À quand le retour d'une voiture neuve à 10 000 euros ? "Le problème, ce sont les réglementations européennes qui impactent ce segment de voitures"
Le patron du groupe Renault plaide pour que l'Europe s'inspire du modèle japonais.

- Publié le 25-03-2024 à 08h14
- Mis à jour le 25-03-2024 à 10h34

Luca de Meo l'avait subrepticement abordé en novembre dernier, lors de la présentation des doléances de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) aux futurs décideurs européens issus des élections du 9 juin prochain. Il avait alors évoqué l'intérêt de s'inspirer sur le Vieux Continent du modèle japonais et de ses Kei – diminutif de keijidosha, signifiant littéralement "véhicules légers", pour faire baisser le prix des voitures électriques.
En réponse à une question posée lors d'une interview accordée voilà quelques jours au Monde, le même Luca de Meo, cette fois en tant que directeur général du groupe Renault (Renault, Dacia, Alpine) est revenu sur l'intérêt de proposer des voitures électriques à très petit budget.
"En ville, on limite la vitesse à 30 kilomètres/heure. Si on revoit les normes de sécurité pour les adapter à cette vitesse, nous pourrons faire des voitures plus légères. Plus légères et moins rapides, elles auront deux fois moins de batteries et seront deux fois moins chères. On reverra des voitures à 10 000 euros", a souligné de Luca de Meo.
Les constructeurs, en fait, boudent depuis quelque temps les voitures citadines, notamment dans le segment électrique car le prix de la batterie augmenterait exagérément la facture finale pour le client.
Ce n'est toutefois pas la seule raison. "Le problème c'est que les réglementations européennes (sécurité, émissions…) ont impacté négativement la profitabilité du segment des petites voitures", a-t-il encore exposé dans une Lettre Ouverte.
Et d'être très concret. "Leurs ventes ont baissé de 40 % en vingt ans. La solution c'est de s'inspirer du concept des "Kei cars", les citadines japonaises. De sa naissance à la casse, une petite voiture a un impact environnemental inférieur de 75 %. Elle peut être vendue 50 % moins cher qu'un modèle de milieu de gamme. Avec un arsenal de mesures très peu coûteuses, on peut inverser rapidement la tendance : leasings sociaux, places de parking gratuites, prix préférentiels de recharge, taux d'intérêt plus bas pour les crédits, incitations pour les jeunes acheteurs,…".
40% des ventes de voitures neuves
Les Kei cars représentent en tout cas 40 % des ventes de voitures neuves sur le marché japonais (jusqu'à 50 % dans les villes). Comment expliquer ce succès ? Il y a bien entendu le prix – vers les 12 000 euros – soutenu par des avantages fiscaux notamment, la taille réduite du modèle (3,4 mètres de long et 1,48 de large maximum) dans des villes congestionnées et un incitant non négligeable : si vous achetez une Toyota, Nissan ou Honda classiques, vous devez obligatoirement disposer d'une place de parking. Cette obligation tombe si vous avez une Kei.
Elles sont très prisées par les femmes et les seniors. Alors oui, elles sont populaires au Japon et permettraient à des modèles européanisés de s'inscrire dans un créneau occupé actuellement par les quadricycles – les voitures dites sans permis comme la Citroën Ami ou les modèles Aixam ou avec permis comme la Microlino ou la Silence – en proposant par exemple un habitacle bien plus généreux (5 places et non deux).
La hauteur (2 m maximum) autorise même des enfants de pouvoir se tenir debout à l'arrière pour se changer après l'école ou avant une activité sportive. Leur poids (900 kg), enfin, réduit drastiquement leur empreinte écologique, bien loin des deux tonnes, voire plus de certains mastodontes.
Voiture de l'année
Le succès des ventes a logiquement convaincu de nombreux constructeurs de s'intéresser à ce segment. Suzuki, Subaru, Toyota et sa filiale Daihatsu, Honda mais aussi Nissan et Mitsubishi en proposent. L'autonomie des Kei électriques est de l'ordre de 200 kilomètres, à comparer avec les 230 kilomètres maximum de la Dacia Spring, des 70 kilomètres de la Citroën Ami ou les 90 à 230 kilomètres de la Microlino, selon la puissance de la batterie.
Ces Kei n'ont pas que des avantages. "Leurs micromoteurs bruyants et très creux limitent leur confort de conduite", rappelait le magazine l'Argus à la faveur de l'essai de la Nissan Sakura "Un défaut complètement gommé avec ce modèle, qui bénéficie du couple et du silence offerts par son moteur électrique".
Elle a en tout cas mis tout le monde d'accord au Japon puisque la Nissan Sakura a été élue voiture de l'année pour un prix de l'ordre de 16 000 euros cette fois.
Une Zoé… Kei car ?
Sa vitesse maximum est de 130 km/h, de quoi pouvoir prendre l'autoroute alors que c'est interdit avec l'Ami (45 km/h, comme toutes les voitures sans permis) et peut-être hasardeux avec la Xev Yoyo (80 km/h), la Microlino (90 km/h) ou encore la Silence S01 (95km/h).
De nombreux arguments plaident donc en faveur de la Kei. Reste bien entendu que l'Europe n'est pas le Japon, notamment en termes de normes et de réglementation. L'intérêt est en tout cas bien présent.
Le magazine Auto-Moto a même suggéré que la première Kei proposée en Europe serait une… Renault Zoé, mise au rancart avec l'arrivée de la Renault 5 électrique. De quoi donner une seconde vie à un modèle électrique iconique ayant vu le jour en 2012 que le constructeur français entend bien relancer après une "pause".
