"Rouler en voiture coûte moins cher qu'en 1970", un économiste relativise la hausse des prix des carburants
L'économiste Philippe Defeyt remet en perspectives la hausse des prix des carburants.
- Publié le 12-11-2018 à 19h44
- Mis à jour le 12-11-2018 à 22h34

L'économiste Philippe Defeyt remet en perspectives la hausse des prix des carburants. Si les prix des carburants ont légèrement baissé à la pompe ces derniers jours, pas mal d'automobilistes se plaignent du coût exorbitant de l'essence et du diesel. En France, les appels à se mobiliser se multiplient sur les réseaux sociaux en vue d'enclencher un mouvement de protestation le samedi 17 novembre.
Philippe Defeyt, économiste à l'Institut pour un développement durable (IDD), a tenté d'apporter des réponses objectives sur ce sujet.
Commençons par une petite plongée dans l'histoire. En 1970, avant le choc pétrolier qui a fait flamber les prix de l'or noir, l'essence 98 et le diesel ne coûtaient respectivement que 23 et 13 centimes par litre, contre 1,55 et 1,61 euro aujourd'hui. "Le prix maximal du diesel a été multiplié par presque 13 entre début 1970 et fin 2018, tandis que le prix de l'essence 98 n'a été multiplié que par 7", constate l'économiste.
Qu'en est-il lorsque l'on compare l'évolution du coût des carburants à l'évolution de l'indice des prix à la consommation ? Selon Philippe Defeyt, les prix des carburants ont, sur le long terme, augmenté plus vite que l'inflation. C'est surtout le cas pour le diesel, dont le prix a évolué deux fois plus vite que l'indice des prix à la consommation entre 1970 et aujourd'hui. Quant à l'essence, elle n'est "que" 20 % plus cher aujourd'hui par rapport à 1970, en tenant compte de l'inflation.
En outre, le prix réel (NdlR : qui tient compte de l'inflation) de l'essence est aujourd'hui à un niveau inférieur à celui de la période 2004-2015. Quant au prix réel du diesel, il est 10 % inférieur au maximum historique observé en 2012. Si la situation n'est pas rose, elle a donc déjà été nettement plus grave par le passé…
Par ailleurs, les carburants ne sont qu'une composante du coût total d'utilisation d'un véhicule. Philippe Defeyt a donc comparé l'évolution du coût global d'utilisation d'un véhicule à l'évolution du revenu disponible.
Le coût d'utilisation de la voiture comprend l'achat du véhicule, les entretiens, les pièces détachées, et le carburant (hors assurances et réduction de consommation des véhicules). Il ressort de cette comparaison que le revenu disponible moyen a augmenté plus vite que le coût moyen d'utilisation des véhicules entre 1970 et aujourd'hui (voir graphique).
En outre, "si l'on tient compte de l'amélioration de l'efficacité énergétique des véhicules, on peut affirmer que, proportionnellement au revenu disponible, se déplacer en auto coûte moins cher aujourd'hui qu'au début des années 70".
L'économiste ne veut cependant pas nier le problème que peut représenter la hausse importante du coût des carburants pour une partie de la population précarisée. "En outre, avec la fermeture des commerces dans de nombreux villages, une frange de la population est obligée de rouler davantage qu'auparavant."

