Virginie Saverys a largué les amarres pour le vin : "Nous sommes devenus un exemple en agriculture vertueuse et régénératrice"
Virginie Saverys appartient à la famille contrôlant la CMB (Compagnie maritime belge) où elle a longtemps travaillé.

- Publié le 28-02-2021 à 08h42

Libre Eco week-end | Face et profil
Un verre de vin à la main après avoir eu durant de longues années un "bateau dans le ventre", Virginie Saverys est devenue un peu par hasard propriétaire d'un vaste domaine viticole dans le sud de la Toscane après avoir mené une carrière bien plus austère de juriste.
Des navires en construction, ce fut son horizon en ses vertes années, sur les bords de l'Escaut, à Temse (Tamise). "Nous habitions en face des chantiers navals Boël, dans le patrimoine familial via ma mère." Les Saverys sont des descendants de Bernard Boël, qui fonda justement les chantiers navals Boelwerf à Tamise, la famille connaissant succès et fortune dans le transport maritime international.
La joie s'émousse
Cette francophone de Flandre a la passion des langues et part un an en Angleterre et en Allemagne pour se perfectionner après des humanités à Gand. "Je comptais faire l'école d'interprétation à Genève. J'ai rencontré de chouettes Français qui m'ont convaincue d'aller plutôt étudier à Paris."
À 23 ans, Virginie Saverys est déjà doublement diplômée : d'une part une licence en traducteur-interprète de l'Institut supérieur d'interprétation et de traduction mais aussi une maîtrise en Droit à l'Université de Paris XI.
Retour, ensuite, en Belgique. "J'avais envie de revenir au pays car cela faisait six ans que j'en étais partie."
Ses connaissances en droit lui permettent de rejoindre en 1983 le département juridique de Bocimar, une société dans laquelle les Saverys sont actionnaires via la CMB (Compagnie maritime belge). Son frère Marc y travaille. "Quand Marc a quitté Bocimar en 1985 pour rejoindre Exmar, on ne m'a plus donné de travail à faire." Elle présente aussitôt sa démission.
Virginie Saverys cherche du boulot, cette fois dans le domaine financier et plus particulièrement dans la gestion de fortune. Le nom Saverys s'avère plutôt un "désavantage."
Après un mois et demi sur la touche, elle rejoint finalement Exmar, où elle crée le département juridique. À partir de 1991, elle est en charge du département juridique et de CMB et d'Euronav. "Cela a été une carrière passionnante, que je n'ai jamais regrettée", confie-t-elle. Elle travaille sur des sujets pointus, comme la scission de CMB et d'Exmar en 2003 et de CMB et Euronav en 2004. "C'était la première fois en Belgique que l'on réalisait la scission d'une entreprise cotée. C'est le genre de dossier qui fait la joie d'une juriste."
La joie s'émousse toutefois. "Acheter et vendre des navires, cela devenait un peu ennuyeux à la fin." Il y a aussi l'arrivée de la corporate governance. "C'est fondamental mais pas très passionnant."
C'est un peu le hasard qui décide de la suite. "J'avais acheté en 2003 une ruine en Toscane que l'on retapait." Parmi les personnes invitées pour le 50e anniversaire de son compagnon, l'un des propriétaires du domaine viticole Avignonesi, dans la région de Montepulciano. Il ne s'entend plus avec son frère. Une idée germe. "Je n'y avais jamais pensé. Mon père avait bien pensé à un moment racheter un domaine dans le Bordelais à titre d'investissement, mais sans plus. La souche était sans doute restée."
Virginie Saverys prend, en 2006, une participation de 30 % dans le domaine. "Avec cette vigne, je pouvais dire que j'allais en Italie pour m'en occuper alors qu'auparavant, on me souhaitait 'bonnes vacances' à chaque fois que je m'y rendais alors que c'était pour travailler sur la rénovation."
La "fin de la récréation"
Cela ne se passe pas très bien, c'est un euphémisme, avec le fameux frère propriétaire. En 2009, elle "siffle la fin de la récréation" et achète la totalité des parts, "sans rien y connaître" dans le vin. Elle suit des cours à Bordeaux et s'attelle à améliorer la qualité du vin. "Je vendais les premières années des vins dans lesquels je ne me reconnaissais pas", des vins produits avant son rachat.
Aujourd'hui, le domaine, progressivement agrandi pour atteindre 170 hectares, est devenu une référence, notamment pour son approche biodynamique, encore plus exigeante que le bio. "Nous traitons la vigne, le sol et le personnel avec respect. Avec notre approche biodynamique, nous sommes devenus un exemple en agriculture vertueuse et régénératrice. C'est le seul outil qui va redonner vie au sol alors que le chimique entraîne sa mort." Cela veut aussi dire partager des vignes avec des sangliers et des chevreuils. "Nous l'acceptons de bonne grâce."
En quelques dates
1983: maîtrise de Droit à Paris XI et diplôme de traducteur-interprète.
1983-1985 : juriste chez Bocimar.
1985-2006 : juriste chez Exmar et ensuite en charge du département juridique de CMB et d'Euronav.
Depuis 2006 : à la tête du domaine viticole Avignonesi.
