, le dénigrement des fonds durables a commencé. Combiné à la hausse des taux, ce dénigrement a provoqué la chute des valorisations de ces titres. Nous avons ainsi vu, par exemple, notre fonds investi dans les cleantechs afficher de fortes baisses des valorisations. Or, ces entreprises sont rentables et saines. Les projets ne manquent pas en matière d'infrastructures liées aux énergies propres. Il en résulte que le rendement comparé au prix (price earning ratio) est passé de 30 à 16 en 3 ans", souligne Nicolas Crochet. Le potentiel est donc toujours présent pour ce type de sociétés.
Ces fonds sont aussi absents de certains grands secteurs qui ont affiché de belles performances ces dernières années comme l'énergie fossile ou l'armement. Plus globalement, la mauvaise conjoncture en Europe a aussi pénalisé ce type de placements.
Sortie des USA de l'Accord de Paris
Et que peut-on envisager pour l'avenir? La sortie des Etats-Unis de l'Accord de Paris, la relance des forages pétroliers dans ce pays et les propos de l'ex-Premier ministre Alexander De Croo sur la nécessité d'intégrer les investissements liés à la défense dans les critères ESG ne sont-ils pas autant d'éléments qui pourraient impacter les investissements durables? "La sortie des Etats-Unis de l'Accord de Paris ne devrait pas entraîner d'autres sorties et rappelons que les états américains et les entreprises américaines peuvent encore continuer leurs efforts en matière environnementale. Beaucoup d'entreprises américaines ont besoin d'investisseurs étrangers. Elles n'ont pas intérêt à sortir de l'univers d'investissement ESG", estime Nicolas Crochet.
Quant à la reprise des forages sur le sol américain, elle dépendra essentiellement de l'évolution des prix du baril de pétrole. Un prix trop faible n'incitera pas à reprendre ces forages. "Il est donc difficile de prévoir l'évolution de ces placements en 2025. Mais on constate qu'aujourd'hui les valorisations sont intéressantes dans ce domaine. Un portefeuille diversifié et avec des actifs de qualité est capable de passer les crises", conclut Nicolas Crochet.