Comment bien investir dans un contexte de crise
Après la reprise post-covid annoncée, le conflit russo-ukrainien est venu rebattre les cartes.
- Publié le 07-05-2022 à 13h11

Libre Eco week-end |
Au début de l'année, les analystes s'attendaient à une normalisation des politiques monétaires et à une inflation élevée qui devait se calmer à la fin de l'année. Mais l'invasion russe de l'Ukraine a changé la donne. L'inflation a connu un coup d'accélération et devrait être plus pérenne que prévu. Tous ces éléments ont eu un impact sur les marchés financiers et il est sans doute opportun de refaire le point sur les placements.
"On a assisté à une importante rotation dans les portefeuilles. Les placements se sont tournés vers les secteurs auparavant moins prisés comme l'industrie traditionnelle, l'énergie, les banques ou encore l'armement. Les valeurs technologiques, en vogue l'année passée, ont alors été délaissées. Les investisseurs ont réalisé l'importance des valorisations et la faible rentabilité de ces sociétés. Désormais, les investisseurs font la différence entre les sociétés technologiques rentables classiques et les sociétés de croissance qui présentent moins de visibilité sur leur rentabilité", estime Charles-Henri Kerkhove, Investment Director multi-assets chez Fidelity International. Il y a donc clairement eu une rotation du style croissance vers le style value.
On constate aussi que certaines sociétés technologiques qui étaient considérées comme des titres de croissance ont évolué et sont devenues des titres value à l'instar de Microsoft ou Apple, par exemple. Il y a également moins d'effervescence de la part des petits investisseurs sur les marchés. Le budget disponible des ménages est érodé par l'inflation.
Plusieurs tendances
On peut aussi épingler d'autres tendances. C'est ainsi que, parmi les pays émergents, il faut faire la distinction entre les pays producteurs et les pays consommateurs de matières premières. "Le Brésil et l'Australie qui étaient délaissés sont à nouveau en vogue. Les secteurs de l'énergie et la cybersécurité sont également recherchés. En revanche, on constate un attrait moindre pour les placements responsables. Il y a une demande thématique qui se marque sur des secteurs comme le gaz, l'armement. On reparle des centrales à charbon en Allemagne et du nucléaire en France pour suppléer la consommation de produits fossiles importés", constate Charles-Henri Kerkhove.
On remarque que les États-Unis souffrent nettement moins du conflit russo-ukrainien que l'Europe. Les Américains disposent d'une plus grande indépendance énergétique et d'un plus large marché intérieur que les Européens. Ils ne sont pas confrontés à un conflit à leurs frontières.
Dans cet environnement, comment orienter ses placements ? "Nous sommes positifs sur les États-Unis mais avons une position sous-pondérée sur les marchés européens et sur le Japon. Nous sommes négatifs sur les actions en général mais positifs sur certains sous-secteurs sur les marchés boursiers. Par exemple, les actions qui procurent des dividendes ou celles des sociétés qui peuvent répercuter l'inflation dans leurs prix peuvent être envisagées favorablement. Nous avons peu d'exposition sur les valeurs technologiques sauf sur celles qui sont value", conseille ce gestionnaire. Une position en cash (liquidités) peut aussi être envisagée en attente. Les analystes de Fidelity sont également négatifs sur les obligations gouvernementales en raison de la hausse des taux d'intérêt.
Quels secteurs ?
Dans l'environnement "actions", il est préférable, selon Charles-Henri Kerkhove de Fidelity International, d'éviter la grande distribution et le textile car les marges sont faibles et les possibilités de répercuter l'inflation dans les prix sont limitées. En revanche, l'industrie du luxe peut être envisagée. Sur les marchés américains, ce sont les secteurs de l'industrie lourde, de la finance et de l'énergie qui seront surpondérés. "Les infrastructures et les énergies solaires et l'éolien peuvent venir compléter la diversification du portefeuille. De même qu'une position sur les pays émergents exportateurs de matières premières peut entrer dans les placements", ajoute le gestionnaire.