Équipé et connecté, le Wallon souffre toujours d'un manque de culture et de compétences numériques
Le baromètre 2023 de la maturité numérique montre que la population wallonne utilise de plus en plus le numérique. Mais de nombreux citoyens se sentent de moins en moins compétents et confiants dans leurs pratiques du numérique.

- Publié le 10-11-2023 à 08h04

L'Agence wallonne du numérique (AdN) dévoilera ce vendredi matin, en ouverture du premier salon wallon des acteurs de l'inclusion numérique, les résultats du nouveau baromètre de maturité numérique des citoyens wallons. La Libre a pu prendre connaissance en primeur. Pour établir ce baromètre 2023, l'AdN a interrogé un échantillon représentatif de 2 500 personnes, âgées de 15 ans et plus, entre le 28 janvier et le 23 avril.
La crise sanitaire, on s'en souvient, avait résolument inscrit le numérique dans le quotidien des Wallons. Le confinement avait, en particulier, entraîné une forte progression du télétravail et, par ricochet, une vague d'achats d'ordinateurs portables et de smartphones. Résultat : les Wallons n'ont jamais été aussi bien équipés et connectés qu'aujourd'hui, avec 96 % de ménages wallons disposant d'au moins un équipement numérique (ordinateur, tablette ou smartphone) et 95 % ayant un accès à Internet à leur domicile (connexion fixe, mobile ou par satellite).

