Le patron belge d'Uber : "Nous voudrions diminuer nos prix, mais le gouvernement bruxellois nous empêche de le faire"
La plateforme de mobilité partagée a augmenté de 20 % ses tarifs en un an à Bruxelles. "Nous n'avons pas le choix : la Région nous impose un prix minimum, regrette Laurent Slits, le patron d'Uber Belgique. C'est dommage, car le taxi redevient un transport réservé aux riches."

- Publié le 20-10-2023 à 18h00
- Mis à jour le 20-10-2023 à 20h36

Il y a un an, le "plan taxi" entrait en vigueur à Bruxelles, mettant fin à une guerre de plusieurs années entre les taxis "traditionnels" et les chauffeurs actifs sur des plateformes numériques telles que celle d'Uber. Cette réforme a profondément chamboulé le secteur en l'unifiant sous un statut commun, tout en légalisant des opérateurs comme Uber. Deux services distincts ont fait leur apparition : les "taxis de station" (les taxis classiques), et les "taxis de rue", qui doivent être réservés préalablement. Patron d'Uber en Belgique, Laurent Slits tire le bilan de cette première année post-réforme. "Globalement, cette année a été positive pour la mobilité partagée à Bruxelles, explique-t-il. Cette réforme donne, enfin, la sécurité juridique et la clarté nécessaires pour les chauffeurs qui utilisaient notre application depuis des années. Ils sont apaisés après des années difficiles et pleines d'incertitude et peuvent se projeter dans l'avenir de manière plus sereine, en investissant dans leur véhicule notamment."
Avec cette réforme, les taxis "traditionnels" peuvent désormais également utiliser des plateformes comme Uber. "Cela paraissait impensable il y a encore quelques années, mais on a des centaines de chauffeurs de taxis traditionnels qui utilisent notre application de manière régulière. Et ces chiffres continuent de croître, mois après mois. Cela permet de donner un meilleur service aux clients." Autre point positif noté par le patron belge, cette nouvelle sécurité juridique a permis à Uber de "réinvestir" dans la mobilité à Bruxelles. "Cette année, on a, par exemple, lancé Uber Reserve qui permet aux passagers de réserver un trajet plus longtemps à l'avance."
"Notre crainte est que certaines personnes ne pourront plus obtenir de courses"
Mais tout n'est pas parfait dans l'ordonnance bruxelloise, selon M. Slits. "Le gros challenge actuel est qu'on a davantage de demandes que de voitures disponibles à Bruxelles. C'est la conséquence directe du nouveau numerus clausus – avec un maximum de 1 825 chauffeurs de taxi de rue et 1 425 chauffeurs de taxi de stations – qui a été introduit par la Région bruxelloise. Cela a des conséquences négatives tant pour les passagers que pour les chauffeurs." Le patron redoute ainsi que la situation ne devienne de plus en plus tendue. "On le voit dans d'autres villes où nous sommes présents : cette demande va continuer à augmenter sans cesse. Notre crainte est que certaines personnes ne pourront plus obtenir de courses ou que les temps d'attente s'allongent. Nous pensons en particulier à des groupes vulnérables pendant les soirées, aux femmes ou hommes d'affaires qui doivent aller à l'aéroport, aux cas d'urgence. Si ce numerus clausus ne bouge pas, l'expérience pour l'utilisateur va se dégrader. On constate déjà qu'à certains endroits, en particulier loin du centre de Bruxelles, et à certains moments, c'est très compliqué d'obtenir une voiture."
"Uber a fait des erreurs : on a eu une attitude un peu cavalière et brutale"
Uber a toujours été contre ce numerus clausus, le qualifiant de "mauvaise idée". "C'est aussi illégal, comme l'a reconfirmé, en juin dernier, la Cour de justice européenne." Du côté des chauffeurs, la situation pourrait aussi être problématique, selon M. Slits. D'après lui, le quota serait déjà quasiment atteint. "Certains de nos chauffeurs n'arrivent déjà pas à obtenir leur nouvelle licence et vont rester sur le carreau. Cela va rapidement devenir insoutenable pour eux." Notons que le gouvernement bruxellois a prévu de revoir ce numerus clausus en 2025. "Il faut le faire bien plus tôt, plaide M. Slits. Selon nous, le chiffre de 6 000 véhicules, comme le recommandait une étude de Deloitte, nous paraît plus adéquat."
Autre grief de la plateforme : la nouvelle politique tarifaire imposée par le gouvernement. Les tarifs à Bruxelles sont désormais réglementés, avec un prix minimum et maximum imposés. "Ces tarifs sont très élevés et prohibitifs pour une partie de la population qui reporte son choix sur d'autres mobilités dont, on le craint, la voiture personnelle. Nous avons dû augmenter nos prix de 20 % pour être en ordre avec cette nouvelle réglementation. Le taxi redevient un transport réservé aux riches et on le regrette."
Lors des consultations préalables à la réforme, Uber avait plaidé pour des tarifs libres, comme cela se fait en Flandre ou dans d'autres pays. "Mais ce levier nous a été enlevé. Nous sommes victimes d'un tarif qui est mal ajusté, trop élevé. Nous voudrions diminuer nos prix, mais le gouvernement bruxellois nous empêche de le faire. On essaie toujours de trouver la juste équation pour maximaliser les revenus de nos chauffeurs, tout en ayant des prix attractifs pour nos clients." Le géant américain a lancé une grande campagne de publicité dans la capitale, basée sur son image qui n'est pas toujours perçue positivement. "Uber a fait des erreurs à ses débuts. On a eu une attitude un peu cavalière et brutale lors du lancement de notre service dans certaines villes. Mais depuis plusieurs années, nous nous employons à changer cette perception par des actes concrets", conclut Laurent Slits.
