L'avenue Louise, promenade urbaine entre la ville et le bois : "C'est une grande réussite et une des richesses de Bruxelles"
- Publié le 03-06-2020 à 14h36
- Mis à jour le 02-07-2020 à 11h15

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L'artère bruxelloise reliant le Palais de Justice au Bois de la Cambre a changé de visage depuis sa création au 19e siècle. En gardant sa fonction d'origine : relier la ville et la nature.
"Les derniers travaux de rénovation de l'avenue Louise ont cherché, me semble-t-il, à retrouver un peu de la promenade urbaine qu'était l'avenue à ses débuts ; avec cette volonté de rétablir une forme de mixité et d'équilibre entre logements, commerces, bureaux, lieux culturels et espaces verts, mais aussi, du point de vue de la circulation, entre les différents modes de déplacement", souligne Caroline Mierop, architecte urbaniste et auteure d'un ouvrage consacré à l'avenue Louise (édité par la Région bruxelloise, collection "Bruxelles, Ville d'Art et d'Histoire").
Pour certains, cette grande artère de 2,4 km de long est synonyme de shopping, nombre de commerces se concentrant près de ce qu'on appelle le goulet, non loin du Palais de Justice. D'autres pensent directement aux immeubles à bureaux qui la peuplent. Pour d'autres encore, elle résonne comme la porte d'entrée du Bois de la Cambre, lieu de refuge, de pique-nique et de jogging pour les Bruxellois.
Si l'avenue Louise multiplie aujourd'hui les identités, c'est parce qu'elle compte plus de 150 ans d'histoire, jalonnés de transformations et de petites ou grandes révolutions. La traverser de bout à bout, c'est découvrir ses commerces et ses galeries, admirer les immeubles et hôtels de maître classés, ressentir les différentes atmosphères des quartiers qui se sont construits de part et d'autre de l'artère, pour enfin arriver à la fin de l'avenue qui offre une parfaite transition entre ville et nature.

Promenade urbaine
"Le projet de l'avenue Louise organisait une sorte de progression paysagère, de la ville vers la forêt. Elle est encore très lisible aujourd'hui : le goulet densément construit, l'avenue arborée, son dernier tronçon conçu comme un jardin, puis le Bois de la Cambre, puis la forêt de Soignes. C'est une grande réussite et une des richesses de Bruxelles", confirme Caroline Mierop, incollable sur l'histoire de la célèbre avenue.
Le premier projet d'une artère reliant le Palais de Justice à ce qui est encore bien plus un bois qu'un parc public, remonte à 1844. Mais les problèmes pratiques ne tardent pas à se faire sentir. Pour créer une avenue relativement plate, il faut procéder à de nombreux travaux de déblais. On constate d'ailleurs encore les grands dénivelés entre l'avenue Louise, la Place Flagey et les Étangs d'Ixelles notamment. La Ville de Bruxelles, soutenue par Léopold II qui n'est alors pas encore roi, rachète plusieurs parcelles et prend en main la construction de cette nouvelle artère.

Les années 1860 marquent le début de l'histoire de l'avenue Louise, grande promenade urbaine à l'image de ce qui se fait à Paris ou dans d'autres grandes villes européennes. La mode est à l'embellissement et aux grandes avenues. Imaginez quatre rangées de marronniers, des calèches qui circulent au milieu de l'avenue, des piétons et des cavaliers de part et d'autre, ainsi que des grands trottoirs en pavés pour livrer les hôtels de maître. Ajoutez-y quelques sculptures et de beaux jardins entre l'actuel rond-point Louise et le Bois de la Cambre. Vous voilà sur l'avenue Louise du 19e siècle.
Les quartiers aux alentours ne sont encore que des faubourgs, qui se construisent jusqu'au début du 20e siècle. "Tous les quartiers de part et d'autre de l'avenue se sont construits en une quarantaine d'années. Vous y retrouviez tout ce que l'architecture bruxelloise compte de néo ; néoclassique, néobaroque, néorenaissance flamande", détaille Caroline Mierop. "Sans oublier l'Art Nouveau, avec notamment la première maison de Victor Horta (rue Janson) et les deux hôtels Solvay et Max Hallet sur l'avenue elle-même. Le bâti de l'époque n'était pas ininterrompu, il y avait des cours et des jardins qui s'ouvraient sur l'avenue." À l'aube des années 2000, on comptabilisait encore près de 150 maisons d'origine.

