L'Îlot Sacré, entre patrimoine classé et éden touristique
L'Îlot Sacré, cœur historique de la capitale, à deux pas de la Grand Place, fourmille d'activités pour les touristes. Mais la Région entend y faire revenir les Bruxellois.
- Publié le 30-09-2020 à 13h54
- Mis à jour le 01-10-2020 à 14h49

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Délimité par les rues de la montagne, de la Fourche, de l'Écuyer-Arenberg et par le Marché aux Herbes, le quartier bruxellois de l'Îlot Sacré voit se succéder les époques et les styles architecturaux, du baroque au néoclassicisme en passant par l'éclectisme.
Ensemble emblématique et morceau d'histoire de la Ville, les Galeries Royales Saint-Hubert occupent une bonne portion du territoire. Longues de plus de 200 mètres et étendues sur 50 000 m², ces galeries de luxe sont bâties en 1847. Ville dans la ville, elles sont toujours la propriété de la Société civile anonyme des Galeries royales Saint-Hubert. "Ces galeries ont littéralement été tranchées dans un ancien quartier pour que la bourgeoisie de l'époque puisse relier la Grand-Place au quartier d'affaires du Marais sans passer par les ruelles avoisinantes, jugées malfamées. Si elles sont plutôt droites, leur profondeur d'îlot varie de 7 à 25 mètres selon le parcellaire", introduit David Vandenbroucke, chargé de cours en architecture à l'UCLouvain et chef de projet chez A2RC Architects, le bureau qui a piloté leur ambitieuse restauration dès 1996.
C'est en 1960 que la zone de l'Îlot Sacré est définie comme telle pour protéger son patrimoine. "C'était une période où on démolissait beaucoup dans le centre. La dénomination est devenue un alibi touristique pour la ville", rappelle David Vandenbroucke. Transformé avec les ans en hub commercial et gastronomique, le quartier compte près de 332 unités commerciales réparties sur son petit périmètre (chiffres de septembre 2020).
Parmi ceux-ci, Hub. brussels recense 115 unités d'espaces Horeca (35 %) et 38 unités de services, (11,5 %). Le vide locatif actuel serait de 12 % (soit 40 cellules vides). Attentats de Bruxelles, confinement, crise sanitaire, le centre-ville a subi plusieurs crises. Souvent déserté par les touristes ces dernières années, l'Îlot Sacré en a particulièrement fait les frais. "C'est une zone qui a régulièrement souffert d'un manque de passage et d'activité. Elle a plutôt une mauvaise image auprès des Bruxellois qui n'y voient qu'un quartier pour les touristes", constate Yassine Assal, responsable des partenariats locaux chez Hub. brussels.

De la vie aux étages des commerces
Peu habité, ce quartier est aussi connu pour ses surfaces commerciales au rez-de-chaussée et ses espaces vacants ou limités aux stocks aux étages. "C'est une zone où il y a globalement peu d'habitants", note Pablo De Doncker, notaire établi rue du Vieux Marché aux Grains. "On y voit rarement des projets résidentiels, car il y a très peu d'espace et les chantiers sont compliqués. Ensuite, beaucoup de propriétaires négligent les étages au profit des rez-de-chaussée commerciaux, plus rentables. Enfin, la totalité de l'Îlot Sacré étant classée par l'Unesco, dès qu'on veut rénover, il faut passer par la Commission royale des Monuments et Sites, ce qui peut décourager les promoteurs."
Pour revitaliser l'Îlot Sacré, la Région bruxelloise et la Ville de Bruxelles réfléchissent depuis plusieurs mois aux meilleures manières de développer plus de mixité. "Si la Ville souhaite ramener de la vie dans ce quartier, il lui faudra peupler les étages", affirme Pablo De Doncker. En cours d'élaboration, le nouveau schéma de développement de la zone devrait être finalisé d'ici la fin de l'année. "Tout le challenge sera de densifier, tout en gardant un cadre de vie agréable. Cela nécessite de ne pas penser qu'aux mètres carrés, mais bien à l'espace", explique Dominique Delbrouck, architecte associée chez DDS+ et impliquée dans le projet résidentiel Îlot Sacré finalisé en 2017.
"C'est un travail de longue haleine", embraye Yassine Assal. "On a besoin de plus d'équilibre entre commerces, logements et espaces Horeca. Plusieurs signaux vont dans le bon sens. Cohabs, spécialiste du coliving, vient de déposer une demande de permis d'urbanisme pour créer une soixantaine de chambres dans la galerie commerçante du Passage du Nord. Un projet de coworking y est également en cours et la marque Pistolet a ouvert un peu plus haut. La diversification est à l'œuvre." Et Dominique Delbrouck d'ajouter : "s'il y a peu de projets neufs, on voit beaucoup de rénovations. Le centre-ville bouge. De plus en plus de gens veulent y habiter".
Le futur plan pourrait également prendre une couleur artistique. "La Ville envisage de réaliser des fresques à différents endroits pour créer un parcours artistique, ce qui ajouterait une autre dimension au quartier", se réjouit encore Yassine Assal. "Ce territoire doit redevenir un lieu de destination pour les Bruxellois."