Les Wallons restent, par ailleurs, de gros utilisateurs d'Internet. Ils sont 89 % à se connecter quotidiennement. Les communications par mail et par messagerie instantanée demeurent les usages les plus courants (voir notre infographie). Le commerce en ligne poursuit aussi sa progression : si l'on considère tous les canaux d'achats en ligne, la commande de biens et services sur Internet est passée, entre 2021 et 2023, de 69 à 74 %.
Une maturité en progression, mais…
Pour mesurer la maturité numérique des Wallons, l'Agence du numérique combine la perception des compétences numériques des citoyens avec leurs usages effectifs. Il s'agit donc d'une estimation, par les citoyens eux-mêmes, de leur capacité à effectuer ou pas une série de tâches. À cet égard, les tâches de création (une présentation, un graphique, une copie de sécurité des données et, surtout, un petit programme) demeurent les plus problématiques et confirment que les usages d'Internet sont, pour la plupart, des usages de consommation. Un Wallon sur cinq (21 %) estime ses compétences numériques insuffisantes et un sur trois (36 %) souhaiterait bénéficier de formations pour améliorer sa maîtrise du numérique.
En combinant la perception des compétences numériques avec les usages effectifs (dont le nombre continue à progresser), l'AdN obtient un indicateur de maturité numérique globale. La moyenne de cet indicateur est en progression en 2023, mais de manière moins prononcée qu'en 2021. Sur la base de ces constats, la population wallonne se décompose en 17 % de citoyens à la maturité élevée, 42 % à la maturité moyenne supérieure, 24 % à la maturité moyenne inférieure et 17 % à la maturité faible.
Experts, Indécis et Éloignés
Tout comme lors du précédent baromètre, l'Agence du numérique a posé vingt questions afin de cerner le profil des Wallons face au numérique. L'AdN a identifié trois profils caractéristiques. Les Experts (14 %) sont de fervents adeptes et utilisateurs de la technologie, manifestant une grande confiance dans le potentiel des nouvelles technologies et, en particulier, de l'intelligence artificielle. Ce profil est majoritairement masculin et compte, en grande majorité, des individus âgés de moins de 50 ans. Les Experts sont généralement des personnes ayant suivi des études supérieures et bénéficiant d'un niveau de vie confortable.
Les Indécis (57 %), ensuite, entretiennent une relation généralement positive vis-à-vis du numérique mais leur attrait peut varier. Les indécis optimistes (45 %) regroupent des individus qui adoptent une approche plus équilibrée envers la technologie, reconnaissant à la fois ses avantages et ses inconvénients. Les indécis pessimistes (12 %), de leur côté, ne rejettent pas la technologie, mais préfèrent maintenir une certaine distance par rapport au numérique, tout en en tirant profit de temps en temps.
Enfin, les Éloignés (29 %) sont réticents face à la technologie, éprouvant parfois une certaine appréhension à son égard. Ils préfèrent en faire un usage limité tout en cherchant à se protéger.
La fracture numérique se transforme
"La fracture numérique n'a ni diminué, ni augmenté entre 2021 et 2023. On assiste plutôt à un glissement dans la nature de la fracture."
Et la fracture numérique, dont on parle régulièrement ? Elle est toujours bien présente. "Elle n'a ni diminué, ni augmenté entre 2021 et 2023, analyse Olivier Ruol, expert des usages du numérique par les citoyens au sein de l'AdN. On assiste plutôt à un glissement dans la nature de la fracture numérique." Ainsi, la fracture d'accès au numérique ne concerne, aujourd'hui, qu'une minorité de la population wallonne (4 % des ménages n'ont toujours pas d'équipement numérique et 5 % n'ont pas de connexion Internet à leur domicile). Désormais, on fait davantage face à une fracture liée aux usages, qui se traduit par un fossé, en croissance, entre les "enthousiastes du numérique" (14 %) et les "éloignés du numérique" (29 %).
Ce constat, inquiétant, conduit l'AdN à formuler cinq grandes recommandations. On retiendra, parmi elles, la nécessité de "réenchanter le numérique" (en améliorant la culture numérique des citoyens, laquelle va bien au-delà de la maîtrise des outils numériques), de faire la Wallonie un "territoire apprenant" (en renforçant, notamment, la visibilité des Espaces Publics Numériques) et d'investir dans la fonction de médiateur numérique (afin d'accompagner les citoyens "éloignés" du numérique, mais aussi les "indécis").
Le baromètre 2023 de maturité numérique des citoyens wallons est accessible via le lien www.digitalwallonia.be/citoyens
3 Questions à Willy Borsus, vice-président MR du gouvernement wallon en charge du Numérique
1. Le baromètre 2023 de la maturité numérique des citoyens wallons livre des résultats très contrastés selon les indicateurs (équipements, usages, compétences...). Quel enseignement en tirez-vous ?
Le constat est celui d'une amélioration de la maturité numérique des citoyens wallons. D'une part, le nombre d'usages pratiqués a encore progressé ces deux dernières années, passant de 17 à 21. D'autre part, le score moyen de la maturité globale est en progression (de 50,8 à 54).
2. Il y a des indicateurs plus inquiétants, comme la proportion de Wallons (29%) dont le profil est "éloigné du numérique".
C'est un point d'attention très sérieux et un défi. Cet éloignement s'explique, pour partie, par la persistance d'une fracture numérique au sein de la population wallonne, mais aussi par une forme de défiance à l'égard du numérique. La sécurité des données, l'utilisation de l'intelligence artificielle, etc., suscitent de la peur chez pas mal de gens. On doit donc poursuivre nos efforts, notamment en matière de cybersécurité avec le programme Cyberwal et d'inclusion numérique avec les EPN (Espaces publics numériques). Ces EPN sont de véritables outils de confiance. Nous avons annoncé, cette semaine, l'initiative "J'adopte la banque numérique" en partenariat avec Febelfin (Fédération belge du secteur financier). D'ici la fin 2024, Febelfin va sillonner plus de 35 EPN wallons, avec comme ambition de former entre 500 et 750 personnes éloignées du numérique.
3. Comme en 2021, le baromètre révèle une forte demande des Wallons à se former au numérique. Comment y répondre ?
Dans le champ de ses compétences, la Wallonie propose déjà une offre importante d'outils (centres de compétences, formations en alternance, dispositifs d'insertion professionnelle, etc.). Ce qu'il faut surtout faire, c'est encourager un maximum de Wallons à franchir le pas du numérique.