Resa espère acter son divorce avec Nethys d'ici à six mois
Le nouveau management de Resa l'assure : ils sont indépendants de la galaxie Publifin/Nethys.
- Publié le 13-12-2018 à 09h28
- Mis à jour le 13-12-2018 à 09h29

Le nouveau management de Resa l'assure : ils sont indépendants de la galaxie Publifin/Nethys. C'est l'une des conséquences de l'affaire Publifin/Nethys qui a secoué la Wallonie, et plus particulièrement la région de Liège. Resa, le gestionnaire de réseau de distribution liégeois, a dû quitter le giron du groupe dominé par Stéphane Moreau. Depuis le 1er juin, Resa possède son propre conseil d'administration (CA), et son propre comité de direction. Bernard Thiry occupe la présidence du CA, tandis que le duo Gil Simon-Luc Warichet est en charge de la direction opérationnelle.
Tout ce beau monde a invité la presse, ce mercredi, pour faire le point sur l'état d'avancement de ce divorce. Après la séparation managériale, il reste encore pas mal d'étapes à franchir pour acter le divorce entre Resa et le groupe Nethys-Publifin. D'ici le 1er juin 2019, Resa devra disposer de son propre personnel, ce qui signifie environ 950 travailleurs sur son payroll.
Il s'agit d'un gros défi. Jusqu'il y a quelques mois, Resa puisait l'ensemble de ses ressources humaines chez Nethys, ou directement chez Publifin. Le nouveau personnel de Resa proviendra de Publifin, de Nethys, ainsi que de recrutements externes.
Pour les ouvriers de terrain, le transfert semble assez facile. En effet, bon nombre d'entre eux, sous statut Publifin, travaillent dans les faits pour Resa. En revanche, il y aura une concurrence entre Nethys et Resa pour attirer (ou conserver) les employés en charge des fonctions supports qui étaient communes.
Par ailleurs, l'un des problèmes soulevés par la commission d'enquête Publifin était l'utilisation des bénéfices générés par Resa. Au lieu de retourner directement aux communes et provinces actionnaires de Publifin, le dividende de Resa se perdait dans la galaxie Nethys-Publifin. Avec le risque qu'une activité régulée et monopolistique finance d'autres activités soumises à concurrence (Voo…).
Des inquiétudes à propos du plan de délestage
La forme juridique que prendra Resa devrait permettre, à l'avenir, d'éviter ce problème. D'ici le 1er juin 2019, Resa devrait avoir revêtu le statut d'intercommunale. Cela signifie qu'aucune décision ne pourra être prise, au sein de Resa, contre l'avis de la majorité des communes. "Ces dernières verront le dividende qui remontera au sein de Publifin et pourront donc choisir, en toute connaissance de cause, son affectation", explique Gil Simon, le nouveau directeur de Resa.
Il reste encore pas mal de boulot à réaliser pour que Resa devienne une intercommunale. Le management et le CA de Resa doivent convaincre les communes actionnaires de Publifin de devenir actionnaires, en direct, d'une partie de Resa. L'opération séduction a débuté et devrait se poursuivre l'année prochaine.
Par ailleurs, Gil Simon nourrit quelques craintes quant à l'activation éventuelle d'un plan de délestage cet hiver. "Notre grande crainte est qu'on n'a jamais testé ce plan de délestage, explique-t-il. Il y a une grande inquiétude sur le plan technique. Le plus gros problème n'est pas de couper, mais de réenclencher".
Bonne nouvelle, la prison de Lantin ne fait plus partie de ce plan de délestage. Voilà qui devrait éviter des sueurs froides aux gardiens de prison cet hiver…
"On ne sera pas capable d'installer des compteurs double flux chez tout le monde"
Par ailleurs, le nouveau management de Resa s'est attardé sur les défis qui l'attendent en tant que gestionnaire de réseau de distribution. L'un d'eux est l'entrée en vigueur, le 1er janvier 2020, du tarif prosumer, ou redevance photovoltaïque. Cette redevance consiste à faire payer des frais de réseau aux propriétaires de panneaux photovoltaïques lorsqu'ils prélèvent de l'électricité.
Suite à un recours en justice, la Cour d'appel de Liège avait validé ce tarif prosumer, tout en précisant qu'il ne pourrait entrer en vigueur que lorsque le choix entre le forfait et le tarif basé sur les prélèvements réels d'électricité serait possible. Or l'application du tarif réel nécessite de disposer d'un compteur double flux, ou bien d'un compteur intelligent (dont le déploiement doit commencer, au plus tard, en 2023).
Après plus d'un mois de consultations, la Cwape, le régulateur wallon, a estimé que cet arrêt de la Cour d'appel de Liège ne remettait pas en cause l'entrée en vigueur de la redevance photovoltaïque au 1er janvier 2020. "Tous les GRD nous ont assuré qu'ils seraient capables d'installer des compteurs double flux chez les ménages qui en font la demande d'ici le 1er janvier 2020", avait expliqué Stéphane Renier, le président de la Cwape.

Pas si la demande est trop forte...
Or, selon Resa, il n'est pas du tout certain qu'il sera possible de répondre à une forte demande de compteurs double flux. "Tout dépend de la demande, explique Luc Warichet, directeur général adjoint chez Resa. Il est certain que nous ne serons pas capables d'aller installer un compteur double flux chez les 37 000 habitations raccordées à Resa qui disposent de panneaux photovoltaïques. Ores en a le triple. On ne va pas, ni l'un ni l'autre, installer tous ces compteurs avant le 1er janvier 2020."
En gros, les GRD espèrent que la demande de compteurs double flux ne sera pas trop grande. Et Resa a un argument massue pour freiner cette demande. "Il est très compliqué d'aller au-delà d'une auto-consommation de 37,76%, argumente Luc Warichet. Dans la plupart des cas, le forfait est plus intéressant que le tarif réel". Oui mais, quoi qu'il arrive, un prosumer ne payera pas plus que le forfait, même s'il opte pour le tarif réel. Là encore, Resa a la parade. "Comme le compteur double flux coûte 150 euros (HTVA), les ménages intéressés risquent de dépenser cet argent pour rien, répond Luc Warichet. En outre, les ménages qui attendent un peu recevront gratuitement leur compteur intelligent".
"L'année prochaine, la Cwape entamera une vaste campagne de communication au sujet du tarif prosumer, ajoute Luc Warichet. On pourra, à ce moment-là, quantifier la demande. Si elle est trop forte, il faudra rediscuter de cette thématique". Il se pourrait par ailleurs qu'un accord entre Resa et Ores permette d'aller installer directement des compteurs intelligents chez les prosumer intéressés. "L'avantage est qu'on saute l'étape du compteur double flux, explique Luc Warichet. C'est encore en discussions avec Ores".
