Meta laisse à nouveau ses utilisateurs devant un épineux dilemme
Il y a quelques jours, Meta a pris de court ses utilisateurs en les forçant à faire un choix : payer un abonnement pour continuer à disposer des services de leurs réseaux sociaux Facebook et Instagram sans publicité ou bien utiliser la version gratuite en laissant la firme utiliser leurs données personnelles.
- Publié le 24-07-2025 à 09h53
- Mis à jour le 24-07-2025 à 09h54

Vous avez sûrement été confronté à ce "pop-up" de la part de Meta sur vos réseaux sociaux Facebook et Instagram. Le message y est assez clair et demande à faire un choix entre payer un abonnement de 7,99 euros par mois ou bien consentir à ce que la plateforme américaine utilise vos données personnelles à des fins commerciales – généralement pour faire de la publicité ciblée.
Cette méthode avait déjà été employée par l'entreprise fin 2023. À l'époque, ce message avait surpris les utilisateurs qui avaient le sentiment d'être "confrontés", "mis devant le fait accompli", "épiés", voire "volés" par ces géants du numérique.
Un "Business Model" particulier
Cependant, lorsque Meta avait été confronté sur le marché européen pour non-respect ou contournement du RGPD (Règlement général sur la protection des données), ses dirigeants avaient argumenté que ces méthodes étaient pratiquées depuis leur création et que l'utilisateur était informé des pratiques de ces réseaux dès la création d'un compte. On lui proposait à ce stade d'accepter les conditions générales d'utilisation qui l'informent de l'utilisation de ses données.
Par la suite, ces données étaient alors utilisées pour faire des publicités ciblées : source de revenu majeure des multinationales de la Tech. En les collectant et en les analysant, ces plateformes permettent aux annonceurs publicitaires de cibler précisément leur public en fonction de différents critères (genre, âge, occupation, hobbies…). À titre informatif, selon une étude réalisée par la plateforme de statistique Statista, Facebook tire plus de 97,5 % de ses revenus de la publicité.
Confrontation au RGPD
Depuis septembre 2021, Meta s'est vu infliger sept amendes dans l'Union européenne pour un total de 1,398 milliard d'euros. Ces amendes visant principalement sa gestion des données personnelles, ses pratiques commerciales déloyales et anticoncurrentielles.
Cette fois, en imposant aux utilisateurs un choix clair – abonnement ou acceptation de la collecte des données – Meta estime qu'il n'y aura plus de doute quant à sa conformité avec le droit européen. Malgré tout, de nombreuses plaintes ont été soulevées dénonçant un contournement du RGPD. La raison invoquée étant que demander de l'argent pour protéger sa vie privée revient à faire payer pour un droit fondamental garanti par la loi européenne.
Après cette première tentative en 2023 donc, la Commission européenne a depuis tranché. Le 1er juillet 2024, elle a estimé que cette approche enfreint clairement le Digital Markets Act (DMA), qui impose aux grandes plateformes de respecter le libre choix des utilisateurs. Offrir uniquement l'option "payer ou consentir" ne permettrait pas d'exercer ce droit de manière équitable : "Le DMA est là pour donner aux utilisateurs le droit de décider de l'utilisation de leurs données", s'était exprimé Thierry Breton, commissaire européen de 2019 à 2024, sur son compte X (ex-Twitter).
Meta avait jusqu'en mars 2025 pour réviser sa formule, faute de quoi l'entreprise s'exposait à une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d'affaires mondial.
Aujourd'hui, qu'est ce qui a changé ?
En juillet 2025, le dilemme "payer ou consentir" persiste en raison des tensions continues entre Meta et la Commission européenne. Fin juin, la Commission a averti Meta, jugeant ses modifications insuffisantes et menaçant d'amendes journalières pouvant atteindre 5 % de son chiffre d'affaires, rapportait le média américain CNBC en juin dernier. Meta a riposté début juillet en déposant un recours devant le Tribunal de l'Union européenne, contestant une amende de 200 millions d'euros. Selon des sources internes citées par Reuters, Meta n'envisagerait pas de changements supplémentaires, estimant son offre conforme à la jurisprudence européenne.
Comment régler vos préférences ?
Malgré ces frictions, il est possible de désactiver la publicité personnalisée sans payer. Pour ce faire, rendez-vous dans votre "Espace compte", sélectionnez "Préférences publicitaires", puis "Paramètres de publicités" et enfin "Expérience publicitaire". Optez pour "Publicités moins personnalisées". Ce réglage limite l'exploitation de vos données, bien qu'il ne supprime pas totalement le suivi publicitaire.