La crise du coronavirus engendre aussi de la concurrence déloyale
Quand le gouvernement a décidé de limiter la propagation du virus et a pris des décisions concernant le commerce, il n'a pas fait dans le détail. Il y avait urgence.

- Publié le 19-03-2020 à 18h53
- Mis à jour le 19-03-2020 à 23h28

Quand le gouvernement a décidé de limiter la propagation du virus et a pris des décisions concernant le commerce, il n'a pas fait dans le détail. Il y avait urgence.
"L'exécutif fédéral a opté pour que l'économie continue à tourner. Il aurait tout aussi bien pu décider de tout arrêter, détaille Pierre-Frédéric Nyst, président de l'UCM. Dans les priorités énoncées, il y a le soin urgent aux personnes (une rage de dents, pas un détartrage) et l'alimentaire." Ce qui donne, sur le plan commercial, l'ouverture autorisée des pharmacies et des magasins distribuant de la nourriture.
Non sans aboutir à des distorsions de concurrence puisqu'un pharmacien ne vend pas que des médicaments (mais aussi des shampoings, déodorants, dentifrices, et même du papier toilette) et, surtout, puisque la grande distribution ne se contente pas de vendre que de l'alimentaire. Un supermarché commercialise des articles de droguerie (produits d'entretien, lessive…), de beauté (crème…), de papeterie, etc., un hypermarché des vêtements, des livres, des télévisions, de la vaisselle, du gros et du petit électroménager.
Pourquoi des chocolats et du vin et pas des fleurs ?
Ce qui ne peut manquer d'étonner les enseignes concurrentes sur une frange d'articles comme Action, Di, Vanden Borre et tant d'autres qui ont dû fermer. "Il a fallu faire des choix, convient le président de l'UCM. Action n'a rien d'alimentaire et est un lieu de rassemblement, de foule. Et oui, on aurait pu imposer que les hyper et supermarchés ferment certains rayons, quoiqu'en pratique, cela aurait compliqué les choses."
Mais le questionnement peut aller plus loin : en quoi des chocolats et du vin sont-ils plus nécessaires que des fleurs ? Or, les chocolatiers et cavistes peuvent ouvrir, mais pas les fleuristes.
Dans le même esprit, pourquoi un Aveve, qui propose des aliments pour animaux, des farines et des articles de jardinage et de décoration, peut rester ouvert, mais pas une jardinerie (précisons que depuis le 18 mars, Aveve a d'emblée décidé de ne vendre que ses produits alimentaires et aliments pour animaux) ?
Et quel dommage, jugent certains consommateurs, qu'en cette période de confinement, justement, les jardineries et les magasins de bricolage ne puissent pas ouvrir. "Ou les merceries pour ceux qui aiment le tricot et la couture", sourit Pierre-Frédéric Nyst.
Déjà deux premières dérogations
Ces lignes strictes prises par le gouvernement vont, au fur et à mesure, être assouplies, affinées. Une première dérogation a été prise envers les diffuseurs de presse et kiosques à journaux qui voyaient tous leurs clients se déplacer vers la grande distribution. Mais pas envers les librairies. "Parce qu'elles sont davantage des lieux qui rassemblent et dans lesquels les consommateurs ont plaisir à rester", note Pierre-Frédéric Nyst.
Deuxième dérogation – toute récente puisque datant de jeudi matin et pas encore officialisée : les magasins d'articles de bricolage. "Mais uniquement pour les clients professionnels, insiste le président de l'UCM. C'est-à-dire pour le plombier qui doit se procurer un robinet ou des joints, le carreleur qui manquerait de ciment… Des clients en B2B (business to business) qui devront prouver qu'il s'agit d'achats effectués dans le cadre de leur boulot (numéro de TVA, facture…)."
Est-ce à dire que d'autres dérogations vont suivre ? Sans doute. Surtout si les trois semaines de confinement se muent en six semaines. "Il est important que l'activité économique perdure", conclut Pierre-Frédéric Nyst, qui s'inquiète néanmoins déjà de voir affluer les demandes d'exceptions.