Le patron de Mithra soupçonné de délit d'initié: 4 questions pour y voir plus clair sur l'affaire Fornieri
La société pharmaceutique Mithra est dans la tourmente. D'après divers médias, François Fornieri, son CEO, fait l'objet d'une instruction judiciaire pour délit d'initié à Liège.
- Publié le 22-01-2020 à 17h30
- Mis à jour le 20-01-2021 à 11h16

La société pharmaceutique Mithra est dans la tourmente. D'après divers médias, François Fornieri, son CEO, fait l'objet d'une instruction judiciaire pour délit d'initié à Liège.
1. Que reproche-t-on à François Fornieri ?
Le Liégeois est suspecté d'avoir contourné l'autorité des services et des marchés financiers pour acheter, via un tiers, des actions Mithra en toute discrétion. Tout remonte à octobre 2019, mois au cours duquel un partenariat est signé entre Mithra et la société Mayne Pharma, le second fournisseur de contraceptifs oraux aux États-Unis, pour la commercialisation de son contraceptif Estelle aux USA. La nouvelle avait été moyennement appréciée par les marchés puisque l'action Mithra avait chuté de 20 %.
Peu après cet accord, de gros volumes d'actions Mithra ont été achetés en bourse. Certaines sources, proches du dossier, évoquent des achats pour près d'un million d'euros. Les enquêteurs suspectent François Fornieri d'avoir transféré d'importantes sommes d'argent sur le compte d'une de ses connaissances, pour acheter des actions Mithra.
L'auditeur de la FSMA aurait également ouvert une enquête pour délit d'initiés à l'encontre de François Fornieri.
2. Quelle est la ligne de défense du patron ?
François Fornieri dit n'avoir reçu "aucune information officielle" contre lui. "J'ai consulté mes avocats car je songe à porter plainte contre X. On salit ma réputation et cela nuit à la société Mithra. Cela se déchaîne contre moi sur les réseaux sociaux. Mais je ne compte pas me laisser faire et, s'il le faut, je demanderai des réparations."
Selon le patron, cette fuite dans la presse n'arrive pas par hasard. "C'est assez bizarre que cette information arrive au moment où Mithra allait mettre en action quelque chose d'important pour le futur de l'entreprise". Et le Liégeois de crier au"scandale". "La justice utilise la presse. C'est un manque total de démocratie." M. Fornieri rappelle que Mithra pèse un "milliard d'euros" et emploie "400 personnes". "Il n'y a jamais eu aucun problème de gouvernance. Cela fait 34 ans que je sers les intérêts de la Wallonie. Un moment, il faut arrêter de démotiver les gens qui créent de l'emploi dans la Région", s'insurge le Liégeois.
3. Quelles suites possibles ?
Historiquement, en Belgique, les cas de dirigeants d'entreprises sanctionnés pour de telles opérations litigieuses sont très rares et sont généralement closes sur une sanction financière portant sur 2 à 3 fois les bénéfices réalisés de manière douteuses. Les cas les plus exemplaires ont conduit à la démission d'administrateurs… Mais si la FSMA découvre en cours d'enquête des éléments propres à déclencher la transmission du dossier au Parquet, c'est plus que probablement parce que l'affaire doit faire l'objet d'une procédure pénale. Ce qui ne signifie pas, quelle que soit l'issue de la procédure que le CEO doive être démis de ses fonctions. C'est alors au conseil d'administration de décider en fonction des intérêts de la société. Un CEO d'entreprises cotée n'est pas soumis aux obligations de blancheur absolue ("fit and proper") exigées d'un patron de banque ou d'institution financière.
4. Quelle est l'attitude du marché ?
Dans les coulisses de la Bourse de Bruxelles, les opérateurs sont partagés, bien sûr. Les derniers avis d'analystes publiés sont soit neutres, soit de consolider la position, ou d'acheter, ces derniers datant du début du mois de décembre. Les perspectives d'évolution du cours de l'action vont de 31 à 37 euros, soit un potentiel considérable pour une valeur qui se traitait autour de 26 euros ces dernières semaines.
Pourquoi des avis partagés ? "Parce que les analystes incluent dans leurs estimations des résultats à venir, comme c'est souvent le cas dans l'approche d'entreprises pharma ou biotech dont le potentiel est encore à démontrer. Or, ici, pour l'heure, les pertes sont encore au rendez-vous", nous explique un spécialiste du marché belge des actions. Mais l'audacieux qui a cru dans la société il y a trois ans a plus que doublé le capital investi. "Certes, mais une part des bénéfices attendus désormais est liée à une série d'accords de distribution avec des partenaires étrangers sous forme de royalties dont certaines payées en actions. On manque encore de visibilité sur ces résultats".
