"Si on doit déjà fermer à 20h, personne ne rouvrira"
Rouvrira ou ne rouvrira pas ? C'est la question que se posent des milliers de travailleurs actifs dans l'Horeca en Belgique.

- Publié le 22-04-2021 à 17h55
- Mis à jour le 22-04-2021 à 21h06

Suivant le dernier Comité de concertation, à partir de ce 8 mai, et si la situation sanitaire le permet, les terrasses des restaurants et bars peuvent à nouveau accueillir des clients. Encore faut-il pouvoir disposer d'une terrasse assez grande pour que cette réouverture ne se transforme pas en fiasco financier. Ce n'est pas gagné. À Bruxelles, seul un établissement sur quatre, voire sur cinq, dispose d'une terrasse "valable", soit assez large pour y développer une activité rentable. Mais ce chiffre va augmenter considérablement ces prochaines semaines. En quelques jours, la capitale a ainsi déjà reçu plus de 350 demandes d'extension de la part d'établissements, que ce soit sur des places de parking ou sur la voirie.
Quelques éclaircies dans un ciel très sombre
Et comme lors de la première réouverture l'été passé, les autorités bruxelloises se montrent très larges, l'immense majorité de ces demandes va être acceptée. C'est du moins le message qui a été envoyé aux bourgmestres par Pascal Smet (SP.A), le ministre bruxellois en charge de l'Urbanisme.
Autre geste des autorités de la capitale : les chaufferettes au gaz qui étaient interdites depuis le 1er janvier dans plusieurs communes bruxelloises pour des raisons écologiques, seront "tolérées" durant cette période de pandémie. Enfin, la baisse de la TVA à 6 % jusqu'en septembre, qui s'applique aussi sur les boissons alcoolisées (ce qui n'était pas le cas l'été dernier), est perçue comme une véritable aide par le secteur.
Mais à côté de ces éclaircies, le ciel reste très sombre pour le secteur. "Est-ce qu'on va vraiment avoir une réouverture le 8 mai ?", s'interroge Philippe Trine, le président de la Fédération bruxelloise de l'Horeca. Le ministre Frank Vandenbroucke met encore tellement de conditions… Beaucoup de restaurateurs ont déjà fait une croix sur cette date-là pour être sûrs de ne pas être, une fois de plus, déçus". Même son de cloche chez Fabian Hermans de cette même Fédération bruxelloise. "Je conseille à tous les patrons d'établissement d'attendre un véritable feu vert du Comité de concertation ce vendredi avant de remettre la machine en route".
"Ouvrir au moins jusqu'à 22h30"
Les conditions qui pourraient être imposées pour cette réouverture inquiètent aussi les deux responsables. "Si on doit déjà fermer à 20h, personne ne rouvrira, annonce d'emblée Philippe Trine. C'est irréalisable. Quel est l'intérêt pour des bars et restaurants d'ouvrir à 18h pour fermer deux heures après ? Quel serveur ou cuisinier va accepter de ne travailler que quelques heures par jour et d'être payé en conséquence ?"
Un avis que partage M. Hermans. "La vraie clientèle pour les restaurants, c'est celle en soirée. Avec le télétravail obligatoire et l'absence des touristes, Bruxelles est morte sur le temps de midi. Oui, il y aura peut-être un effet de curiosité les deux premières semaines à midi mais cela va vite se dégonfler. On doit pouvoir ouvrir au moins jusqu'à 22h30 pour permettre aux gens d'avoir le temps de manger correctement".
"Un lieu où nos clients puissent s'abriter en cas de mauvais temps"
Mais même avec des horaires larges, tout le monde n'ouvrira pas le 8 mai. Et cela ne dépend pas toujours de la taille de sa terrasse. "Je pense que beaucoup vont être tentés de rouvrir car ils ont un besoin vital de trésorerie. Chacun doit faire son calcul financier, Une pizzeria demande moins de personnel en cuisine et en "salle" qu'un restaurant plus sophistiqué. Ce système de terrasse ouverte peut aussi être intéressant pour les restaurateurs qui font déjà du "take way", par exemple", avance M. Trine.
Dès aujourd'hui, les patrons prient pour que le beau temps soit de la partie. "Imaginez une drache nationale alors que nos clients n'en sont qu'à leur entrée, s'inquiète M. Hermans. Nous demandons au gouvernement de pouvoir disposer d'un 'back-up', d'un lieu où nos clients pourront s'abriter en cas de mauvais temps".
Enfin, l'Horeca ne veut plus du système de tracing imposé cet été. "On nous a demandé de collecter des dizaines de milliers d'adresses, celles de nos clients, et cela n'a jamais été utilisé, regrette M. Trine. Cela nous a coûté beaucoup d'énergie pour rien du tout. On se demande après pourquoi les gens doutent du monde politique".
