Comment la Russie s'est préparée en amont aux sanctions économiques des Occidentaux
Le gouvernement russe a notamment réduit sa dette en investissant moins dans les infrastructures, la sécurité sociale ou les développements technologiques.
- Publié le 01-03-2022 à 15h01
- Mis à jour le 03-03-2022 à 12h46

L'Union européenne et les Etats-Unis ont mis en place des sanctions économiques inédites à l'encontre de la Fédération de Russie, dans le cadre du conflit russo-ukrainien.
"La Russie s'est préparée en amont à ces sanctions financières, c'est certain, pose d'emblée Koen De Leus, Chief Economist chez BNP Paribas Fortis. Tout d'abord, ces dix dernières années, la nation de Poutine a travaillé à réduire sa dette, beaucoup plus énergiquement que d'autres pays émergents et développés".
Pour cela, le gouvernement russe a réalisé des économies substantielles en réduisant notamment ses dépenses dans les infrastructures, la sécurité sociale ou encore les développements technologiques. "Ils ont par contre conservé les investissements dans les activités militaires", note Koen De Leus.
De plus, la Russie a renfloué ses caisses en stimulant massivement ses exportations, principalement de gaz et de pétrole.
600 milliards de dollars
D'autre part, la banque centrale russe possède plus de 600 milliards de dollars de réserves financières stockées en externe, dans d'autres pays du monde. C'est ce qu'on appelle les "réserves de change", qui sont des avoirs détenus par les banques centrales ou les Etats en monnaies étrangères ou en or.
"Il y a cinq ans à peine, 99 % de ces avoirs étaient détenus auprès de partenaires de l'Ouest, Europe ou Etats-Unis par exemple, explique le Chief Economist chez BNP Paribas Fortis. Aujourd'hui, moins de 50 % de cet argent est stocké dans des pays occidentaux, le reste étant localisé dans des nations comme la Chine ou le Japon. La Russie a donc anticipé ce qui est en train de se mettre en place, c'est-à-dire l'exclusion de la banque centrale russe des paiements internationaux, en gelant une grande partie de ses créances auprès des partenaires de l'Ouest".
En raison de l'invasion de l'Ukraine entamée par la Russie la semaine dernière, le rouble (la monnaie russe) est sur la sellette. En début de semaine à l'ouverture des marchés, il était en chute d'environ 30 %. La Russie a donc besoin de vendre ces fameuses créances stockées auprès des autres Etats et banques centrales, les "réserves de change", dans le but d'acquérir des roubles à la place afin de faire remonter la monnaie. "Puisque la Russie savait que les pays occidentaux ne seraient pas enclins à l'aider en achetant ces créances, la Russie a misé sur la collaboration des pays asiatiques notamment, analyse Koen De Leus. Mais la Chine ou le Japon seront-ils prêts à collaborer au risque de se mettre l'Europe et les Etats-Unis à dos, et d'être à leur tour sanctionnés ? Ce n'est pas sûr".
Investissements dans l'or
A noter que dans l'urgence et pour pallier la dévaluation du rouble, la Banque centrale russe a augmenté ses taux d'intérêt de référence de 9,5 % à 20 % en début de semaine. Une opération qui nuit à la croissance économique de la Russie.
Enfin, pour se préparer aux sanctions économiques infligées par les pays occidentaux, depuis cinq ans, la Russie a investi massivement dans l'or et peut donc aujourd'hui essayer de revendre ce métal précieux afin de récupérer des roubles.
"Je ne peux pas dire si la Russie a réellement fait tout cela en sachant qu'elle entrerait en guerre avec l'Ukraine. En tout cas, ces différentes manœuvres lui servent bel et bien aujourd'hui. Malgré cette anticipation cependant, les sanctions économiques imposées par les pays occidentaux sont de grande ampleur et devraient faire très très mal à la Russie", conclut Koen de Leus.
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