John Cockerill mise sur l'hydrogène, énergie verte, pour redynamiser l'industrie manufacturière wallonne
Né sur les cendres de la sidérurgie liégeoise, le groupe John Cockerill a le regard résolument tourné vers l'avenir. Pour preuve, le fonds Industrya, nouvellement créé pour soutenir start-up et scale-up technologiques. Croyant fermement dans les énergies renouvelables, l'entreprise produit des hydrolyseurs destinés à la fabrication d'hydrogène liquide en Chine… et bientôt à Seraing. Son CEO, Jean-Luc Maurange, raconte cette "relocalisation" d'une activité manufacturière de pointe.
- Publié le 01-07-2020 à 06h00
- Mis à jour le 18-03-2021 à 16h42

Covid-19, et maintenant ? | Série de l'été | L'épidémie de coronavirus a mis en lumière les défaillances et les fragilités de nos sociétés. Quelles leçons notre pays peut-il en tirer ? Quels changements pourraient être mis en œuvre sans attendre et pour être opérationnels dans un horizon de cinq ans ?
Né sur les cendres de la sidérurgie liégeoise, le groupe John Cockerill a le regard résolument tourné vers l'avenir. Pour preuve, le fonds Industrya, nouvellement créé pour soutenir start-up et scale-up technologiques . Croyant fermement dans les énergies renouvelables, l'entreprise produit des hydrolyseurs destinés à la fabrication d'hydrogène liquide en Chine… et bientôt à Seraing. Son CEO, Jean-Luc Maurange, raconte cette "relocalisation" d'une activité manufacturière de pointe.
Où en est le projet de production d'hydrogène pour l'aéroport de Liège, lancé en 2019 ?
Il pourrait aller plus vite. Le projet a été retardé par des changements politiques et de gouvernance de l'aéroport. Au moment de son lancement, nous avons cherché un réseau de sous-traitants. On n'en a pas trouvé dans la région mais bien en France et au Royaume-Uni, pour des sous-ensembles d'hydrolyseurs alcalins (pour la fabrication d'hydrogène par électrolyse de l'eau, NdlR). Et puis nous avons découvert qu'en Chine, il y avait trois fabricants d'hydrolyseurs avec des références et à la pointe de la technologie. Nous avons alors essayé de mettre la main sur l'un d'entre eux mais on s'est fait souffler par le Fonds souverain norvégien. Ce qui a une certaine logique. Pour le deuxième, on a réagi assez vite. Après avoir trouvé un marché assez avancé en Chine, on a décidé de baser notre production d'hydrolyseurs là-bas. La coentreprise a été inaugurée en novembre 2019, lors de la mission princière.
Mais, entre-temps, une demande d'énergie verte est aussi apparue en Europe...
C'est notamment le cas en Allemagne, qui va investir 9 milliards d'euros dans l'hydrogène. Les premiers projets sont souvent soutenus par les Régions, les États, l'Europe. Dans ce cas, les autorités souhaitent qu'il y ait un maximum de contenu local. Nous amenons l'ingénierie mais on sait que, la production, ce serait mieux. En Chine, il faut une base pour fournir, lors des Jeux Olympiques de Pékin 2022, 42 stations de remplissage pour alimenter une flotte de 2000 bus à pile à combustible alimentée par de l'hydrogène. Notre base chinoise se suffit pour un tel marché. En Europe, il y a aussi une demande de mobilité verte. On s'est dit qu'on allait relocaliser. Des éléments d'hydrolyseur seront produits en Alsace et l'assemblage final aura lieu ici, à Seraing.
Outre les raisons économiques évidentes, pourquoi a-t-on tant délocalisé la production manufacturière ?
Une société comme la nôtre, qui fait surtout des projets à l'exportation, dans des marchés ouverts, n'est pas protégée de la compétition. On a dû délocaliser de la production de modules de chaudières de récupération en Corée du Sud, qui nécessite beaucoup de soudage manuel de haute précision. L'organisation de la chaîne d'approvisionnement et l'efficacité opérationnelles ont primé, pour que nous puissions rester compétitifs dans nos marchés.
La crise sanitaire a-t-elle changé la donne ?
Des activités dites stratégiques sont apparues, comme l'approvisionnement en énergie verte. Ne doit-on pas accepter de payer légèrement plus cher pour avoir cette indépendance stratégique et cette capacité à offrir des emplois technologiques de haute qualité ? Le jeu en vaut la chandelle. Mais il ne faut pas répéter les erreurs du photovoltaïque. Le passage à l'énergie solaire a été fortement subsidié et, derrière, les fabricants allemands ont fermé les uns après les autres. On a loupé quelque chose. Aujourd'hui, les politiques ne sont pas prêts à faire les mêmes erreurs. Le plan hydrogène allemand à 9 milliards doit s'appuyer sur une base industrielle européenne.
Outre la pharma et les biotechs, voyez-vous d'autres secteurs stratégiques ?
On pourrait faire un peu mieux dans le secteur de la défense. En Wallonie, des entreprises aéronautiques et de défense réfléchissent en commun à la façon de pérenniser tout cela. Car, avant de relocaliser, préservons ce que nous avons.
Et au niveau de la santé ?
Le système est très incitatif au niveau des brevets, dont les revenus sont très faiblement taxés. C'est une première étape remarquablement réussie. Mais quasi rien n'est fait pour favoriser la fabrication, au moins pour les marchés locaux et européens. Finalement, on vit encore dans les années post-sidérurgie. La Région doit avoir une volonté politique claire, se traduisant par des projets clairs. On attend la concrétisation de Get Up Wallonia, il faut lui donner une inflexion, définir les domaines que nous voulons privilégier. Et s'appuyer sur des projets pilotes comme Airport : une flotte de bus, taxis et engins de manutention à l'hydrogène, c'est un vrai écosystème dans la Région, qui donne envie à des industriels et à des financiers de s'impliquer. Lever des fonds n'est pas forcément difficile dans les secteurs de l'énergie verte.
