Malgré l'inflation, pour les Belges, bien-être et flexibilité au travail passent devant le salaire
Partout dans le monde, le travail ne peut être envisagé autrement que sur un modèle hybride. Mais cela ne suffit pas. JLL a sondé des milliers d'employés pour cerner leurs attentes.

- Publié le 10-10-2022 à 19h40
- Mis à jour le 10-10-2022 à 19h48

La crise sanitaire aura appris une chose importante aux entreprises : l'époque où les employés travaillaient 100 % de leur temps au bureau est révolue. Définitivement. C'était déjà le cas aux États-Unis et au Canada avant la déferlante Covid, mais c'est désormais vrai en Europe aussi. Et en Belgique notamment. Le modèle de travail qui prévaut aujourd'hui dans le chef des salariés du tertiaire est hybride, fondé sur l'alternance entre différents lieux de travail (maison, bureau, espace de coworking, hôtels, bars…). Et il semble qu'ils soient exaucés.
À voir combien il est difficile actuellement d'attirer des talents, mais aussi de garder son personnel, on peut penser que les attentes actuelles des salariés seront, un jour, comblées. Mais quelles sont-elles, au fait ? Depuis deux ans, le consultant en immobilier JLL les scrute au travers de son "Workforce Preferences Barometer" basé sur les aspirations de plusieurs milliers de salariés dans dix pays (États-Unis, Canada, Royaume-Uni, France et Allemagne, Chine, Inde, Japon, Singapour, Australie). Cette année, il en a incorporé deux de plus : la Belgique et le Luxembourg. Dont les résultats étaient présentés lundi.
1. Ni frustrés, ni forcés : le travail hybride est une réalité
"Le travail flexible est un levier d'attraction pour attirer des talents. On ne peut plus s'en passer", insiste Flore Pradère, Director Research Work Dynamics Global JLL. Sur la carte du monde, le poids du télétravail est très variable. Au Canada et au Royaume-Uni, les salariés travaillent près de trois jours par semaine en dehors de leur bureau. "Les entreprises semblent avoir du mal à faire venir leurs salariés au bureau", sourit-elle. En France, ils se contentent de la moitié (voir infographie). Mais, à première vue, cela convient à chacun. "Tout le monde a la flexibilité de travail qu'il veut. Il n'y a plus de frustrations, pointe l'experte. On est quasiment arrivé au point d'équilibre entre les attentes en matière de flexibilité et les pratiques."

En Belgique, le modèle tourne autour de deux jours de télétravail par semaine (mais d'un seul au Grand-Duché pour des raisons fiscales). Et cela convient : 59 % des travailleurs le demandent, 55 % l'obtiennent. "Ce qui différencie peut-être les salariés belges, c'est leur moindre appétence pour les 'tiers lieux', renchérit Pierre-Paul Verelst, Head of Reserach Belux JLL. Ils accordent à peine une demi-journée aux endroits qui ne sont ni leur domicile ni leur bureau."
2. Sans perte de productivité
"Les salariés se sentent plus productifs, à tout le moins identiquement productifs à distance", indique Flore Pradère. Ce qui ne veut pas dire que le bureau est recalé. Au contraire. "Le sentiment de productivité est maximisé pour ceux qui travaillent à distance, mais il est moindre pour ceux qui télétravaillent plus que deux jours par semaine, sentiment d'isolement en prime." Traduction : les bureaux gardent une place de choix dans l'écosystème de travail. C'est vrai pour 60 % des répondants au niveau mondial et 52 % en Belgique. "C'est le lieu des interactions sociales", poursuit-elle. D'où la nécessité que le travail à distance soit géré pour que les salariés qui viennent au bureau y croisent vraiment leurs collègues. "C'est aussi l'endroit où la frontière entre vie professionnelle et vie privée est clairement installée, détaille encore Flore Pradère. Au point que certains travailleurs à distance recréent volontairement un rituel pour marquer le début et la fin de la journée." Ici un café, là un break simulant le temps de trajet…$

3. Ce qu'attendent les salariés en matière de travail hybride
À la lecture des résultats de l'enquête de JLL, on comprend que ce n'est pas l'explosion des coûts des énergies qui va rameuter tous les salariés au bureau. Pas plus que celui du prix du trajet boulot-dodo ou du sandwich acheté à midi. "Le bureau va devoir se renouveler, c'est un vrai challenge", note la directrice Recherche de JLL à l'échelle mondiale, qui relève les principales demandes des salariés : expérience de travail, repas sain et frais en libre accès, prise en charge des transports, coaching…

"Mais les entreprises vont également devoir se soucier du travailleur à distance qui demande à être soutenu, ajoute son homologue à l'échelle du Belux. Par une prise en charge des équipements technologiques (pour 61 % des Belges) et bureautiques (54 %), par un soutien financier ou une prime de télétravail (51 %)… Le travail hybride n'est pas anodin. Il questionne la responsabilité de l'employeur."
4. Le bien-être au travail avant le salaire
Étonnamment, surtout en période de très forte inflation, le bien-être et la flexibilité au travail (choix du lieu de travail et des horaires, semaines des quatre jours, autonomie, vacances illimitées…) semblent passer devant le salaire. "Les attentes en termes de bien-être mental au bureau ont même dépassé les attentes en termes de bien-être physique" (bureaux sains, durables, régénérant, accessibles…), conclut Pierre-Paul Verelst. D'ailleurs, ce n'est pas pour trouver un travail plus rémunérateur que certains quittent leur entreprise mais pour acquérir de nouvelles compétences, en vue d'une reconversion… "C'est encore plus vrai en Belgique, insiste-il. Ils sont 87 % à considérer que le choix des horaires est important et 80 % à rêver de la semaine des quatre jours." Ceci alors qu'au niveau mondial ils ne sont, respectivement que 60 et 56 % !