Un quartier flambant neuf au cœur de l'Îlot Sacré
Trésor caché situé entre la rue des Bouchers et la rue Marché aux Herbes, le projet de l'Îlot Sacré conçu par le bureau d'architectes bruxellois DDS+ pour le promoteur Galika a revitalisé une des rares friches abandonnées du quartier. "Tout l'enjeu du projet était de récréer un lien entre le passé du quartier et son identité future", introduit Dominique Delbrouck, cofondatrice du bureau. L'architecture contemporaine, les tons clairs et les matériaux choisis s'intègrent harmonieusement dans l'environnement patrimonial fort. "Composé de plusieurs bâtiments plutôt que d'un bloc monolithique, le projet garde une échelle humaine. Pignons et toitures lui apportent un cachet historique. C'est toute une histoire qu'on raconte." Au total, 79 logements neufs de différentes tailles, des voies de circulation et une placette semi-publique créée sur base de segments d'anciennes impasses découvertes lors de fouilles sont sortis de terre sur 6 000 m² après un chantier particulièrement technique et complètement mené en intérieur d'îlot. "Ce projet est un vrai joyau. Il participe au renouveau du centre-ville de la capitale", souligne l'architecte.

Rendre leur lustre d'antan aux Galeries Royales Saint-Hubert
Pour célébrer les 150 ans des fameuses galeries commerçantes en 1997, la société anonyme propriétaire souhaitait leur donner un nouvel élan. Elle fait appel au bureau bruxellois A2RC Architects pour notamment restaurer façades, verrière, théâtre du Vaudeville et Cinéma Arenberg. "On a d'abord commencé par rénover ce qu'on voyait pour marquer le coup, avant de s'occuper des appartements et des parties moins visibles", rappelle Stéphane Defraeye, architecte. Tout un travail de recherche historique a été mené en amont pour dresser la carte d'identité historique et physique du bâtiment. Les couleurs bleues des années 1960 ont, par exemple, été remplacées par des teintes orangées et rosées fidèles à l'esprit de l'époque. "Il a fallu respecter les proportions d'origine et travailler au millimètre près, tout en adaptant les techniques. Dans le cas du vitrage, par exemple, nous avons remplacé le plexiglas par un système de fixations pincées, mieux à même de supporter les micro-changements de la verrière", détaille David Vandenbroucke, chef de projet. Et Stéphane Defraeye d'ajouter : "ces galeries sont un véritable village dans le centre".

Kokotte, une pépinière pour les jeunes chefs
Incubateur installé au n° 30 de la rue des Bouchers, Kokotte prête ses cuisines équipées et sa salle de 30 couverts à des restaurateurs qui ont six mois pour tester leur concept en plein centre-ville. "C'est une manière de montrer qu'on peut aussi goûter des choses innovantes et créer des tendances dans le centre", explique Yassine Assal, responsable des partenariats locaux chez Hub.brussels. Pensé par l'organisme régional, le pop-up a déjà accueilli ces derniers mois Chocolero, un concept autour du chocolat, et Afroburgers, des burgers gourmets aux saveurs africaines.