Dominique Allard (Fondation Roi Baudouin) : "Les grandes entreprises n'ont pas besoin de la Fondation"
C'est bien connu, l'argent est le nerf de la guerre. Dans le secteur culturel comme partout ailleurs. Mis à genoux par la crise du coronavirus, ce secteur, qui représenterait selon certaines études 5 % du PIB belge, cherche des soutiens financiers pour tenter de garder la tête hors de l'eau. Et parfois simplement pour survivre.

- Publié le 10-10-2020 à 07h00
- Mis à jour le 10-10-2020 à 10h01

Libre Eco week-end | Le dossier
A côté de l'argent public et celui des grandes entreprises qui sponsorisent les événements culturels de grandes institutions culturelles, il y a évidemment aussi l'argent récolté au travers des initiatives philanthropiques auprès de particuliers, de familles et de plus petites entreprises. C'est dans cette dernière catégorie que le rôle de la Fondation Roi Baudouin prend tout son sens. "Le domaine du patrimoine et de la culture fait partie de nos missions et des programmes les plus réceptifs à la philanthropie", explique Dominique Allard, directeur à la Fondation Roi Baudouin.
Deux millions de budget supplémentaires
Cette année, le budget arrêté au 1er janvier pour financer des projets dans le secteur culturel au sens large (NdlR : gestion du patrimoine et culture) est de 6,6 millions d'euros, à comparer avec un budget total de 97 millions d'euros pour l'ensemble de la Fondation qui soutient aussi des initiatives dans des domaines aussi variés que la justice sociale, la lutte contre la pauvreté, la santé ou l'engagement sociétal. Mais la crise du Covid-19 est passée par là, amenant la Fondation Roi Baudouin à dégager des moyens complémentaires de 2 millions, pour financer des initiatives d'appui à un secteur frappé en plein cœur. "En mars et avril, la Fondation a été très sollicitée dans le secteur social et sanitaire par des donateurs qui voulaient aider. À ce moment, la priorité a été donnée à ces deux domaines-là. Mais ensuite, la société s'est rendu compte que le monde culturel avait été délaissé. Un secteur qui va de l'électricien qui change les ampoules à une pièce de théâtre dans un festival en passant par un chanteur d'opéra. C'est tout ce secteur qui s'est retrouvé dans une situation précaire", ajoute Dominique Allard. Et de poursuivre : "La Fondation intervient là ou d'autres structures ne sont pas appelées à intervenir. Les grandes entreprises n'ont pas besoin de la Fondation : elles gèrent leurs politiques de sponsoring en direct avec les institutions culturelles. Nous ne sommes pas partie prenante dans ce processus. Nous sommes davantage sollicités par des personnes privées, des familles ou par des petites entreprises qui veulent aider des projets spécifiques, pas ceux des grandes institutions culturelles mais plutôt des projets culturels locaux ou ceux portés par des institutions qui ont chaque année des difficultés à trouver des moyens. Cela peut être l'organisation d'un concours de piano à Leuze, le financement d'activités au centre culturel de Jodoigne ou le Festival de l'été mosan", explique encore Dominique Allard.
Le profil type du donateur ? "Il n'y a pas un profil type. Ce sont des gens passionnés par la culture et qui veulent aider et soutenir des projets d'organisations culturelles qu'ils connaissent bien. Ce sont des épargnants modestes ou moins modestes qui ne sont pas à la recherche de visibilité mais qui ont la passion du projet culturel local. Nous avons un fonds de soutien à la classe de chant de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth mais vous n'allez pas trouver cela écrit sur la façade de la Chapelle. Ils comptent sur la Fondation pour garantir la bonne affectation de leurs dons. La Fondation Roi Baudouin est au carrefour de la générosité des gens mais surtout au carrefour de la générosité des classes moyennes pour soutenir les projets sociétaux au sens large. Les grandes fortunes, elles, ont des patrimoines structurés et d'autres canaux d'action", ajoute notre interlocuteur.
Aider les jeunes talents
Sur l'année et tous secteurs confondus, le don moyen qui transite par la Fondation Roi Baudouin tourne en effet aux alentours de 80 à 100 euros. "La Fondation récolte des moyens qui sont capitalisés de façon à être utilisés sur le long terme. Mais dans des périodes comme celle que nous venons de vivre avec le Covid-19, ce sont des fonds qui peuvent être mobilisés très rapidement pour soutenir certains projets", commente encore Dominique Allard. Et dans le secteur culturel, qu'est-ce qui mobilise le plus les donateurs ? "Je dirais que c'est quand même le secteur musical qui va davantage sensibiliser les philanthropes privés qui veulent aider et soutenir les jeunes talents", conclut notre interlocuteur.
