"La RTBF considère RTL Belgium comme une ennemie"
Pour Philippe Delusinne, administrateur délégué de RTL Belgium, la coopération entre les acteurs francophones du monde des médias serait dans l'intérêt de tous. Celui de RTL, mais aussi de la RTBF.

- Publié le 03-09-2021 à 07h00
- Mis à jour le 03-09-2021 à 09h27

Les patrons de Rossel et DPG Media ont indiqué que "la" priorité allait être d'accélérer la transformation numérique de RTL Belgium. Ce qui laisse penser que vous avez pris du retard par rapport à vos concurrents…
L'idée que l'on aurait raté le virage numérique m'irrite depuis un bon moment ! La rtbf, et c'est son mérite, a lancé la plateforme Auvio trois ans avant le lancement de RTL Play. Pourquoi ? Parce qu'elle avait les moyens financiers de se payer le développement d'une plateforme adaptée au marché francophone belge. De notre côté, nous avons pris la plateforme de M6, qui nous a coûté le dixième du prix d'Auvio, et ça nous a permis de hisser rapidement RTL Play au niveau d'Auvio (hors contenus sportifs). Voilà la vérité.
Ce que vous dites, c'est qu'avec les moyens mis à votre disposition par vos actionnaires historiques (qui étaient, jusqu'à fin 2020, RTL group pour 66 % et Audiopresse pour 34 %, ndlr) et compte tenu de leurs exigences en matière de rentabilité, vous ne pouviez pas en faire davantage ?
Exactement. Maintenant, il s'agit d'accélérer cette transformation numérique et nos nouveaux actionnaires ont indiqué qu'ils libéreraient des moyens pour le faire. Ils ont aussi déclaré qu'il faudrait davantage de productions locales. Nous, on ne demande pas mieux ! Mais je connais aussi la différence de coût entre la production d'une série belge et l'achat d'une série américaine ou d'une fiction produite par TF1. La différence, elle est majeure.
Comment allez-vous faire pour renforcer la production locale ?
A l'heure actuelle, je ne connais pas encore les exigences de rentabilité, à court et à long terme, de nos nouveaux actionnaires. Tout ça doit être discuté. Mais si, demain, ils sont prêts à dépenser davantage et que les synergies permettent de faire rentrer plus d'argent dans l'entreprise, alors tant mieux.
Le changement d'actionnaires est-il de nature à favoriser la mise sur pied d'un "salto à la belge" (salto est le nom de la plateforme numérique rassemblant TF1, M6 et France télévisions) ?
On reste candidat à faire un salto à la belge.
Vous n'avez pas toujours été un fervent partisan de ce projet…
Ce n'est pas exact. L'année passée encore, nous avons invité la RTBF à la présentation d'un projet de salto belge. C'était en juillet, donc bien avant que le projet soit lancé en France. On a proposé à la RTBF de nous rejoindre dans un tel projet. On nous a alors regardés avec un certain dédain en nous expliquant qu'ils n'étaient pas vraiment intéressés. Voilà. A terme, je pense que, dans un marché de 4,5 millions d'habitants aussi perméable au marché audiovisuel français que le nôtre, il serait assez fou de ne pas avoir une réflexion stratégique du type salto pour contrer les "gafan". A certains moments, il devient nécessaire de nouer des accords ponctuels avec des opérateurs, tout en restant des concurrents. Ma conviction est que tous les acteurs actifs sur le marché belge (médias, télécoms,…) devront, à un moment ou l'autre, se parler en vue de conclure des accords à géométrie variable.
La RTBF et RTL Belgium sont donc condamnés à coopérer ?
Il ne s'agit pas d'être condamné à le faire, mais il y aurait, en tout cas, une logique industrielle à coopérer. Ce serait d'ailleurs aussi dans l'intérêt de la communauté francophone et, plus largement, belge. J'espère que le monde politique, sur ce point, suscitera une ouverture auprès de la RTBF pour agir en ce sens.
La nature de vos rapports, assez tendus, avec Jean-Paul Philippot explique que rien n'a pu être entrepris à ce jour ?
Je regrette surtout que la RTBF s'est mise dans une position où elle considère RTL Belgium comme une ennemie et non comme une concurrente avec qui, de façon ponctuelle, elle doit être possible de coopérer.
