L'industrie plombe les prévisions de croissance de l'Allemagne
L'Allemagne pourrait bientôt officiellement entrer en récession technique. Les chiffres du PIB ne seront connus que dans un mois mais personne ne semble en douter. Le pays devrait enregistrer son second trimestre d'affilée de croissance négative. Entre avril et juin, le PIB a reculé de 0,1 %.
- Publié le 03-10-2019 à 07h40
- Mis à jour le 03-10-2019 à 07h56
L'Allemagne pourrait bientôt officiellement entrer en récession technique. Les chiffres du PIB ne seront connus que dans un mois mais personne ne semble en douter. Le pays devrait enregistrer son second trimestre d'affilée de croissance négative. Entre avril et juin, le PIB a reculé de 0,1 %.
C'est ce que prévoient les cinq principaux instituts économiques du pays, de courants pourtant divers, qui ont présenté le 2 octobre leur rapport prévisionnel commun d'automne. Ils ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance, à 0,5 % en 2019 (contre 0,8 % initialement) et 1,1 % l'an prochain (contre 1,8 %).
"L'insécurité est un poison"
"La conjoncture économique allemande continue de se dégrader", résume Claus Michelsen de l'Institut allemand pour la recherche économique (DIW). "Les raisons sont à trouver dans l'industrie qui se trouve en récession, ajoute-t-il. Si l'automobile, la pharmacie et la chimie ont été les premières touchées, désormais toute l'industrie manufacturière est concernée. Même les services ne sont plus épargnés", commente-t-il.
Première puissance exportatrice au monde, spécialisée dans les biens d'équipement, l'Allemagne paie de plein fouet le prix de la confrontation commerciale entre Américains et Chinois, de la baisse du commerce mondial depuis un an et demi, de la stagnation de la production manufacturière dans le monde depuis début 2019 et de l'inquiétude entourant le Brexit. "L'insécurité est un poison pour les investissements, reconnaît Claus Michelsen. Le risque d'une escalade des conflits commerciaux reste élevé, tout comme celui d'un No deal", ajoute-t-il.
Une sortie sans accord du Royaume-Uni de l'Union européenne représenterait pour Berlin un scénario catastrophe. Selon les cinq instituts économiques, il coûterait 0,2 point de croissance à la zone euro, mais 0,4 point à l'Allemagne dès l'an prochain. De fait, le Brexit a déjà des conséquences sur le commerce bilatéral. L'an dernier, les exportations vers le Royaume-Uni ont baissé de 0,3 %. Londres n'est désormais plus que le 5e partenaire commercial de Berlin. Un recul de deux places en deux ans.
Quant à l'annonce d'un paquet législatif pour le climat, via 150 milliards d'investissements d'ici 2030, il pourrait ne pas avoir d'effet à court terme. "Nous n'en attendons pas d'effet sur la croissance avant 2021", explique Stefan Kooths de l'Institut IfW de Kiel.
"Un programme d'urgence"
Les instituts en question se veulent toutefois confiants. "Ce n'est pas une crise structurelle profonde", commente Claus Michelsen. "En raison des élections présidentielles aux États-Unis, nous n'attendons pas de nouvelle escalade des tensions commerciales", ajoute son collègue Malte Rieth, du DIW de Berlin. "La production mondiale devrait se maintenir à un niveau modéré, l'an prochain, ajoute-t-il. Que l'économie allemande continue de croître, est dû à la consommation des ménages, elle-même soutenue par la hausse des salaires, les baisses d'impôts et davantage de transferts sociaux de la part de l'État", estiment ces experts. Les voyants du marché du travail restent ainsi au vert avec notamment un taux de chômage au plus bas (5 % de la population active).
Dans ce contexte, le gouvernement doit-il intervenir ? Les cinq instituts y sont défavorables mais plaident pour un assouplissement de la règle d'or budgétaire. La BDI souhaite, elle aussi, un "programme d'urgence pour renforcer les investissements privés et publics" et "réduire le fardeau fiscal des entreprises". Pessimiste, elle table sur un Brexit sans accord et une montée des tensions avec les Américains.