Gaëtan Desclée, à la tête de Serco : "On nous qualifie parfois de la plus grande entreprise la moins connue au monde"

- Publié le 17-03-2019 à 14h31
- Mis à jour le 17-03-2019 à 14h32

Gaëtan Desclée a pris la tête du prestataire de services Serco Europe. Pour une nouvelle approche du public à offrir aux citoyens.Une fois de plus j'ai une mosquée comme voisine", plaisante Gaëtan Desclée, qui après une carrière dans les Émirats et au Maroc, a pris les commandes du prestataire de services Serco Europe, dont les bureaux sont situés juste en face de la Grande Mosquée à Bruxelles. Serco ? Le nom n'est pas vraiment connu du grand public. Et pourtant le groupe, créé en 1929 en Angleterre, emploie plus de 50 000 personnes dans le monde, dont 1000 en Europe. "On nous qualifie parfois de la plus grande entreprise la moins connue au monde." Cette société d'outsourcing s'adresse uniquement aux gouvernements et organismes publics dans 5 secteurs : la défense, la justice, les soins de santé, le transport et le service aux citoyens. Quelques exemples ? "En matière de défense, dans certains pays nous faisons la formation des pilotes ; en Angleterre, nous remorquons les bateaux de la Navy. Pour la justice, nous aidons à la réintégration des prisonniers dans la société en Australie. Nous faisons aussi du transport de prisonniers." En matière de soins de santé, le groupe gère dans les hôpitaux tout le non-médical, fournit l'assistance pour l'Obama Care,… "Le conseil des ministres vient d'approuver en Belgique le principe d'outsourcing d'hôpitaux psychiatriques. Pour que des privés puissent les construire et les gérer pour le compte du public", précise Gaëtan Desclée, qui cite encore, pour le service aux citoyens, la gestion des appels et mails d'un "info point" de la Commission européenne, ou, en ce qui concerne le transport, la gestion des vélos partagés à Londres.
Gaëtan Desclée a fait - presque - toute sa carrière dans les services. Il a même effectué un Executive MBA spécialisé dans ce domaine à HEC Paris. Titulaire d'une maîtrise en gestion des affaires de l'UCLouvain (IAG à l'époque), il décroche son premier emploi chez Deloitte. "C'était très formatif car on touche à différents secteurs et entreprises", explique Gaëtan Desclée qui y reste deux ans avant de rejoindre son frère Adrien qui avait créé sa propre entreprise, Beer Export, spécialisée dans l'exportation de bières spéciales. Désireux de retourner vers une plus grande structure, il intègre Securitas, pour gérer leur plus gros client : la Commission européenne. Quand une opportunité s'ouvre pour un poste dans les Émirats, il la saisit. "Mon épouse et moi voulions partir comme expats. Mais après plus de dix ans là-bas, le désir de rentrer en Belgique s'est fait sentir, notamment pour les enfants qui devenaient adolescents. Je souhaitais les ancrer dans leur pays et ne pas en faire des citoyens du monde sans attache". Sa demande est acceptée par Securitas, mais après un passage par Casablanca. C'est durant son séjour au Maroc que Serco l'approche pour un poste à Bruxelles. "Je les connaissais notamment parce que ce sont eux qui gèrent le métro de Dubaï. Le fait qu'il s'agit d'une société de services internationale m'intéressait. De plus, leurs valeurs me parlaient. Comme Securitas n'avait pas de poste international depuis la Belgique à me proposer, j'ai accepté l'offre de Serco."
En fonction depuis juin 2018, Gaëtan Desclée gère la filiale européenne qui chapeaute 7 pays (Benelux, France, Allemagne, Italie, Espagne). "Dans les pays anglo-saxons, le principe d'outsourcing privé existe depuis longtemps dans le public. En Europe continentale, on commence à s'ouvrir à ce partenariat avec le privé. On voit bien qu'il y a un besoin d'améliorer la manière dont les services publics sont assurés. Il faut les repenser car nous sommes face à plusieurs défis : les citoyens, qui attendent que les gouvernements soient plus efficaces, ne veulent pas payer plus de taxes. Les ressources diminuent également. Enfin, il faut aussi être plus agile, ce qui est difficile dans le public. Travailler avec des partenaires privés a du sens alors, sans être plus cher. Cela permet aussi aux services publics de se concentrer sur leurs métiers. Par exemple, les militaires sont là où on a besoin d'eux et pas dans la gestion d'une caserne", note le patron qui évoque le premier métier du groupe en 1929 : les radios communications pour la défense. Le groupe propose des services sur mesure, suivant les besoins spécifiques. "L'approche a été revue en 2014, alors que le groupe était au bord de la faillite. Le nouveau CEO, Ruppert Soames, petit-fils de Winston Churchill, a transformé la société en veillant à ce que chaque projet crée une valeur ajoutée", précise Gaëtan Desclée qui compte bien profiter de l'ouverture actuelle du public, en matière de défense et de justice notamment, pour élargir le nombre de ses clients. "Nous avons beaucoup de contacts avec des gouvernements curieux de voir comment profiter de notre expertise internationale. Pour avoir un impact positif sur les citoyens."
