"En Europe, il va y avoir un effet inflationniste indubitable qui va se propager" : voici les secteurs touchés par les sanctions économiques
L'Union européenne représente à elle seule 38 % des exportations de la Russie. Ce qui en fait son premier partenaire économique.
- Publié le 08-03-2022 à 14h16
- Mis à jour le 15-03-2022 à 17h37

158,5 milliards d'euros : c'est ce que représentent les importations européennes à partir de la Russie en 2021, contre 89,3 milliards d'euros d'exportations. La Russie est ainsi le troisième partenaire pour les importations européennes de biens et le cinquième partenaire pour les exportations.
On s'en doute : l'invasion de l'Ukraine vient compliquer cette coopération économique, qui était déjà davantage de l'ordre de la logique que de la fraternité. Les diverses mesures appliquées par la communauté internationale occidentale pour isoler la Russie de la scène économique mondiale plombent cet échange de biens.
En réduisant ses relations économiques et financières avec la Russie et certaines régions séparatistes ukrainiennes - Crimée, Donetsk et Louhansk -, l'Union européenne réalise quelques pertes. Même si elle en reste la principale victime, la Russie n'est donc pas la seule à subir les sanctions internationales. "En Europe, il va y avoir un effet inflationniste indubitable qui va se propager dans l'ensemble de l'économie", estime Gérard Seghers, conseiller économique et commercial pour l'Awex à Moscou. "Il y aura probablement un léger ralentissement de la croissance économique mais qui ne sera pas dans le même ordre de grandeur qu'en Russie qui, elle, va connaitre un avant et un après."
>> Lire aussi : Voici les pays européens les plus touchés par les sanctions économiques imposées à la Russie
Découvrons les secteurs dans lesquels l'Union est la plus active avec la Russie et donc, là où elle a potentiellement le plus à perdre.
De l'Union européenne à la Russie
L'Union européenne représente 34 % des importations effectuées par la Russie, contre 23 % pour la Chine, son deuxième partenaire économique. Toutefois, les revenus issus de l'exportation vers la Russie ont diminué de près de 1,15 % en dix ans. Les trois premiers pays à exporter en Russie sont, dans l'ordre, l'Allemagne, la France et l'Italie. Notons néanmoins que la Russie représente pour les entreprises européennes une partie relativement mineure de leurs activités mondiales.
Dans le contexte actuel, il devient très compliqué d'acheminer des biens en Russie au départ de l'Europe. "Les flux logistiques sont très complexes et quand ils sont possibles, ils sont très onéreux", explique l'expert.
Le premier poste d'exportation regroupe les machines et les véhicules, tant dans le secteur aérien qu'automobile. Dans ce dernier, les pays de l'Union européenne - surtout l'Allemagne, la France et l'Italie - exportent de manière importante en Russie. Ils fournissent à la Russie autant des véhicules entiers que des pièces détachées. Gérard Seghers précise : "Il y a beaucoup de pièces qui viennent d'Europe et qui sont intégrées dans les chaînes de montage automobiles en Russie". Ce domaine inclut également les équipements industriels comme les pièces comme des pompes, compresseur et ventilateurs.
Le secteur des médicaments et autres produits pharmaceutiques et médicinaux est également l'un des plus performants en termes de revenus d'exportation pour l'Union européenne avec la Russie. Les principaux fournisseurs sont l'Allemagne, l'Italie, la Suisse et l'Irlande.
Pour l'instant, note Gérard Seghers, "les banques européennes installées en Russie voient leurs activités clairement touchées. Il y a un 'run for the money' qui a lieu en ce moment. Certaines banques étrangères voient leurs avoirs en devises retirés par les déposants. Ce qui est une fragilité."
De la Russie à l'Union européenne
En représentant 38 % de ses exportations, l'Union européenne est le premier partenaire économique de la Russie. Les Pays-Bas sont la première destination des biens russes exportés, suivis par l'Allemagne et l'Italie.
Sans surprise, la première position revient à l'importation d'énergie en Europe : gaz, pétrole et dans une moindre mesure, charbon. En 2020, l'énergie représentait 62 % des importations de l'Union européenne en provenance de la Russie, soit une valeur de 99 milliards d'euros. Cette quasi-dépendance, même si elle s'est sensiblement affaiblie ces dernières années, explique l'inquiétude des marchés quant à un éventuel embargo occidental sur le pétrole russe : les prix de l'or noir ont de nouveau flambé ce lundi, tandis que les marchés boursiers craignent une inflation tenace et un ralentissement économique. Gérard Seghers confirme qu'"il y aura un effet sur le portefeuille des Belges au niveau de la facture de l'énergie et c'est une tendance qui va s'inscrire sur la longue durée, certainement jusqu'à l'année prochaine."
Au niveau des matières premières, la Russie est très performante dans la production de différents métaux (aluminium, cuivre, acier, fer, argent...). Par exemple, la Russie est le premier fournisseur mondial en titane, un métal beaucoup utilisé dans l'aéronautique, de par sa résistance et sa légèreté. Les perles et autres pierres précieuses peuvent également être incluses dans cette catégorie, comme le blé.
Par ailleurs, l'Europe représente 35 % des consommateurs des produits chimiques produits par la Russie : cela inclut des produits ménagés (détergents, poudres à laver, shampoing, savons...), agricoles (engrais) ou encore et surtout, de la pétrochimie. Il y a notamment l'entreprise belge Solvay, très active dans ce dernier secteur en Russie, qui a annoncé ce lundi la suspension de ses activités dans le pays.
Il est à noter qu'une partie importante des biens échangés entre la Russie et l'Union européenne n'est pas identifiée. Au total, en 2021, ces produits "confidentiels" russes importés dans l'Union européenne représentent un peu moins de 5 milliards d'euros. En guise de comparaison, le pétrole brut exporté en Union européenne, lui, représente un peu moins de 50 milliards d'euros.
Pour Gérard Seghers, "les inquiétudes européennes sur le prix du gaz ou des matières premières sont légitimes mais la vérité est que ces effets en Europe sont évidemment beaucoup moins importants que les répercussions des sanctions, donc de la chute du rouble, sur l'économie russe." L'expert explique que si les sanctions perdurent, une chute de l'ordre de 15 % de la richesse nationale russe est attendue sur l'année.