Alimentation 4.0 : les protéines alternatives séduisent toujours plus de consommateurs... et d'investisseurs
Le Boston Consulting Group (BCG) a publié une grosse étude sur l'évolution attendue des habitudes alimentaires, et plus précisément sur le développement d'un vaste marché des alternatives aux protéines animales.
- Publié le 25-04-2021 à 15h05
- Mis à jour le 26-04-2021 à 11h31

Un travail mené avec l'aide de quelques pointures du fonds d'investissement Blue Horizon basé à Zurich, focalisé sur cette thématique. L'objectif est évidemment de contribuer à faire connaître les concepts qui sous-tendent cette nouvelle industrie, et d'apporter les conseils aux producteurs susceptibles de les adopter.
Alimenter… la réflexion
L'étude est titrée "Food for thought", pour "Matière à réflexion", ou plus finement, "de quoi alimenter la réflexion". Elle apporte une série de mesures de ce nouveau courant nommé "alimentation 4.0", relatif à la quatrième révolution industrielle en cours, utilisant les dernières technologies numériques, l'analyse des paquets de données (big data) ou encore les outils d'intelligence artificielle.
Révolution en cours ? Oui, car il n'y a pas lieu ici de rétorquer que l'on n'y croit pas, comme on l'a suffisamment entendu à propos de l'émergence de la voiture électrique… les faits le prouvent, des entreprises émergent, avec un énorme potentiel de croissance, et représentent du point de vue des investisseurs un nouveau gisement de valeur. Du point de vue des éleveurs ou de l'industrie de la viande, il y a là également des opportunités de transformation, d'adaptation, de production des éléments de base utilisés pour la fabrication de protéines alternatives. Il n'y a donc pas ici à se focaliser sur une logique d'affrontement.
Changer le monde
L'étude de BCG/Blue Horizon le campe d'emblée: "les avantages des protéines alternatives sont évidents : régimes alimentaires plus sains, émissions de carbone moindre, et diminution des préoccupations relatives aux pratiques de l'élevage intensif". Une partie des citoyens, sensible à ces éléments, a déjà choisi de végétaliser tout ou partie de son alimentation en protéines. Et, note l'étude, "ce qui était un produit de niche il y a quelques années d'ici, est devenu un phénomène de masse". À preuve, l'apparition récente de produits imitant la viande ou le lait, aux menus des grandes chaînes de fast-food. L'an passé, la consommation de protéines alternatives a représenté 13 millions de tonnes, soit un gros 2 % de la consommation annuelle de 574 millions de tonnes de viande, œufs, poisson et produits laitiers.

Selon l'analyse des experts de BCG/Blue Horizon, d'ici à 2035, un dixième de la viande, des œufs et la nourriture quotidienne des gens dans le monde sera produit de manière alternative aux sources conventionnelles. On l'imagine, il s'agit d'un bouleversement qui pourrait même être plus important en fonction de l'évolution de quatre facteurs. L'étude évoque des dominos dont le premier est déjà en train de tomber. Il s'agit de la préoccupation des citoyens pour les faits climatiques et plus généralement pour l'aspect durable de leurs actes de consommation, qui les conduits à vouloir réduire leur consommation de protéines animales, surtout si cela peut se faire sans supplément de coût.
Critère ESG en appoint
Du côté des investisseurs, c'est très clair : tous les acteurs du monde financier évoquent actuellement leur implication dans l'adéquation aux règles ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance). Et 85 % des investisseurs intègrent ces critères.
Ceci pourrait faire tomber le deuxième domino, assurent encore les spécialistes. En l'occurrence, il s'agit d'une part de l'intérêt des investisseurs pour les entreprises actives dans la préparation des mets alternatifs, en vue de les aider dans la montée en puissance en termes de production, et dans la recherche et développement de produits nouveaux et moins coûteux. Alors que les prix de la nourriture alternative se rapprocheront de ceux des protéines animales, l'objectif estimé serait de 11 % du marché mondial des protéines en 2035, soit 290 milliards de dollars de ventes.
Cette estimation prudente serait différente dans le cas de la chute du troisième domino : celui de l'accélération du mouvement par l'arrivée de start-up et par l'adhésion des producteurs traditionnels, soutenus par des fonds privés et publics. Ici, la part de marché des protéines alternatives passerait à 16 % du marché mondial.
Enfin, le dernier domino évoqué pourrait tomber à son tour si les régulateurs entraient en action, en augmentant le coût du carbone, et en soutenant la transition des agriculteurs vers des composants de base des produits alternatifs. Le scénario évalué par BCG et Blue Horizon serait alors basé sur un "pic de la viande" (point haut de la consommation avant un déclin) en 2025 et une consommation de protéines alternatives pesant 22 % du marché d'ici à 2035.