"On était essentiels durant la crise sanitaire, on est largués aujourd'hui", clament les magasins alimentaires indépendants
Plafonner le MWh à 100 euros, au risque de voir ces indépendants disparaître.

- Publié le 11-10-2022 à 18h39
- Mis à jour le 11-10-2022 à 19h33

Leur force – et ils le répètent à l'envi – est de s'être regroupés pour faire entendre leur voix. "Une première", dira le président d'Aplsia, la fédération francophone des magasins alimentaires indépendants, qui préside par ailleurs la conférence de presse de ce mardi. À ses côtés, ses homologues des fédérations des bouchers, boulangers et de l'Horeca opinent du chef.
Ils ont pour points communs d'être indépendants et non délocalisables, mais également de dépendre d'une chaîne du froid (comptoirs, frigos, congélateurs, chambres froides…) et du chaud (fours, cuisinières, hottes, chauffe-eau…), d'avoir besoin de chauffer ou de refroidir leurs points de vente et d'être le dernier maillon de la chaîne alimentaire.
"La situation est préoccupante pour ne pas dire désastreuse, poursuit Pascal Niclot. On s'attend à des milliers de faillites. Potentiellement, cela concerne 300 000 emplois." Car au boom des coûts énergétiques s'ajoutent l'indexation des salaires et la hausse du coût des matières premières.
"On sensibilise nos différents gouvernements depuis dix mois. Des initiatives sont prises, mais rien de concret ni de suffisant", ajoute Philippe Bouillon, co-président de la Fédération nationale des bouchers, pointant entre autres les reports de dettes ou les suppressions provisoires des cotisations sociales. Si, comme durant la crise du Covid, la Région flamande s'avère plus généreuse que ses homologues wallonne et bruxelloise, cela ne suffira pas. "La seule solution pour rester ouvert, tout en assurant les salaires, le paiement des fournisseurs et le pouvoir d'achat des citoyens, est de plafonner le prix du MWh à 100 euros, demandent-ils en chœur. Nous n'avons pas besoin d'aides pour fermer mais pour rester ouverts."
Fin des contrats fixes
Dans la salle, le cri d'alarme de cette nouvelle "union sacrée" est repris par quelques indépendants venus expliquer leur désarroi. "Ce qui est prévu ne nous sauvera pas, indique une franchisée Carrefour. Mes coûts énergétiques sont passés de 6 000 à 29 000 euros par mois ! Plus cher que mon loyer. La seule manière de payer ces charges, c'est de puiser dans notre trésorerie. Au moment du Covid, on était des commerces essentiels, indispensables. Aujourd'hui, on est largués. Et il ne faut pas croire qu'on s'est enrichis pendant la crise : les masques, le gel hydroalcoolique, les panneaux en plexiglas pour protéger les caissières…, tout cela a eu un coût."

Si ces indépendants manifestent publiquement leur inquiétude, c'est qu'en janvier 2023, un très très grand nombre d'entre eux verront leur contrat énergétique fixe redevenir variable. "C'est tous les jours que ce type de contrats, d'une durée variant entre deux et cinq ans, arrive à échéance, confirme Benoît Kennes, administrateur d'Aplsia, qui remonte les premiers chocs à janvier 2022, avec un prix passant à l'époque du simple au double. "Mais c'est en janvier prochain qu'une majorité d'indépendants y seront soumis, avec des prix décuplés. Ce qui suscite une véritable panique générale. Avant la crise énergétique, pour un caddy d'une valeur de 100 euros, le bénéfice net était de deux euros. Sachant que l'électricité va représenter un coût supplémentaire entre deux et huit euros et l'indexation une charge additionnelle d'un euro, cela signifie que 90 % des magasins d'alimentation indépendants seront en déficit, même ceux sous enseigne."
Sans répercussion sur les prix
Et c'est pareil pour les bouchers, boulangers, restaurateurs, cafetiers et hôteliers. "On ne peut pas faire d'économies, note Philippe Bouillon, ni déroger aux exigences de l'Afsca. Si on devait tenir compte des augmentations, on devrait vendre nos steaks, saucisses et jambons 60 à 80 % plus chers. La viande est un droit acquis depuis la deuxième guerre mondiale, mais ce droit est aujourd'hui remis en question." Avec le risque de voir disparaître 75 % des boucheries du pays.
"Actuellement, l'électricité représente 18 % du chiffre d'affaires contre 6 % il y a un an", renchérit Albert Denoncin (Fédération des boulangers). "C'est la crise de trop, ajoute Luc Marchal (Fédération Horeca Wallonie). Déjà les consommateurs dépensent moins qu'avant ou viennent moins régulièrement."
Et aucun n'imagine pouvoir répercuter ces hausses sur les consommateurs. Au risque de les voir se rabattre sur des discounters ou aller faire leurs achats en France ou au Grand-Duché.