Consommateurs dupés avant Pâques: les oeufs Milka, un nouvel exemple de "shrinkflation" ?
Certains œufs de Pâques Milka sont désormais partiellement creux et les sachets plus légers. Un cas typique de shrinkflation, une pratique dénoncée par l'association de consommateurs Testachats.

- Publié le 11-03-2026 à 13h36
- Mis à jour le 13-03-2026 à 11h27

Croquer dans un œuf en chocolat et avoir l'impression de mordre dans du vide ? C'est la surprise qu'ont eue certains consommateurs en découvrant les petits œufs en chocolat de Milka depuis le début de l'année. À l'extérieur, rien ne semble avoir changé. À l'intérieur, par contre, les œufs seraient désormais partiellement creux.
Une modification, sans avoir prévenu les consommateurs, qui ressemble fortement à de la shrinkflation, selon l'organisation de défense des consommateurs Testachats. Pour rappel, la shrinkflation (qui est la contraction de l'anglais shrink (rétrécir) et inflation) est une stratégie notamment utilisée dans l'industrie alimentaire. Concrètement, le produit devient plus petit ou contient moins de quantités, mais l'emballage reste quasiment identique et le prix varie peu. Le consommateur a donc l'impression d'acheter le même produit qu'avant, alors qu'en réalité il paie plus pour chaque gramme.
Dans le cas des œufs Milka, en y regardant de plus près, certains ont constaté qu'un espace d'environ un demi-centimètre d'air se forme désormais à l'intérieur de chaque œuf.
De 100 à 81 grammes
Et le changement n'est pas qu'une impression. Selon des vérifications réalisées en magasin sur différentes variantes (chocolat au lait, blanc ou noisette), le poids des sachets aurait diminué. Les paquets les plus petits de la gamme seraient passés de 100 grammes à 81 grammes.
Le prix, lui, a légèrement reculé, passant d'environ 2,85 euros à 2,59 euros. Une démarche logique au premier regard, sauf que cette baisse ne compense pas la diminution du contenu. En effet, le prix au kilo a augmenté d'environ 12 %, pour atteindre 31,98 euros.
À noter que ce type de pratique ne concerne pas uniquement les œufs de Milka. En Belgique, plusieurs cas ont déjà fait réagir les consommateurs. En juillet 2024 par exemple, la presse flamande, notamment Het Nieuwsblad et Het Belang van Limburg, a révélé que certaines boîtes de l'assortiment Celebrations (contenant des Snickers, Milky Way, Mars et Bounty) du géant Mars avaient perdu environ 50 grammes – passant d'environ 600 à 550 grammes – soit l'équivalent de plusieurs chocolats en moins par boîte. Le groupe avait alors invoqué la hausse des coûts de production et de la matière première, notamment le cacao dont le prix atteignait près de 12 000 dollars la tonne à ce moment.

Une justification qui pourrait difficilement s'appliquer dans le cas de Milka. À l'heure actuelle, pour une tonne de cacao, il faut dépenser 3 356 dollars, soit une baisse de quasiment 70 % par rapport au pic constaté lors de la crise du cacao, entre 2024 et 2025.
Un recul du prix notamment expliqué par un excédent de production, indique Boursorama, et de bonnes récoltes au Ghana et en Côte d'Ivoire, ces deux pays représentant plus de la moitié de la production mondiale.
Une pratique discutable, mais pas illégale
Il est quand même important d'indiquer que cette pratique n'est pas illégale en Belgique, ni dans l'ensemble des pays de l'Union européenne d'ailleurs, tant que le poids exact est indiqué sur l'emballage. Dans les faits, les fabricants peuvent donc modifier le grammage d'un produit sans devoir l'annoncer clairement aux consommateurs.
Mais pour Testachats, le problème est surtout une question de transparence. "La shrinkflation est une façon très peu élégante de faire passer des hausses de prix", explique Julie Frère, porte-parole de l'organisation. "Si le format et l'emballage restent identiques, le consommateur ne se rend pas forcément compte que la quantité diminue."
"Beaucoup de consommateurs se sont tournés vers les marques de distributeurs et leur perception a changé. Il y a moins de méfiance qu'avant vis-à-vis de ces produits."
Selon Julie Frère, ces stratégies font partie d'un ensemble de techniques marketing qui compliquent la comparaison des prix. "Il y a aussi les faux maxi-packs, qui donnent l'impression d'être plus avantageux alors que le prix à l'unité est parfois plus élevé." Face à ces pratiques, l'association rappelle le réflexe premier : regarder le prix au kilo ou au litre, affiché dans les rayons. "C'est vraiment le meilleur moyen de voir si on fait face à une hausse de prix ou non. Cela permet aussi de comparer facilement avec les alternatives en magasin."
Des alternatives moins chères
Les marques de distributeurs constituent souvent une option moins chère. Selon les analyses de Testachats, elles sont en moyenne environ 50 % moins chères, pour une qualité jugée comparable.
L'inflation alimentaire des dernières années – liée notamment à l'augmentation des coûts de l'énergie, du transport, des matières premières agricoles et du cacao – a d'ailleurs modifié les habitudes de consommation. "Beaucoup de consommateurs se sont tournés vers ces produits et leur perception a changé", note la porte-parole. "Il y a moins de méfiance qu'avant vis-à-vis des marques de distributeurs."
En attendant, repérer la shrinkflation n'est pas toujours une simple affaire, tant les changements sont souvent trop subtils pour être remarqués. "Nous n'avons pas d'outil qui permet d'identifier systématiquement ces cas", reconnaît Julie Frère. "Souvent, ce sont les consommateurs eux-mêmes qui s'en rendent compte."
C'est probablement ce qui s'est produit avec les œufs de Pâques Milka, un produit extrêmement populaire dont des centaines de millions d'unités sont fabriquées chaque année, notamment pour le marché belge.
Contacté par notre rédaction, le groupe Mondelez International, propriétaire de la marque Milka, explique que ces changements sont liés à une modification du processus de fabrication. L'entreprise indique avoir centralisé la production de ses œufs de Pâques et bonbons en chocolat sur un seul site européen, en Pologne, où "une technologie de fabrication différente" est utilisée. "Ce nouveau processus de production entraîne une modification de la structure du produit, rendant visible une cavité entre les deux moitiés de l'œuf", précise le groupe.
Concernant le cacao, Mondelez souligne que ses achats sont réalisés bien à l'avance. "En raison de notre envergure et de nos activités mondiales, nous achetons le cacao près d'un an à l'avance, bien avant que nos produits n'arrivent dans les rayons des magasins. (…) Le cacao que nous utilisons cette année pour la production de chocolat a été acheté il y a plusieurs mois, à un prix nettement plus élevé que celui actuellement observé sur le marché".