Expositions universelles
L'exposition universelle de 1910 organisée à Bruxelles provoque les premiers changements de l'avenue Louise. L'avenue Emile de Mot est tracée pour dévier la circulation vers le Solbosch, lieu de l'exposition universelle. Sa création se fait au détriment des jardins de l'Abbaye de la Cambre, dont une partie est amputée. Mais cette nouvelle avenue n'a pas que des désavantages. Elle protège le dernier tronçon de l'avenue Louise qui conserve sa fonction d'entrée vers le Bois de la Cambre en préservant les jardins centraux des débuts.
Les années 1930 annoncent une nouvelle mode ; celle des immeubles à appartements qui font leur apparition à Bruxelles. "Cela a provoqué des grands changements stylistiques. La construction de grands immeubles de 11 étages, très réussis d'ailleurs, a modifié le ciel de l'avenue Louise. Et des maisons avec jardins se sont retrouvées encastrées entre les grands murs d'immeubles à appartements", retrace l'auteure de l'ouvrage qui lui est consacré.

C'est véritablement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que l'artère bruxelloise va connaître ses plus grosses transformations. Ce qui est encore une avenue verte, bordée d'arbres et habitée par la bourgeoisie se transforme en une voie de circulation à grande vitesse. Les années 1950 sont celles de la croissance, de la modernité. La Belgique et Bruxelles veulent rayonner à travers le monde. L'exposition universelle de 1958, la première après la Seconde Guerre Mondiale, sonne comme une révolution. "La ville a été totalement transformée. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque. Les villes deviennent des villes de services, avec des aéroports, des commerces, des bureaux. On n'y parle plus d'avenue mais d'axe de circulation. L'automobile y est reine. C'est un véritable changement de paradigme pour l'avenue Louise", acquiesce Caroline Mierop. L'État et la Ville de Bruxelles transforment les infrastructures, creusent les tunnels, coupent des rangées d'arbres. Les routes sont élargies. Les nouveaux immeubles de bureaux remplacent les maisons. Les travailleurs prennent la place des habitants. Les premières tours sortent de terre à la fin des années 1960, début 1970. La transformation n'est pourtant pas totale et des immeubles de logements sont encore construits dans les années 1950 près du Jardin du Roi.

Les années 1990 sont celles de la stabilisation. Pas de grands changements mais de plus en plus de bâtiments classés, protégés. Et depuis une vingtaine d'années, un retour progressif à la mixité. Avec de belles perspectives d'avenir. "On a replanté des arbres, le tram (le premier de Bruxelles NdlR) est toujours là, la vitesse des voitures est limitée, les carrefours sont requalifiés, les cyclistes sont de plus en plus nombreux… Il y a vraiment un beau potentiel d'embellissement et de mixité, et nous sommes proches de refaire de l'avenue Louise une vraie promenade urbaine", conclut Caroline Mierop.
Les Galeries Louise, ville dans la ville
Construites dans les années 1950, les Galeries Louise sont une sorte de ville dans la ville, avec des logements, commerces, des bureaux et trois salles de spectacles, le tout sur 11 niveaux. "Les Galeries ont quelque chose de très moderne pour l'époque. Des complexes mixtes comme cela sont alors très rares. Le luxe des décors et des matériaux utilisés est à la hauteur de l'ambition du projet original. Les Galeries sont indissociables de l'histoire de l'avenue Louise", insiste l'architecte et auteur d'un ouvrage dédié à Caroline Mierop. La rénovation des Galeries Louise a été confiée au bureau d'architectes bruxellois Ma2 et les travaux prévus pour leur rendre leur lustre d'antan devraient s'achever en 2020.
