Proximus: une "transformation" qui électrise les relations entre la CEO et le gouvernement

- Publié le 10-01-2019 à 07h01
- Mis à jour le 10-01-2019 à 14h53

On se souvient encore de la petite phrase prononcée en novembre 2013 par Didier Bellens, alors patron de Belgacom : "Le pire actionnaire, c'est l'État. C'est même pire que ce que je n'aurais cru", avait-il alors déclaré lors d'une allocution dans un cercle d'affaires bruxellois. Une déclaration, sur fond de tensions croissantes entre Bellens et le monde politique, qui avait précipité la chute de l'ancien homme fort de l'opérateur télécom belge.
L'histoire va-t-elle se répéter ? Nous n'en sommes pas encore là. Mais après des débuts sans nuages, les relations sont devenues plus tendues ces derniers mois entre Dominique Leroy et le gouvernement de Charles Michel (MR).
Tout avait pourtant bien commencé. Quand elle débarque à la tête de Belgacom en janvier 2014, les sourires sont de circonstance. "La décision de nommer (NdlR : pour 6 ans) Mme Leroy à la tête de Belgacom traduit le souci du gouvernement de garantir à Belgacom la stabilité, la sérénité et la compétence nécessaires à l'exercice de ses missions", indiquait à l'époque Jean-Pascal Labille (PS), alors ministre de tutelle.
Si elle doit s'accommoder d'un salaire revu à la baisse par rapport à son prédécesseur, les premiers pas de Dominique Leroy en tant que CEO font forte impression. Son style plaît, mélange de franchise et de fermeté. Sa priorité : permettre à l'entreprise de retrouver le chemin de la croissance. Pari réussi puisque dès 2015 l'entreprise retrouve de la vigueur. Elle modernise aussi l'image de Belgacom en optant pour la marque Proximus.
Un 4e opérateur mobile qui passe mal
Un premier couac surviendra avec Alexander De Croo, alors ministre des Télécoms (Open VLD), en juin 2017. Proximus vient alors discrètement d'augmenter ses tarifs mobiles dans la foulée de la suppression par l'Europe des frais de roaming. Le sang d'Alexander De Croo ne fait qu'un tour au point d'inciter les Belges à changer d'opérateur. Dominique Leroy apprécie modérément… Entre les deux personnalités, le courant ne passe pas. Des relations difficiles qui se compliqueront encore quand le gouvernement Michel décide d'ouvrir la voie à l'arrivée d'un quatrième opérateur mobile en Belgique, aux côtés de Proximus, Telenet et Orange. Pour Dominique Leroy, le marché belge est trop petit et la concurrence déjà trop forte. Un constat partagé par les deux autres acteurs du secteur. Ses sorties médiatiques lui valent un recadrage ministériel. Mais fin juillet dernier, dans un entretien accordé à La Libre, Dominique Leroy persiste et signe : "Si un 4e opérateur arrive sur le marché belge, Proximus devra changer de stratégie." Et d'ajouter : "Nous n'étions clairement pas demandeurs. Le secteur belge des télécoms est à la veille d'une phase d'investissements substantiels, tant dans le mobile (4G/5G) comme dans la fibre (fixe). On parle de plusieurs milliards d'euros. C'est un peu difficile de se dire qu'au moment même où l'on va devoir financer de tels investissements, on veut faire entrer un 4e opérateur pour intensifier la concurrence. Sur un plan économique, c'est un choix qu'on a du mal à comprendre. Maintenant, si le législateur et le régulateur décident de le faire, on va se préparer."
Certains ont alors évoqué un départ anticipé de Dominique Leroy, dont le mandat se termine en principe en janvier 2020. Des rumeurs lui ont même prédit un départ vers le Royaume-Uni pour prendre la direction de BT. Une rumeur jamais confirmée. Après la recherche de croissance durant les premières années de son mandat, la patronne de Proximus a centré son action depuis deux ans sur la "transformation numérique" du groupe. En clair, transformer un opérateur télécom classique en une entreprise technologique de services pour les particuliers et les entreprises et capable de rivaliser demain avec les géants de la tech. "Sur les 15 applications que vous avez sur le premier écran de votre smartphone, demain, il faut que vous ayez Proximus. En clair, nous voulons être une alternative à Google, Facebook ou autres, dans laquelle, via notre application maison, vous aurez accès à tous vos contenus, à toutes vos passions, bref à tout ce qui est important pour vous", avait-elle expliqué très récemment au Cercle de Lorraine.
Un virage numérique qui est donc au cœur du plan sur trois ans "Shift to digital" que le conseil d'administration de Proximus a approuvé mardi soir. Fâchant au passage, donc, le Premier ministre. Un plan qui passera par la recherche de nouvelles compétences et talents technologiques non disponibles en interne. Et le départ, donc, de près de 2 000 personnes.
Près de 2 milliards
En euros, les dividendes versés par Proximus entre 2015 et 2018.
Proximus aura versé, au titre des quatre seules dernières années (2015 à 2018), près de deux milliards d'euros de dividendes à ses actionnaires, parmi lesquels figure en première ligne l'État belge, ressort-il des comptes annuels de l'opérateur de télécoms. Plus de la moitié de ces dividendes sont revenus à l'État belge, qui possède plus de 53 % du capital de Proximus et près de 56 % des droits aux dividendes.
