Le conflit Airbus-Boeing donne raison aux USA. Résultat? Trump va taxer des milliards d'euros de produits européens
L'Organisation mondiale du commerce a donné raison aux Etats-Unis dans le litige Airbus-Boeing et autorise les Américains à taxer annuellement près de 7 milliards d'euros d'importations européennes.
- Publié le 03-10-2019 à 18h10
- Mis à jour le 03-10-2019 à 18h40
L'Organisation mondiale du commerce a donné raison aux Etats-Unis dans le litige Airbus-Boeing et autorise les Américains à taxer annuellement près de 7 milliards d'euros d'importations européennes.
Pour le président américain Donald Trump, c'est une "belle victoire" : l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a donné raison mercredi aux États-Unis dans le conflit qui l'opposait depuis 15 ans à l'Union européenne (UE), au sujet des subventions accordées respectivement à Boeing et Airbus. Les conséquences pour l'Europe vont être lourdes. Le point en cinq questions.
Quelles sont les sanctions prévues par l'OMC ?
L'OMC vient de prononcer la sanction la plus lourde de son histoire, même si elle n'est pas à la hauteur de ce que les Américains demandaient. Les États-Unis, qui réclamaient des sanctions tarifaires allant jusqu'à 10,5 milliards de dollars par an, sont autorisés à taxer annuellement près de 7,5 milliards de dollars de produits européens (environ 6,8 milliards d'euros). Les taxes, de 10 % sur les avions européens et de 25 % pour les autres produits, entreront en vigueur le 18 octobre.
Quels produits européens vont être taxés ?
La longue liste de produits est publiée sur le site de l'administration américaine au Commerce. Outre les avions, on y trouve, entre autres, des pulls en laine, des draps de lit, des haches, des couteaux et de nombreuses denrées alimentaires comme le porc, le café, les biscuits, les gaufres, le beurre, le fromage frais, les olives et huile d'olive, les fruits et jus de fruits. L'administration américaine a également ciblé des produits de terroir comme le whisky irlandais et écossais ainsi que plusieurs fromages : édam, gouda, cheddar ou emmental. Les produits venant de France, d'Allemagne, d'Espagne et du Royaume-Uni, "les quatre pays à l'origine des subventions illégales", selon les États-Unis, sont principalement visés.
Comment l'Europe réagit-elle à cette annonce ?
L'Union européenne souhaite apparemment trouver une solution à l'amiable avec les États-Unis mais elle "n'a pas d'autre option" que de taxer en retour des produits américains, avait prévenu mercredi Cecilia Malmström, la commissaire européenne au Commerce. D'ailleurs, au printemps et en vertu d'une procédure miroir, l'OMC devrait autoriser l'Europe à imposer à son tour des droits de douane punitifs aux Américains.
Rebondissant sur les propos de Robert Lighthizer, représentant américain au Commerce, qui déclarait jeudi que "nous espérons entamer des négociations avec l'Union européenne afin de résoudre ce conflit au bénéfice des travailleurs américains", la Commission européenne a signalé qu'elle ne fermait pas la porte au dialogue bilatéral. "La Commission européenne a invariablement communiqué aux États-Unis que l'UE est prête à travailler à une solution équitable et équilibrée pour nos industries aéronautiques respectives", a indiqué un de ses porte-parole.
Qui va le plus souffrir des taxes américaines ?
Les sanctions douanières "toucheront d'abord et avant tout les consommateurs et les entreprises américaines", a prévenu jeudi un porte-parole de la Commission européenne. Ces derniers devront en effet payer plus pour des produits dont ils sont friands ou ont besoin. Mais, du côté européen, c'est la France qui aura le plus à perdre, selon une étude du cabinet Euler Hermes. Les pertes annuelles pour l'Europe pourraient s'élever à 9,7 milliards de dollars, dont 2,4 milliards pour la seule France, soit 0,1 point de croissance.
Quel sera l'impact sur la Belgique ?
La Fevia, la fédération de l'industrie alimentaire belge, a fait ses comptes et elle estime à 3 millions d'euros l'impact direct de ces taxes américaines, qualifié de "pas trop élevé pour le secteur". Seront taxés des fromages frais belges. La viande de porc est aussi visée mais, selon la fédération de la viande belge, ce produit n'est plus exporté vers les États-Unis depuis 2001.
Boeing-Airbus, la guerre sans fin
Les deux plus grands constructeurs mondiaux d'avions n'ont jamais réussi à s'entendre pour apaiser leurs litiges.
Près de quinze ans que cela dure. Le conflit entre le constructeur d'avion américain Boeing et l'européen Airbus est, de l'aveu des spécialistes, le plus long et les plus compliqué que l'OMC, l'organisation mondiale du commerce, ait eu à gérer. La première rafale est venue du président américain George W. Bush en 2004. A l'époque, Airbus vient de doubler Boeing sur l'échiquier mondial en termes de commandes d'avions. La pilule passe mal côté américain et le président Bush se retire d'un accord signé entre les États-Unis et l'Union européenne datant de 1992. Le dit accord était en fait une sorte de cessez-le-feu entre les deux constructeurs qui interdisait tout soutien gouvernemental direct à la production des avions civils de plus de 100 places, mais permettait des aides à la recherche.
Cet accord est rendu caduque par le gouvernement de George W. Bush qui porte plainte, le 6 octobre 2014, devant l'OMC contre l'Union européenne accusant cette dernière d'accorder des subventions illégales à Airbus.
L'Europe riposte le même jour affirmant que Boeing a reçu des milliards de dollars de la part de diverses branches du gouvernement américain. Après l'échec des négociations entre les deux parties, l'OMC est chargé de statuer sur les deux plaintes. Dans les années qui suivent, l'organisation mondiale du commerce donnera, tour à tour, raison aux Américains et aux Européens. Mais le contentieux s'emmêle dans un bourbier juridique, chaque partie ayant partiellement obtenu gain de cause après une longue série d'appels et de contre-appels. L'enjeu est de taille, puisqu'on parle de sanctions sur plusieurs milliards de dollars ou d'euros de biens.
Le feu vert donné par l'OMC à des sanctions américaines contre l'Union européenne pourrait ainsi faire du mal à Airbus, et, a contrario, donner un peu de souffle à Boeing, empêtré dans la crise suite à l'échec retentissant de son 737 Max. Pour rappel, le dernier né du constructeur américain est cloué au sol depuis plusieurs mois après deux crashs ayant fait 346 morts en Indonésie et en Éthiopie. "La décision de l'OMC sur les tarifs douaniers américains est négative pour Airbus en raison de l'importance du marché US pour ses opérations commerciales", explique Jeanine Arnold, directrice générale adjointe chez Moody's, l'agence de notation financière.
Un conflit qui favorise les Russes, Chinois ou Brésiliens ?
Si, selon elle, les tarifs de l'OMC "n'affecteront pas significativement, voire pas du tout, le niveau des commandes des carnets de commandes" déjà bien remplis d'Airbus, "le plus grand risque" auquel le constructeur européen est confronté sera "d'absorber potentiellement ces hausses tarifaires pour garantir les futures commandes américaines". Sans compter "le risque d'escalades de tensions commerciales".
Une nouvelle trêve, pareille à celle de 1992, semble s'éloigner toujours un peu plus pour les deux plus grands constructeurs mondiaux. Dans le secteur, beaucoup affirment pourtant qu'il serait dans l'intérêt des Européens et des Américains d'enterrer définitivement la hache de guerre, d'autant que la concurrence des Chinois, Russes ou Brésiliens est en embuscade.