La crise Covid pourrait-elle freiner la course au retour des vols supersoniques ?
Deux jets d'affaires ont le vent en poupe et devraient voler vers 2025. Le temps pour la demande de revenir.
- Publié le 25-07-2020 à 07h50
- Mis à jour le 25-07-2020 à 07h57

Il y a 20 ans ce 25 juillet, à 16 h 45, le Concorde immatriculé F-BTSC, vol Air France 4590 en partance pour New York, s'écrasait sur un hôtel de Gonesse, dans le Val d'Oise, entraînant la mort de cent treize personnes, cent passagers, neuf membres d'équipage et quatre personnes au sol. Ce samedi après-midi, des commémorations auront lieu en France, notamment à Gonesse. Ce premier et unique accident grave de Concorde n'a pas entraîné la fin de l'appareil franco-anglais, qui reprit les vols en novembre 2001. Mais il a précipité le départ à la retraite du "grand oiseau blanc", fin 2003. (Voir notre supplément Quid de ce jour).
Depuis, le rêve de vol commercial supersonique est en veilleuse. Plusieurs projets existent, sous des formes différentes de Concorde et uniquement aux États-Unis. Le plus ancien, celui d'Aerion, remonte à 2004 et a connu de nombreuses évolutions. Basée à Reno, dans le Nevada, la Mecque de l'aviation aux États-Unis, l'entreprise a reçu le soutien de plusieurs grands avionneurs comme Airbus ou Lockheed Martin, dont le contrat portait sur la viabilité technique de l'appareil, et qui s'est retiré à l'arrivée de Boeing, le 5 février 2019.
Son avion, l'Aerion AS2, est un jet d'affaires pouvant emporter 12 passagers à Mach 1,4 (1 600 km/h environ), soit moins que Concorde qui croisait à Mach 2,02. C'est le projet le plus avancé, puisque son turboréacteur General Electric Affinity a été dévoilé en 2018, un premier pas vers la concrétisation. À ce jour, un premier vol est attendu pour 2023-2024.
L'autre projet crédible est celui de Boom Technology, start-up également, basée cette fois dans le Colorado. Avec son avion, lui aussi d'affaires, baptisé Overture, on se rapproche de Concorde mais avec moitié moins de passagers, 55. Sa vitesse de Mach 2,2 est, quant à elle, légèrement supérieure à celle de l'avion franco-britannique. Boom a reçu le soutien de Japan Airlines, qui a investi 10 millions de dollars dans l'entreprise. Richard Branson, qui avait émis l'intention de racheter les Concorde retirés par Air France et British Airways, s'est dit lui aussi intéressé. Au total, Jal et Virgin Atlantic ont précommandé 30 Overture.
Baby Boom en octobre
Prévu en 2023, un premier vol n'est plus attendu avant le milieu des années 2020. Entre-temps, la compagnie présentera, en octobre, le démonstrateur XB-1 Baby Boom, réduction au tiers de l'appareil final, mais avec deux membres d'équipage, capable de voler à Mach 2,2, premier vol prévu l'année prochaine.
Tout ça, c'était avant la crise sanitaire qui a fait tomber de haut l'industrie aéronautique et le transport aérien. L'on peut craindre que ces ambitieux projets n'aient du plomb dans l'aile mais, pour l'instant, il y a peu de signes en ce sens. Certes, Boeing et Spirit Aerosytems, son partenaire en aérostructure, ont récemment retiré une grande partie de leurs équipes d'ingénieurs œuvrant autour de l'AS2 d'Aerion. Outre la crise sanitaire, les deux entreprises font face au désastre du B-737 Max, aussi coûteux financièrement qu'en termes d'image. Ce retrait est donc à considérer comme un dégât collatéral.
Par ailleurs, si Aerion reconnaît que la crise Covid va entraîner un léger retard du programme, cela ne l'a pas empêché de lancer, en avril, son fameux campus à Melbourne, en… Floride, où sera finalisé et fabriqué l'AS2. 675 emplois hautement qualifiés devraient y être créés d'ici 2026.
Pendant ce temps-là, toujours en avril, Boom Supersonic a récolté trois millions de dollars auprès de six investisseurs, et s'apprête à lancer une nouvelle levée de fonds, plus rapidement que prévu. L'entreprise avait déjà engrangé 100 millions de dollars en janvier 2019.
En attendant le retour du business
Reste que la crise actuelle, dont personne ne voit le bout, accroît toutes les incertitudes et tétanise les compagnies aériennes comme les avionneurs, jusque-là en pleine euphorie, sur leur petit nuage. La tendance au travail à distance va-t-elle réduire la demande ? On l'avait déjà imaginé et, dans une moindre mesure, vécu lors des crises précédentes, en 2001 et 2008. La leçon, c'est que les voyages d'affaires ont repris dès que le ciel économique et financier s'est dégagé. En sera-t-il de même alors que le funeste virus continue de circuler ?
Quoi qu'il en soit, les deux entreprises promettent des vols supersoniques à des prix comparables à ceux pratiqués actuellement en classe affaires sur les avions classiques. Tant Aerion que Boom se sont attelées à réduire le "bang" supersonique et les nuisances sonores au décollage. Aerion a déjà annoncé que son AS2 serait conforme aux règles environnementales en vigueur aux États-Unis. Avec leur activité à cycle long, tant Aerion que Boom ont le temps de traverser la crise. Reste que ces projets ont des performances et des capacités bien différentes. Soit ces deux modèles cohabitent, ou bien l'un l'emporte sur l'autre.
