Les taux d'intérêt à long terme remontent : une bonne nouvelle pour l'épargnant ?
Les taux d'intérêt à long terme ont cette fois entamé une nette remontée. La volatilité augmente sur les actions sensibles aux variations des rendements.
- Publié le 19-01-2022 à 18h18
- Mis à jour le 19-01-2022 à 18h21

Après les rendements des obligations d'État de référence à 10 ans de la plupart des États de la zone euro, c'est au tour du rendement du "bund" allemand à 10 ans de repasser enfin en territoire positif. On le pressentait depuis quelques jours, puisque le rendement de ces obligations de référence se rapprochait lentement de 0 %. Ce mercredi, il a brièvement franchi ce seuil pour revenir en territoire positif de quelques points. Il y a un mois, le rendement de ce papier de référence tournait autour de -0,36 %.
Que procurent les obligations d'État belges sur 10 ans ? Pour l'instant, leur rendement est positif, à hauteur de 0,31 %. Un niveau qui n'avait plus été observé depuis mai 2019. C'est toujours très peu dans l'absolu. Mais la tendance est à la hausse, et elle influence celle des taux d'intérêt demandés aux entreprises qui empruntent sur le marché obligataire.

Taux en hausse et réactions des marchés
Les taux d'intérêt à long terme ont donc entamé une remontée très nette. Aux États-Unis, les rendements de référence des bons du Trésor américain se rapprochent des 2 %. C'est le résultat du ralentissement des programmes d'achats massifs d'obligations par les banques centrales qui maintenaient ainsi artificiellement les taux d'intérêt à long terme au plancher afin de soutenir la reprise économique, depuis le début de la pandémie.
Que va-t-il se passer maintenant ? Pour Alexandre Goldwasser, gérant de la société de Bourse Goldwasser Exchange, "il faut d'abord se souvenir qu'il s'agit ici des taux d'intérêt à long terme, qui vont réagir aux mouvements du marché obligataire. Avec sans doute un retour de la volatilité. Les banques centrales, celle des États-Unis en premier lieu, vont ensuite enclencher un processus de normalisation des taux d'intérêt à court terme en modifiant leurs taux de référence, mais en douceur pour ne pas brusquer les choses". Aux États-Unis, les taux à court terme devraient être relevés trois ou quatre fois cette année, pour tenter de calmer la hausse de l'inflation. Pour l'heure, la Banque centrale européenne ne voit pas de hausse des taux courts cette année.
Bonne nouvelle pour les épargnants ? Oui… et non. Pour Alexandre Goldawsser, "le mouvement de hausse des taux longs va sans doute s'amplifier, avec des implications notamment sur certains segments de valeurs en Bourse. On l'a vu, les technologiques sont très sensibles à l'évolution des taux longs, et peuvent réagir brutalement. Il y aura donc un moment où les investisseurs lâcheront du lest sur ces valeurs en privilégiant des valeurs moins sensibles".
Un processus progressif
Mais, n'est-il pas temps, puisque les taux longs remontent, d'arbitrer les actions contre des obligations ? "Pour les particuliers qui ont des positions en Bourse, c'est sans doute encore un peu tôt : les obligations sans risque - de bonne qualité - n'offrent pas encore de rendements suffisamment séduisants. On le voit, avec l'inflation qui grimpe, le glissement devrait commencer dès que l'on aura atteint des rendements de 3 % ou plus. Mais pour le moment, il n'y a que les obligations à haut rendement (high yield), assorties d'un peu plus de risque, qui offrent de telles conditions".
Le coût des emprunts va grimper
La remontée des taux à long terme est plus ennuyeuse pour certains types de crédit comme les emprunts hypothécaires dont les taux sont calculés en référence au rendement des obligations d'État belges à 10 ans. Les éventuelles révisions des taux d'emprunts hypothécaires en cours de vie (tous les 5 ans, par exemple), sont également alignées sur ces rendements. Mais, rappelons-le, un rendement de 0,31 % reste dans l'absolu, extrêmement bas.
Épargnants malmenés
On l'a vu ces jours-ci, les grandes banques belges n'apprécient pas trop que les épargnants lestent leurs comptes d'épargne de liquidités en attente d'affectation. BNP Paribas Fortis a en effet plafonné ces montants, cette semaine encore. N'y a-t-il pas dans la hausse des taux actuelle une lueur d'espoir pour ces derniers ? Malheureusement, nous rappelle Bernard Keppenne, chief Economist chez CBC Banque, "les montants déposés sur les comptes d'épargne sont globalement réinvestis dans des produits à court terme". Les grandes banques ne pourront donc pas proposer dès demain des comptes d'épargne assortis de taux plus alléchants que ceux qui prévalent, actuellement.