Un Wallon voyagera-t-il bientôt dans l'espace ?
Près de 20 ans après le dernier Belge dans l'espace, un nouvel astronaute noir-jaune-rouge quittera-t-il bientôt notre bonne vieille Terre pour les étoiles ? Ce n'est pas impossible, même si notre pays n'en fait pas une priorité absolue pour le moment.

- Publié le 22-04-2021 à 14h16
- Mis à jour le 24-04-2021 à 10h02

Libre Eco week-end | Le dossier
Y a-t-il une chance de voir un(e) astronaute wallon(ne) partir à la conquête de l'espace dans les prochaines années ? Les chances ne sont pas nulles. Pour la première fois depuis 11 ans, l'Agence spatiale européenne (Esa) recrute à nouveau des candidats à un voyage dans l'immensité de l'espace. La Belgique espère que cet appel à candidatures, ouvert jusqu'au 28 mai, suscitera des vocations spatiales et, plus largement, scientifiques parmi les femmes notamment, encore sous-représentées dans ces secteurs, comme l'a expliqué récemment Thomas Dermine (PS), le secrétaire d'État chargé de la Politique scientifique. Et tutoyer les étoiles n'est pas un rêve aussi inaccessible qu'il n'y paraît : quatre à six astronautes seront recrutés par l'Esa, tandis qu'entre 10 et 20 spationautes de réserve seront également engagés.
Les astronautes pour la Flandre
À ce jour, la Belgique compte deux astronautes dans son histoire : Dirk Frimout, dont on fêtera en grande pompe les 30 ans de son vol l'année prochaine, et Frank De Winne (vol en 2002) qui est devenu le responsable du Centre des astronautes européens. Est-ce un hasard s'ils étaient tous les deux Flamands ? Pas vraiment, selon certains. Il se murmure ainsi qu'à l'époque, il y aurait eu un accord tacite entre le nord et le sud du pays : les acteurs wallons préféraient ainsi bénéficier des retours économiques des programmes européens, là où la Flandre avait le prestige d'avoir des astronautes. C'était donc une manière de donner un retour des investissements fédéraux à la Flandre qui, il y a trente ans, n'avait pas encore un tissu industriel spatial aussi développé qu'en Wallonie. Mais la donne a changé, le nord du pays ayant comblé son retard en la matière.
L'exemple de la France et Thomas Pesquet
Même si les sélections de l'Esa se font uniquement selon les qualités et les mérites des postulants, les lobbies des États interviennent parfois une fois la short list des sélectionnés connue. Il faut ainsi savoir qu'avoir un astronaute a un coût pour un État, qui doit prendre en charge toute son onéreuse formation. Mais le retour sur investissement est de plus en plus intéressant, comme le démontre actuellement la France qui médiatise à profusion son astronaute Thomas Pesquet. "Ce n'est pas négligeable", reconnaît Michel Stassart de la coupole wallonne Skywin. "Il est vrai qu'avoir un astronaute belge francophone, un gars près de chez nous qui va dans l'espace, pourrait booster les jeunes à avoir une carrière scientifique. Mais ce n'est pas notre priorité actuelle. On préfère se concentrer sur le développement de nouvelles technologies, qu'on peut transférer à d'autres secteurs, plutôt que d'avoir un Wallon sur la Lune ou Mars."
À la découverte de la… Terre
Paradoxalement, les avancées spatiales de ces dernières années auront permis de mieux connaître non pas l'espace, mais bien notre… propre planète. Avec les satellites du programme européen Copernicius, on obtient désormais des images très précises de l'évolution quotidienne de la Terre, ce qui est une arme indispensable dans la lutte contre le changement climatique. " La précision des images est devenue incroyable. On arrive ainsi à distinguer depuis l'espace la différence de la composition chimique des bitumes belge et français. On sait également distinguer certaines maladies des plantes, des intrants suspects dans le sol", explique Michel Stassart. Là aussi, beaucoup d'acteurs belges sont très performants, tant au niveau des instruments utilisés dans l'espace que dans l'analyse des images reçues, qui font de plus en plus appel à l'intelligence artificielle. Mais cette nouvelle conquête a aussi engendré un nombre impressionnant d'objets tournant autour de notre planète. "Quand on regarde les étoiles par un ciel d'été, on peut désormais voir un satellite toutes les dix secondes, relate le responsable wallon. L'espace est aussi plein de débris en tous genres qui peuvent être dangereux pour les vols des astronautes. Il faut absolument des lois internationales strictes et claires pour éviter des abus."
