"Les gares présentent un formidable potentiel d'image mais cette approche est encore trop rare en Belgique"
En accueillant les voyageurs, les gares sont de véritables entrées de ville à embellir et à connecter.

- Publié le 28-01-2021 à 13h13
- Mis à jour le 29-01-2021 à 11h56

Libre Immo | Le dossier
En 2006, quand le groupe français Été 67 lui consacre une chanson à succès, le "Quartier de la gare" est loin d'être glamour. Dépeint comme "le quartier le plus immonde", et ce, "dans toutes les villes du monde", décrié comme celui "où l'on n'ose pas sortir le soir", son image laisse à désirer.
Pourtant, pour des raisons évidentes de mobilité et de durabilité, le train est appelé à gagner en importance. Et la proximité d'une gare attise les appétits des promoteurs et investisseurs. D'autant plus que celle-ci s'instituera en porte d'entrée privilégiée des voyageurs arrivant en ville.
D'où l'intérêt de changer les mentalités. Dans le chef des citoyens comme des pouvoirs publics. "Beaucoup voient encore la gare comme une nuisance", souligne un observateur du marché. "C'est d'ailleurs aussi le cas avec la gare des bus, qui est également rejetée loin des regards et de l'attention du public. Or, toutes deux présentent, à l'inverse, un formidable potentiel d'image. Ce sont elles qui accueillent les voyageurs, leur souhaitent la bienvenue en ville. Donnent le ton. Mais cette approche est encore trop rare en Belgique." Et d'exhorter les autorités à faire preuve de plus d'audace. Notamment en soutenant le geste architectural. "L'architecture emblématique a un aspect totémique", poursuit cet observateur, évoquant une "gare monument" comme celle de Liège-Guillemins. Mais aussi des édifices voisins en hauteur ou de forme originale qui marquent le paysage ferroviaire, comme à Lille ou Lyon chez nos voisins français. "Il y a bien eu le projet de Jean Nouvel pour la gare du Midi, à Bruxelles, mais il n'a pas été assumé par le public."
Le quartier Nord appelé à retrouver des habitants
Bruxelles compte cinq gares principales, dont les quartiers attenants présentent des visages et des destins bien différents. La gare centrale a l'avantage d'être souterraine et idéalement intégrée dans le tissu urbain du centre-ville. Idem pour celle fraîchement rénovée de Schuman, au cœur du quartier européen. La gare du Luxembourg, profondément transformée en 2009, se dérobe, elle aussi, à l'œil des passants en surface.
Il en va autrement pour les gares du Nord et du Midi, qui cristallisent les débats. Et ce, d'autant que leurs abords ont fait l'objet d'expropriations massives dans les années 70 pour la première, 90 pour la seconde, afin de remplacer les d'anciens quartiers résidentiels par des immeubles de bureaux plus ou moins hauts. Au Nord, place à des tours et à un quartier fonctionnaliste et inspiré du Manhattan new-yorkais ; au Sud, à son pendant, plus modeste toutefois.

The ZIN
Aujourd'hui, ces héritages de la "Bruxellisation" de la capitale se dressent en opposition aux tendances de mixité, de mobilité douce, de durabilité et de primeur donnée à l'espace public. Leur avenir pose question. Si le projet de ville autour de la gare du Midi peine encore à se mettre en place (lire ci-dessous), il y a du mouvement au sein de l'ancien Espace Nord. Notamment en ce que, depuis 2017, une association baptisée Up4North rassemble les principaux acteurs immobiliers du quartier (AG Real Estate, Allianz, Axa, Befimmo, Belfius Insurance, Immobel, Triuva), étendue depuis peu à des occupants d'immeubles tels que Proximus ou Engie. Au rang des projets ciblant le quartier, le promoteur Befimmo est occupé à détricoter les anciennes tours de bureaux WTC 1 et 2 pour son projet The ZIN en vue de les redévelopper en 110 000 m² d'espaces mixtes dont 73 000 m² de bureaux, 14 000 m² de logements et 16 000 m² assignés à de l'hôtellerie, des espaces de loisirs et des commerces. Le tout en privilégiant une démarche circulaire, à commencer par la préservation du squelette des tours existantes. Pour le reste, 95 % des matériaux de construction seront conservés, réutilisés ou recyclés. En cours, les travaux se poursuivront jusqu'à la mi-2023.
Le nouveau CCN
L'ancien Centre Communication Nord (CCN) est lui aussi appelé à changer de visage. L'administration bruxelloise qui y occupe principalement les lieux s'apprêtant à déménager dans la Silver Tower voisine, la voie est libre pour un projet immobilier. Trois promoteurs (AG Real Estate, Atenor et Axa IM) ont sauté sur l'occasion de transformer ce mastodonte Art déco construit dans les années 50, fort de trois niveaux en sous-sol et six étages en surface. L'idée est de détruire la partie visible pour proposer un autre immeuble dont les contours sont en train d'être définis. Les rênes ont été données pour ce faire à l'association pluridisciplinaire et internationale composée des bureaux Architectesassoc +, Multiple et TVK suite à un concours qui réunissait neuf candidats. Outre une mixité de bureaux, de commerces et de logements, leur projet vise à assurer une connectivité maximale entre tous les moyens de transport qui y sont concentrés (train, tram, métro). Le coup d'envoi des travaux est estimé à 2022.