"Nous avons des atouts face aux Chinois. N'oubliez pas que les Sud-Coréens 'allaient nous manger tout cru'"
Peugeot, Citroën et Opel, les trois principales marques du groupe Stellantis, se disent bien armées face à la concurrence.

- Publié le 21-01-2026 à 11h17

La présence de nombreux constructeurs chinois lors du dernier Salon de l'Auto était une nouvelle piqûre de rappel pour les marques européennes face à leur offensive sur le Vieux Continent. Une menace?
L'industrie européenne en a toutefois vu d'autres. En son temps, Jacques Calvé, patron du groupe PSA (Peugeot Citroën), avait agité la menace de l'importation massive de voitures japonaises. C'était il y a plus de 30 ans…
"Nous sommes aussi bien armés face aux constructeurs chinois que nous l'étions face aux constructeurs japonais", sourit Alain Favey, qui a repris les rênes de la marque Peugeot voilà bientôt un an. "Vous vous rappelez aussi que les Sud-Coréens 'allaient nous manger tout cru'. Il y a de la concurrence, c'est très bien. Les clients ont le choix, c'est parfait".

Les constructeurs européens sont toujours là et bien là, même si tout n'est pas rose pour le secteur. "L'Europe est aujourd'hui la seule région où nous n'avons pas récupéré les volumes de ventes pré-Covid. C'est trois millions de voitures en moins. Si on regarde de plus près les chiffres, 60 % de ces ventes perdues étaient des voitures de moins de 15 000 euros. Or, aujourd'hui, il n'y a quasiment plus de voitures en dessous de 15 000 euros", souligne Xavier Chardon, Directeur général de Citroën depuis mai dernier.
Le groupe Stellantis (Peugeot, Citroën, Opel, Fiat,…) a été à la pointe du combat envers la Commission européenne, pour qu'elle assouplisse son objectif de 2035 et les réglementations imposées par l'Europe. Parfois jusqu'à l'absurde. "Il y a plus d'équipements de sécurité mais en même temps nous installons un bouton pour désactiver les assistances dont le client ne veut pas. Ce bouton a un coût".
Trop de réglementation?
D'où l'idée d'avoir des normes réglementaires différentes, notamment pour les voitures – électriques – d'une longueur maximum de 4,2 mètres. "Le problème, c'est que la réglementation s'applique de la même manière pour tous les véhicules, que la voiture coûte 15 000 ou 80 000 euros. Avons-nous vraiment besoin de surréglementer tout le temps" ?

"La Commission a fait un premier pas lors de son annonce de la mi-décembre. Il ne doit pas être le dernier", remarque Florian Huettl, Directeur général d'Opel depuis mai 2022. "Il y a encore des sujets à clarifier, comme les catégories de véhicules moins réglementés".
Les constructeurs doivent également réduire les émissions de CO2 à l'horizon de 2030. "C'est une date qui m'inquiète", reconnaît-il. "Avec cette prochaine étape de la régulation, nous devrions vendre 60 % de véhicules électriques pour respecter la norme. Nos scénarios les plus optimistes nous amènent plutôt vers les 50", commente Florian Huettl.
Ambition trop élevée
Opel a d'ailleurs remisé son ambition d'avoir une offre 100 % électrique à partir de 2028. "L'ambition était trop élevée. Nous l'avons abandonnée car elle n'était plus réaliste. Nous proposerons aussi au-delà de 2028 des moteurs hybrides tout en continuant à investir dans la prochaine génération de véhicules électriques qui doivent être au meilleur niveau de compétitivité, de prix et de performance".
Opel travaille sur un modèle Corsa électrique à moins de 25 000 euros, contre 28 000 aujourd'hui. "Nous sommes en plein développement d'un véhicule dans ce segment. Il ne faut pas l'attendre en 2026 et pas tout de suite en 2027". D'ici là, la seule marque allemande du groupe Stellantis peut compter sur le succès, notamment, de la nouvelle Frontera. "Ce modèle nous a ouvert un segment que l'on ne couvrait pas auparavant avec un véhicule très polyvalent avec un très bon rapport qualité/prix".
Citroën compte pour sa part proposer des véhicules à moins de 15 000 euros. "Il nous faudra encore quelques années, car nous devons trouver les bonnes équations, les bonnes synergies", reprend Xavier Chardon.

Du charisme et du passé
"Nous avons des atouts très importants qui ne sont pas ceux des Chinois ou des Japonais", assure en tout cas le directeur général de Peugeot. "Quand nous parlons de charisme ou de panache à la française et de sensations de conduite, ce sont nos valeurs qui nous permettent de nous positionner par rapport aux concurrents. Vous achetez quand même une voiture qui a un design très spécifique, qui vous permet de vous distinguer par rapport à tout ce que vos voisins peuvent avoir comme véhicule un peu plus banal".
"Le confort est dans notre ADN", résume le patron de Citroën, tout en pointant le fait que la marque peut se détacher d'un design conventionnel, comme le rappelait justement le concept-car Elo présent sur le stand de la marque, qui remodèle totalement l'espace intérieur. "Nous pouvons prendre des risques. Je crois que c'est aussi une recette pour concurrencer les constructeurs chinois. Si vous regardez à l'intérieur, toutes les voitures sont identiques. Si nous voulons survivre, nous devons construire sur notre puissance. Notre première puissance, c'est l'histoire. Les Chinois n'ont pas d'histoire."